Le 31 Août 1944, vers 9h30, Georges QUARANTE et ses camarades résistants décident de sauver le pont de Montières afin de permettre le passage des blindés alliés. Les Allemands retranchés dans la maison de l’éclusier ouvrent le feu sur eux. A l’arrivée des premiers chars britanniques un Allemand se précipite sur le pont pour mettre le feu aux mines, Georges QUARANTE saute sur lui pour le désarmer avant qu’il ne puisse faire usage de son lance-fusée et avec J. GUILBERT coupe les cordons reliant les mines au pont.
Dans l’après-midi, ayant appris qu’il restait un nid de résistance allemand dans le hangar de la ferme Dollé à Longpré, Georges QUARANTE et ses camarades retournent au combat. Il est atteint mortellement d’une balle en plein cœur.
Georges QUARANTE avait 34 ans, il était né le 25 janvier 1910.Vivant dans le quartier de Montières, il était père de six enfants. Militaire de carrière. Il fut démobilisé le 27 novembre 1942 avec le grade d’adjudant-chef. Après plusieurs emplois, il est embauché à la SNCF comme auxiliaire à Amiens. Fin août 1944, il entre dans la Résistance et prend la direction d’un groupe de corps francs de l’ORA (Organisation de Résistance de l’armée), à Dreuil-lès-Amiens.
Une école du quartier d'Etouvie et une rue du quartier de Montières portent le nom de Georges QUARANTE.
Pour consulter sa fiche dans le dictionnaire biographique le Maitron
Edmond FONTAINE, ouvrier charpentier, vit le jour dans le quartier Saint Leu à Amiens en 1899. Il était lui aussi de l'O.R.A. Muni d'un simple révolver et de quelques balles il s’était engagé pour préserver, avec Georges Quarante, le pont de l'écluse. Il sera abattu à Longpré-les-Amiens et inhumé au cimetière de la Madeleine comme inconnu, ayant été retrouvé dépouillé de ses papiers.
Une rue du quartier Saint Leu, anciennement impasse des Passementiers, porte son nom
Une stèle sur le pont de Montières rappelle le sacrifice de George QUARANTE et d'Edmond FONTAINE. Tous les ans une cérémonie se déroule en hommage à leurs actions.
Arthur LECOINTE est né à Pierrepont-sur-Avre dans la Somme (à une trentaine de kilomètres d’Amiens) le 11 juillet 1911. Alors qu’il n’a que deux ans, Arthur perd son père puis sa mère peu de temps après. A sa majorité il vient habiter à Allery où il trouve une seconde mère qui lui redonne confiance.
Arthur et la Résistance.
Arthur vit mal l’occupation, il veut aider son pays et il sait que des groupes de Résistants se constituent, pas très loin de chez lui. Après s’être fait connaître auprès du responsable régional, Arthur prend en charge la phalange de la région d’Hallencourt, 4ème secteur, Sud A1. Il devient le responsable cantonal sous le commandement de Jean FUZELIER dit « Gros Jean » et de LOISY-JARNIER.
Lui-même prend le pseudonyme de « Jarnik ». Il sait qu’il prend beaucoup de risques, qu’il met peut-être sa famille en péril, que les Allemands ne font aucun cadeau aux « terroristes » ; d’ailleurs beaucoup perdront la vie. Dans un premier temps il est rattaché à la 3ème compagnie d’Allery, F.T.P Vimeu sous l’autorité de LOISY-JARNIER. Du 1er août 1940 à mars 1942 il aide des prisonniers français et des réfugiés à passer la ligne de démarcation installée à Pont-Remy.
Arthur s’implique beaucoup, prend énormément de risques. Il communique avec les chefs des renseignements sur les emplacements des rampes de lancement de V1, notamment ceux installés à Neuville-aux-Bois. Arthur, s’implique de plus en plus, il est au centre d’un sabotage de la ligne téléphonique reliant Hocquincourt à Airaines. Soupçonné, il est convoqué à la Kommandantur où il défend la thèse de l’accident, en prétextant qu’étant employé des ponts-et-chaussées, il avait malencontreusement sectionné le fil en taillant une haie ! Une autre fois il subit un interrogatoire suite à l’attaque d’une ambulance allemande. Ayant du mal à justifier sa présence dans les parages de l’attaque, il fut menacé d’un revolver par un officier allemand qui lui mima ce qui lui arriverait s’il faisait le moindre geste. Il eut très peur ce jour-là, pensant que son heure était arrivée, il se souvient avoir vu passer tous les siens devant ses yeux.
Ses actions de bravoure ne s’arrêteront pas là. A la Libération il était encore en première ligne en compagnie de plusieurs Allérois pour stopper puis faire prisonniers les derniers allemands encore présents dans la région, notamment à Allery. Cinquante ans après, lors de la cérémonie du cinquantenaire de la Libération du village, c’est lui qui raconta à la population, avec beaucoup de précision et d’émotion, les derniers faits d’armes qui se sont produits ce jour-là.
Arthur fut maintes fois récompensé pour son engagement envers la Patrie.
Christian Leguay
Voir également la fiche consacrée à Arthur Lecointe dans le dictionnaire biographique Le Maitron
Monument aux morts de Rosières (photographie : Martine Vasse)
Benjamin WAJNBERG est né le 3 mai 1900 à Rowno en Pologne. En 1924 il vient en France suivre des études de médecine à la Faculté de Nancy et obtient son doctorat en 1929. Il a été alors rejoint par sa fiancée Chasia, sa cadette née le 11 septembre 1904 à Ajzenberg (Pologne), qu’il épouse le 16 mai 1930 à Rowno.
Pour pouvoir exercer comme médecin, il doit passer à plus de 30 ans le baccalauréat qu'il réussit en 1932. Sa femme et lui obtiennent leur naturalisation fin 1932. Ils viennent s'installer en 1934 à Marcelcave, où Benjamin WAJNBERG prend la succession d’un officier de santé. Le 21 avril 1935 naît leur fils, Jean-Louis. La famille déménage ensuite à Rosières-en-Santerre où Benjamin WAJNBERG assure aussi des consultations.
Benjamin WAJNBERG est mobilisé en septembre 1939 comme médecin-auxiliaire. il participe à la campagne de France durant laquelle il gagne la croix de guerre avec citation. Redevenu civil après le 10 juillet 1940, il espère pouvoir prendre son activité. Mais si, dans un premier temps, il obtient une dérogation pour exercer comme médecin juif, le couperet tombe en novembre 1943 : il lui est interdit d'avoir toute activité. La famille habite alors Rosières en Santerre. Benjamin WAJNBERG , sa femme Chasia et son fils Jean-Louis sont arrêtés chez eux le 4 janvier 1944. Comme tous les Juifs recensés dans la Somme raflés ce jour-là, soit 27 personnes, ils sont conduits à Drancy et déportés le 20 janvier dans le convoi 66 pour Auschwitz.
Benjamin avait 43 ans, son épouse 39 et Jean-Louis pas encore 9. Ce dernier et sa mère ont vraisemblablement été assassinés dès leur arrivée le 23 janvier 1944. Benjamin a survécu quelques mois. Sa présence à l'infirmerie du camp d'Auschwitz II-Birkenau est attesté le 3 mai 1944. La date de son décès n’est pas connue.
A la suite de la diffusion de son ouvrage, Martine VASSE reçoit divers témoignages. Une première personne se souvient du docteur WAJNBERG connu comme "un excellent praticien" à la "clientèle nombreuse et élogieuse" et de "l’image de leur fils contraint de porter l’étoile jaune", soulignant que "sa maîtresse ne tarissait pas d’éloges à son sujet. Son intelligence, sa vivacité et sa gentillesse étaient, disait-on, tout à fait exceptionnels" Une seconde personne a gardé en mémoire les circonstances de l'arrestation de Jean-Louis, "Mme Cathelin, a essayé de le camoufler dans la classe de son mari, qui avait l’autre classe. M. Cathelin a essayé de le cacher sous une table, mais les soldats l’ont trouvé tout de suite et l’ont emmené."
Angelina DENISE née CARLEVARIS, habite à Amiens dans le quartier Saint-Pierre avec son mari, cheminot, et leur fils Jean. Angelina DENISE est employée aux écritures à la mairie de Rivery toute proche. C’est par l’intermédiaire de Raymond BERTOUX collègue cheminot de Mr. Denise, qu’Angelina Denise, 22 ans, entre en contact avec Anita BONSTAT en 1942 qui, vivant à Paris , souhaitait mettre à l'abri ses deux filles Rachel et Hélène, âgées respectivement de 8 et 3 ans. Le mari d'Anita, Charles, et leur fils Joseph avaient réussi à passer en zone libre au début de la guerre et vivaient cachés à Lyon.
Angelina DENISE part donc à Paris avec Raymond BERTOUX, profitant du déplacement pour aller porter du ravitaillement à Renée, la cousine de son mari, la mère de la marraine de Jean, Mauricette, et à sa tante Blanche qui habitaient Montreuil à la Croix de Chavaux.
Le lendemain, après avoir livré son ravitaillement, Angelina DENISE rejoint Anita qui lui confie ses deux filles. Quand elle les ramène à la maison, son mari s'écrie "Tchot’ Dine tu nous feras tous fusiller ! et Angelina de lui répondre "Tant pis si on se fait tous fusiller, mais moi je ne les laisse pas". Angelina DENISE leur installe un "lit-cage" sur le palier du 1er étage.
Devant les risques croissant de déportation à Paris, Anita rejoint ses filles à Amiens. Angelina, grâce à son travail à la mairie, obtient de fausses cartes d’identité algériennes - territoire non contrôlé par les allemands et donc sans vérification possible - et des cartes d’alimentation. Comme Anita était très brune de peau et qu’elle avait un fort accent, cela ne posait pas de problème de la faire passer pour une Algérienne.
Angelina DENISE leur trouve un logement et les filles sont scolarisées à la "Sainte Famille", une école catholique d’Amiens afin de mieux tromper l’ennemi. Quelque temps plus tard leur maison est bombardée elle aussi et incendiée. C’est encore Angelina DENISE qui trouve, en Normandie, une famille pour accueillir les filles. Anita vit quelque temps dans la clandestinité jusqu’à ce qu’un habitant de leur rue, un inspecteur de police qui s’appelait BRASSEUR (ou Vasseur), la fasse arrêter. Angelina DENISE va la visiter avec son fils Jean à la prison d’Amiens, route d’Albert.
Anita réussit à s’enfuir à l’occasion de l’opération Jéricho* et, de nouveau, Angelina DENISE fait le nécessaire pour qu’elle puisse se cacher.
Le jour de la Libération d’Amiens, l’inspecteur Brasseur se joint aux F.F.I. qui donnaient l’assaut à la citadelle et... reçoit une balle dans le dos...
Après la Libération, en attendant que la famille BONSTAT trouve un logement, les deux filles reviennent habiter chez Angelina DENISE quelque temps.
Finalement la famille s’installe rue des Pyrénées à Paris où le père, Charles, exerce le métier de tailleur. Anita vend des tissus. Les deux familles restent en contact et l'amitié perdure. Les DENISE vont les voir à Paris.
Angelina Denise emmène Rachel puis Hélène en vacances en Italie, dans sa région natale, à la fin des années 1940 et au début des années 1950. Anita meurt en 1999 à l’âge de 87 ans, deux ans après son mari Charles. Hélène partie vivre en Israël, dirigera un kibboutz. Elle meurt en 1991 pendant la guerre du Golfe. Joseph et la petite sœur Suzanne, née en 1946, restent vivre en France.
Rachel épouse Lewin part vivre au Canada, dans l’Ontario, dans les années 1970. Avec son mari qui est chirurgien, ils ont deux fils : Marc qui vit aux États-Unis et Mike qui est au Canada.
Dans les années 1990, Angelina remariée avec M. LEVEUGLE, écrit à Rachel pour l'informer que les personnes qui avaient sauvé des Juifs pendant la guerre étaient honorées par le titre de "Juste parmi les Nations".
Rachel établit alors les papiers nécessaires à la présentation de son dossier. Angelina DENISE LEVEUGLE reçoit le Diplôme d’Honneur et la Médaille des Justes correspondante dont la devise est "Quiconque sauve une vie sauve l’univers tout entier". Ce diplôme lui avait été attribué par la "Commission aux Justes des Nations, nommée par l’Institut Commémoratif des Martyrs et Héros Yad Vashem" en sa séance du 26 janvier 2000 à Jérusalem.
La médaille et le diplôme lui sont remis le 21 janvier 2001 en l’hôtel de ville de Nesle dans la Somme. Jean, Joseph, Suzanne et Rachel venue du Canada assistent à la cérémonie. Rachel fait un discours et écrit aussi un poème.
Le 11 novembre 2007, Angelina LEVEUGLE reçoit les insignes de Chevalier de la Légion d'Honneur. Elle s’éteint le 16 janvier 2010 à l’Hospice Saint-Victor à Amiens à l'âge de 90 ans.
A chaque commémoration, 11 novembre, 8 mai, 14 juillet, les habitants de Gapennes, ce village, du Ponthieu au nord d’Abbeville, se rassemblent au monument aux morts. Les noms qui y figurent sont lus, ceux des soldats qui ont perdu la vie lors de la guerre de 14-18, ceux de 39-45 et enfin sont honorées les victimes civiles. Souvenir du bombardement du 11 juillet 1944, visant une rampe de lancement de V1 qui fit quatre morts, cinq blessés et qui défigura la commune à jamais.
Un nom porte la mention « déporté » ; Michel BOITEL.
Né à Amiens le 18 juin 1923, le jeune homme avait des attaches à Gapennes par sa mère, Germaine HERCHIN. En février 1943, Michel BOITEL qui travaille à l’usine Dollé, est envoyé en Allemagne, à Stolberg, au titre du Service du Travail Obligatoire.
Après le débarquement des Alliés, face à l’avancée des Américains, le groupe auquel il appartient est dirigé vers Weimar. Le 8 septembre 1944, il est arrêté et emprisonné à Cologne puis déporté pour « sabotage et refus de travail » à Buchenwald le 17 septembre. Certainement affaibli, Michel BOITEL est atteint d’une pleurésie, il finit par décéder le 25 octobre 1944 du typhus.
Il a pour camarade de déportation Stéphane HESSEL. Ce dernier, condamné à mort, échappe au peloton d’exécution grâce à la complicité d’un infirmier du camp qui, après avoir constaté le décès de Michel BOITEL, usurpe l’identité de ce dernier. Ainsi, le petit tourneur amiénois, originaire de Gapennes, tel un donneur d’organe, permit à Stéphane HESSEL alias Michel BOITEL de survivre jusqu’à la libération du camp.
Germaine HERCHIN a certainement bataillé dur pour obtenir en 1963 que son fils soit reconnu mort pour la France
A l'initiative de Laurent Lopez Szarfsztein,,habitant de Gapennes et de Gisèle Cozette, présidente de l’association des déportés, internés, résistants et patriotes de la Somme, une plaque en hommage à Michel Boitel a été apposée le 8 mai 2024 sur la façade de l'école Jules Verne, route d'Abbeville, à Amiens, là où sa mère a été enseignante.
Photo Courrier Picard
La cérémonie s'est tenue en présence d’Anne et Antoine Hessel, deux des enfants de Stéphane Hessel ainsi que d’anciens élèves de terminale du lycée Utrillo de Stains.
Ces derniers avaient travaillé sous la conduite de leur professeure d’allemand, Pauline Blanchet, pendant l’année scolaire 2022-2023 dans le cadre de leur projet de création du documentaire radiophonique Mémoires de Buchenwald, notamment sur Stéphane Hessel, avec le soutien d'Anne Hessel et ils avaient fait le voyage jusqu’à Buchenwald.
L'abbé Jules DUCROCQ est né à Beaufort en Santerre le 9 mars 1890, dans une fratrie de 8 enfants (6 garçons, 2 filles). Parti au service militaire en 1911, il est classé dans le service auxiliaire pour « vue insuffisante ». Rappelé en 1914, maintenu dans le service auxiliaire au 120ème régiment d’infanterie, il terminera la guerre comme caporal-fourrier.
Ses quatre frères mobilisés sont morts pour la France : Henri décédé le 15 septembre 1914 au bois de la Grurie dans la Marne, Ernest décédé le 20 septembre 1914 à l'hôpital de Brest à la suite d'une blessure de guerre, Georges décédé le 30 septembre 1914 au bois de la Grurie dans la Marne et Paul Armand décédé le 5 mars 1915 à l'hôpital de Chaumont à la suite d'une maladie contractée à l’armée.
Ayant terminé ses études au séminaire, Jules DUCROCQ est ordonné prêtre le 4 juillet 1920 C’est lui qui bénira le monument aux Morts de Beaufort où figurent les noms de ses 4 frères.
D'abord professeur au collège de la Providence à Amiens de 1920à 1922, il est nommé vicaire à Doullens (1922-1928) puis curé de Lanchères (1928-1930) et de Pendé (1928-1934). il devient curé de Montières à Amiens ()1934-1939) et nommé chapelain de Notre-Dame le 5 septembre1937.
Son dernier ministère sera celui de curé de Saint Pierre d’Amiens du 5 février 1939 jusqu’à sa mort survenue le 27 avril 1942. C’est pendant son ministère à Saint Pierre que sa vie va basculer. Les Allemands ont envahi la France et font régner la terreur. Les Patriotes, les Résistants sont arrêtés, enfermés à la Citadelle d’Amiens où ils subissent des tortures et toutes sortes de sévices. L’ennemi exerce une cruauté raffinée pour faire avouer les détenus qui paient du sacrifice de leur vie, leur silence avant d'être fusillés.
L’abbé DUCROCQ, requis par l’ennemi, leur apporte son soutien, et leur administre, quand c’est possible, les derniers sacrements. Chaque fois qu’il est appelé, il assiste, impuissant, aux souffrances de ces pauvres martyrs dont les visages sont défigurés par la douleur et par les coups. L’abbé revient à son presbytère, bouleversé, faisant des cauchemars pendant son sommeil.
Ce grand humaniste, qui avait connu les horreurs de 14-18, ne pouvait imaginer une telle barbarie. Sa santé s’est altérée ; à ses paroissiens qui s’inquiétaient, il avait répondu : « Je veux rester avec vous jusqu’au bout ». Et il a continué à assister les détenus jusqu’à ce jour fatidique du 27 avril 1942 où, montant en chaire pour prêcher, il s’effondre, victime d’une actualité trop lourde à porter.
Il fut inhumé à Beaufort dans le caveau de famille en présence de l’évêque qui avait reçu ses confidences. Homme de foi, homme de cœur, il avait une grande autorité morale. Son exemple mérite respect et admiration.
Emile LAVALLARD voit le jour le 25 mai 1907 à Cramont dans la Somme.
« Ordonné prêtre le 25 décembre 1930, écrit Firmin LEMIRE en 2005 dans "Vivre Ensemble", l’abbé LAVALLARD, après sa licence en écriture sainte, est de retour dans son diocèse d’origine et professeur au Grand Séminaire. En 1934, il est nommé vicaire à saint Germain à Amiens… puis curé de Bouchoir en 1938 (et de Folies) ».
Mobilisé en 1939 il devient caporal infirmier. Après la défaite, il est démobilisé le 14 août 1940 et revient dans sa commune.
Agent de liaison entre les groupes résistants de Roye, Guerbigny et Rosières-en-Santerre
sous le pseudonyme de « Milou », il est un résistant actif au sein du mouvement Francs-tireurs et partisans et devient l’un des responsables du mouvement de Résistance Front national du département de la Somme. Il a à son actif le sauvetage d’aviateurs anglo-américains dont l’appareil avait été abattu. Il réceptionne également des parachutages d’armes sur le plateau du Quesnoy, comme celui fait en plein jour fin 1943.
Arrêté le 24 avril 1944, il est emprisonné à la Citadelle d'Amiens. Viennent les interrogatoires, les coups, les privations ; Transféré au camp de Royallieu, il est déporté le 4 juin au camp de déportation de Neuengamme.
Philippe PAUCHET, à l'occasion de la sortie du CD-Rom La Résistance dans la Somme, raconte comment l’abbé LAVALLARD soutenait ses compagnons entassés dans le wagon à bestiaux les emmenant au camp de Neuengamme : « Il a tenu pendant de longues minutes un homme à la lucarne pour que celui-ci, manquant d’air, retrouve le calme. Quand l’énervement était à son comble, il faisait chanter pour redonner espoir ».
Il est transféré à Sachenshausen où, enregistré comme « professeur », il partage le sort de ses compagnons. Il exerce clandestinement son ministère à Falkensee dans une usine de chars et d'obus au camp de Sachsenhausen, disant la messe avec un crucifix réalisé par un des déportés, Fernand COUDREY, à partir d’une poignée de porte et d’une croix de chapelet.
Le 18 février 1945, l’abbé LAVALLARD devait dire sa dernière messe. Atteint d’un phlegmon, il s’affaiblit de jour en jour. Le mercredi 21 février il quitte Falkensee pour Mauthausen, il périt le 13 avril 1945. au revier, ce baraquement destiné aux malades. Il avait 37 ans. Son corps disparaîtra dans le crématoire.
Son nom figure sur le Monument aux Morts et sur une plaque commémorative dans l'Église de Bouchoir (80). Une rue du village porte également son nom.
Témoignage de Madeleine Riffaud dite Rainer, le 19 décembre 2021 sur son compte Facebook
Un dimanche de 1942, à Folies, j'ai rencontré l'abbé Lavallard. Il restera pour moi un modèle. Voici son histoire : À 17 ou 18 ans, je ne faisais pas mon âge. J’ai passé le week-end chez mes parents, car je savais que je ne reviendrai pas de sitôt. Si mon père était anticlérical, ma mère était, elle très catholique. Le samedi soir, elle me dit : « Viens avec moi, demain, à la messe. Je veux que tu voies ce nouveau curé. C’est un homme extraordinaire, mais il me fait peur. J’ai peur pour lui, disons. » J'écoute son homélie et je me rend compte qu'il y dénonce les Allemands et les collabos. S’il avait fait ça à Paris, nul doute qu’il aurait été jeté en taule en moins de deux. Après la messe, je dis à ma mère d’aller faire à manger et je me dirige vers la sacristie. « Monsieur le curé, puis-je vous dire quelques mots ? » « Tiens je t’ai jamais vu toi t’es nouvelle ? » « Non j’habite à Paris et d’ailleurs, je rentre demain. Je suis la fille de l’institutrice. » « Ah oui, je la connais. Qu’est-ce que tu veux de moi ? » « Je viens vous dire la vérité. Vous avez dit des paroles qui m’ont rendue heureuse, évidemment. Je pense comme vous. Mais quelle imprudence ! Vous pourriez être arrêté d’une minute à l’autre. » « Écoute, ma petite fille, tu fais ce que tu as à faire et moi je fais mon travail. Et si chacun pouvait faire ce qu’il veut, la vie serait bien meilleure. Ne te mêle pas de mes affaires. Je sais très bien ce que je fais et pourquoi je le fais. Mais assieds-toi donc cinq minutes, tu m’intéresses. Qu’est-ce que tu fais, toi, dans la vie ?» Moi, toute fière : « Demain je rentre à Paris et j’entre officiellement dans la résistance. » Il m’attrape par la jupe. « Aah, mais c’est à moi de te faire des reproches ! Il ne faut rien dire. Pas même à ses parents. Et surtout pas à un prêtre. C’est le B-A-BA de la résistance. Tu as compris ? » « Oui, ce que je n’ai pas compris, c’est ce que vous faites, vous. » « Maintenant, ça suffit. Rentre chez tes parents. » Il était très grand, très maigre, genre Don Quichotte. Il m’a jetée dehors en riant, dynamique. « File ! et bonne chance ! » Il était en charge de plusieurs églises et il se déplaçait en vélo. Sa soutane se prenait tout le temps dans le pédalier, alors il coupait le bas avec des ciseaux ! Au bout de quelque temps on voyait ses chevilles. Mais il s’en foutait. Il transportait des livres dans sa besace. Avant il était professeur de théologie au séminaire d'Amiens mais ses engagements ne plaisaient pas à ses supérieurs. Alors ils l’avaient foutu dans les villages, en guise de sanction mais aussi en prévention. Il faisait des discours comme ça parce qu’il espérait que quelqu'un allait l’entendre et le contacter. Ça a marché. Il est devenu un des chefs de la résistance de la Somme. Puis il a été arrêté et il est mort le 13 avril 1945 à Mauthausen.
(LAVAL, Mayenne, 2 octobre 1884-MONTAUBAN, Tarn-et-Garonne, 21 septembre 1977)
Si Julienne RYO est née en Mayenne, c’est à Rennes qu’elle passera son enfance et sa
jeunesse et elle revendiquera toujours ses origines bretonnes. A tel point qu’arrivée dans la
Somme à la fin des années trente, elle sera élue secrétaire générale des L’association des
Bretons de Picardie aux côtés du conseiller à la cour d’appel d’Amiens Yves Lefèbvre.
Toute sa vie elle présentera ces caractères de volonté, de ténacité et d’énergie que l’on attribue traditionnellement aux Bretons. Elle consacrera toute son existence à l’éducation des enfants sans négliger l’attention portée aux adultes via la mise en place d’enseignements ménager et artistique. Elle exercera son activité dans des établissements maternels et primaires catholiques, de Ploërmel (Morbihan) à Brocourt (Somme) en passant par les écoles de Poissy à Bourbon-Lancy. C’est à Liomer (Somme) qu’elle termine sa carrière durant la Seconde Guerre mondiale.
En 1943, elle rejoint l’Organisation de la Résistance Armée (O.R.A. 6.3.). Nommée chef du groupement de Résistance de Liomer, elle devient agent de renseignements et de liaison entre les différents groupes F.F.I. de Liomer et des environs. Son domicile devient lieu de réunions clandestines et sert de dépôt d’armes et de munitions. Elle dirige le recrutement et l’instruction des militants. Elle vient également en aide aux aviateurs alliés abattus par la DCA. Au moment des combats de la Libération, elle redouble d’activité, n’hésitant pas à entrainer ses hommes les armes à la main.
En novembre 1944, elle crée un Comité National de Libération dont elle devient la présidente devenant ainsi l’une des premières femmes à exercer les fonctions de maire. Elle se présente aux élections municipales de 1945, mais elle n’est pas élue. Elle quitte alors Liomer et regagne Ploërmel où elle deviendra conseillère municipale et responsable départementale de l’Union Féminine Civique et Sociale du Morbihan. Elle est faite chevalier de la Légion d’honneur en 1954. En 1962, elle part dans une maison de retraite du Tarn-et-Garonne. Elle ne cesse pas ses activités sociales pour autant puisqu’elle fonde le Comité régional de la Croix-Rouge dont elle devient la présidente en 1966. Elle est faite officier de la Légion d’Honneur en mars 1977 et elle meurt à l’hôpital de Montauban le 21 septembre.
Biographie rédigée par Jean-Paul BARONNET et Michel HUBAUT
Justification de l'admission de Julienne Ryo au grade de chevalier de la légion d'honneur https://www.leonore.archives-nationales.culture.gouv.fr/ui/notice/334187
Après "Liomer 1939-1945, un village à l’heure allemande", Michel Hubaut et Jean-Paul Baronnet publient "Figures oubliées de la Résistance, première partie".
Ils retracent l'engagement de Julienne Ryo et Joseph Waldmann.
Julienne Ryo fut la directrice des écoles privées de Brocourt et Liomer sous l’Occupation. Elle était responsable d'un groupe affilié au réseau Zéro France. Après la Libération, elle exerça même la fonction de maire de Liomer et de présidente du comité de libération
Joseph Waldmann, médecin juif originaire de Roumanie installé à Brocourt avec sa famille en 1935, continua à exercer avec la complicité de son confrère d‘Hornoy-le-Bourg, Jacques Tremblé. Il soignait clandestinement les pilotes d'avion tombés aux alentours et avait aussi rejoint le réseau Zéro France..
Pour se procurer l'ouvrage, au prix de 10 €, s'adresser à Michel Hubaut, 1 lotissement Buquet Blanc, 80430 Liomer (06 52 12 60 89) hubaut.michel@orange.fr ou à Jean-Paul Baronnet 268, rue Gauthier de Rumilly 80000 Amiens (06 71 70 21 22)
L’abbé Pierre CARPENTIER est né le 2 juillet 1912 à Libercourt, dans le Pas de Calais.
Après avoir été très engagé dans le mouvement scout, il entre, à vingt ans, au grand séminaire d’Amiens.
Au cours de ses études, il est incorporé dans une unité d'infanterie à Cambrai. Saint Cyrien, il en est sort sous lieutenant en octobre 1935.
Ordonné le 29 juin 1938 en la cathédrale d'Amiens, nommé vicaire de la paroisse Saint-Gilles à Abbeville, il s'installe alors au 13 de la place du cimetière Saint-Gilles (aujourd'hui le 21, place de l'abbé CARPENTIER). Il est également aumônier scout.
En septembre 1939, il est mobilisé comme lieutenant à la 13ème Compagnie de pionniers du 51ème Régiment d'Infanterie. Démobilisé en octobre 1940, il rejoint son poste de vicaire dans une Abbeville détruite et dévastée suite aux bombardements du 20 mai.
Il aide d'abord des prisonniers évadés et soldats britanniques en fuite à passer à travers des zones contrôlées par les Allemands. Résidant en zone interdite, l’abbé se fait prêter par différents amis des ausweis qui correspondent aux numéros de fausses cartes qu’il avait fabriquées. Il entre en résistance en 1940 dans la Confrérie Notre-Dame (réseau Castille) et dans le réseau Pat O'Leary à partir d’avril 1941 Son groupe, au sein duquel œuvre Désiré DIDRY, procure des faux papiers aux pilotes de la Royal Air Force abattus dans la région et les aide à fuir en zone libre.
Parlant parfaitement allemand, l'abbé CARPENTIER transmet également aux alliés de nombreux renseignements sur les positions allemandes et autres informations militaires.
En décembre 1941, l’abbé est arrêté avec de nombreux patriotes d’Abbeville et de la région Nord.
Incarcéré à la prison de Loos les Lille, il réussit à faire sortir des lettres dont l’extrait d’une de celles-ci explique la raison de son arrestation :
« Je soussigné, Abbé Pierre CARPENTIER demeurant 13, place du cimetière Saint-Gilles à Abbeville, lieutenant de réserve, certifie sous la foi du serment religieux et sur ma parole d’officier l’exactitude des faits suivants : « J’ai travaillé avec le sergent Cole, alias Paul Delobel depuis le mois de mars 1941 jusqu’au 8 décembre 1941, en collaboration avec Roland Lepers et John Smit, nommé Jean Dubois, alias jambe de bois… « J’affirme avoir été trahi ignoblement par le sergent Cole (Paul) un déserteur de l’armée britannique introduit dans le réseau, dit « Pat ». Deux jours, après je fus conduit à Lille au bureau de la G.F.P. (Gestapo) et interrogé… »
L’abbé CARPENTIER est ensuite transféré au pénitencier de Bochum, proche d’Essen en Allemagne, le 6 août 1942.
Le 16 avril 1943 comparaissent, pour être jugés devant la VOLKSGERICHTSHOF (cour du peuple) 4 prévenus Nacht und Nebel à la demande du procureur d’Essen : l'abbé Pierre CARPENTIER, Désiré DiDRY, Protais DUBOIS et Marcel DUHAYON.
Tous quatre furent condamnés à mort, pour avantages procurés à l’ennemi.
Transféré à la prison de Dortmund le 29 juin 1943, Pierre CARPENTIER est exécuté par décapitation le lendemain, 30 juin 1943 à 19h15. Il avait 31 ans.
Le registre de cette prison porte quelques indications supplémentaires relatives aux accusations. Il y est dit : « Les condamnés ont hébergé en 1940-1941 des soldats anglais se trouvant secrètement en France occupée, de même qu’ils ont passé de jeunes Français et des Belges pour s’engager dans l’armée anglaise. Duhayon et Carpentier ont de plus, dans ce domaine recueilli d’importantes informations militaires dans le but de les communiquer à l’ennemi ».
Désiré DIDRY appartenait au réseau Pat O'Leary, il était avec Alfred LANSELLE, l’organisateur de l’évasion des Anglais vers la France-Libre, via Abbeville pour le secteur de Saint-Omer.
A titre posthume, Pierre CARPENTIER obtient la Médaille de la Résistance le 15 octobre 1945, la Légion d'Honneur le 20 mars 1947 et la croix de guerre avec palmes.
*Parmi les internés résistants du réseau Pat O'Leary : Rémy PEUTTE, interné du 8 décembre 1941 au 2 avril 1942, et son épouse en relation avec l’abbé CARPENTIER, qui l’aida à faire passer des papiers nécessaires pour franchir la Somme en sens inverse.
D’après le livre de Jacques Lejosne : 1940 -Amiens-1944 Dans les griffes de la Gestapo.
Voir également la fiche dans le dictionnaire biographique Le Maitron