Louis André Delapierre est né le 29 octobre 1926 à Muraumont (Oise), fils de André Louis Philippe DELAPIERRE et de Francine Rose HOULET. Il habite avec son père rue du château à Pont de Metz, sa mère étant décédée.
Dans la soirée du 29 août 1941, il revient chez lui accompagné de son père.
En arrivant au pont du chemin de fer, entre la rue du pont et la rue de l’eau, ils font face à une patrouille allemande qui les contrôle pour non-respect du couvre-feu. Le fils, pris de panique, fuit en direction de la rue du pont, il tombe sous les balles allemandes devant les premières maisons de la rue.
Transporté à l’hôpital, place Victor Pauchet, il y décède à 2h30 du matin le 30 août 1941.
Photographie de Madeleine Riffaud prise par un soldat américain
le 27 août 1944
On l’appelait « RAINER », en réalité Madeleine RIFFAUD, collégienne de 16 ans en 1940 ; ses parents étaient instituteurs à Folies, dans la Somme puis à Amiens ; Madeleine, poète précoce, un calvaire au bord de la route déclenche chez elle une vocation, « Le Christ est le symbole d’une liberté crucifiée ».
Après l’exode Madeleine rejoint l’école supérieure d’Amiens, par la suite, le mouvement de résistance communiste du Front National et devient « Rainer » pseudo inspiré du poète Rainer Maria RILKE. . Elle rallie son groupe F.T.P.F. où, à Paris le « lieutenant RAINER » se rend célèbre en juillet 1944 sur le pont Solférino où elle abat, sur ordre de la Résistance, un officier allemand. Par malheur, elle est capturée par un milicien et emmenée à la Gestapo.
Elle écrit : « ça y est, je suis arrêtée, on me fait monter des marches. Il me semble qu’il y a très longtemps que je monte ainsi. Chaque marche franchie m’avance plus avant dans le monde ennemi où tout sera piège, douleurs, horreurs. Un S.S. me pousse dans le dos à coups de crosse. Je ne sais à quel étage se trouve la petite salle où l’on m’interroge ce dimanche 23 juillet. Ce que j’ai vu tout de suite, c’est une fenêtre grande ouverte sur les arbres verts et puis un portrait d’Hitler sur le mur et un gros « Mauser » en presse-papier. Il y a dans cette salle quelques Allemands vert de gris et acier. L’un m’attache à une chaise, un autre me prévient aimablement : « Je vous conseille de parler de vous-même, sinon nous serons obligés d’employer d’autres moyens. Je suis professeur en Allemagne, vous êtes étudiante. C’est un conseil d’ami que je vous donne. » … Je ne sais rien. Lorsque je suis sortie du bureau, ce jour-là, j’avais le front en sang, la lèvre supérieure fendue, ma figure était marbrée d’ecchymoses, mon genou saignait, j’avais sur les jambes de gros dépôts de sang, conséquences des coups de nerf de bœuf.
C’est dans cet état, que les Allemands me remettent aux brigades spéciales. Celles-ci me rendent à la Gestapo après une semaine d’interrogatoires infructueux, si faible que je peux à peine marcher… Ici, rue des Saussaies, un gros S.S. fait entrer un jeune garçon en culotte courte : « Voici un terroriste comme vous mais il est jeune. Nous ne lui ferons pas de mal… si vous parlez. Sinon nous le battrons et ce sera votre faute. » Je ne sais rien, je vous assure. Ne le battez pas, il n’a rien fait… Il frappe l’enfant de toutes ses forces … Je deviens folle, l’enfant hurle… Il tombe, on le relève à coups de pied, il pleure… Je suis sur le point de donner un faux rendez-vous, une fausse adresse, mais l’enfant me fait signe de ne rien dire, je ne l’ai jamais revu… Puis on m’a déshabillée, on m’a plongée dans la fameuse baignoire d’eau glacée… Voiture cellulaire. Huit jours de cachot, les mains enchaînées derrière le dos. Six jours sans nourriture. Condamnée à mort, j’ai été délivrée le 17 août par le Consul de Suède la veille de mon exécution. »
En effet, lors de l'insurrection de Paris, la médiation du consul NORDLING, permet l'élargissement de nombreux prisonniers, dont Madeleine. Aussitôt, retapée, promue au grade d’aspirant, elle reprend le combat. Un train militaire allemand devait ravitailler la caserne « Prinz Eugen », place de la République, en passant par les voies de la petite ceinture. Madeleine est volontaire pour l’arrêter. Avec 3 copains de la compagnie « Saint Just », et quelques explosifs, elle piège le convoi à la sortie d'un tunnel. Son escouade fait tant de volume que les Allemands croient avoir affaire à un… bataillon et se rendent. Leur armement et leur matériel passent illico à la Résistance. Elle eut 20 ans sur les barricades de la Libération. Femme et mineure, elle ne put s'engager dans l'armée régulière. Elle s’en consola en devenant une grande journaliste.
Madeleine Riffaud, née à Arvillers, est entrée dans la Résistance, très tôt. "J'avais, dit-elle, dix-huit ans en 1942. J'appartiens à une ethnie minoritaire, celle des garçons et des filles qui avaient juste vingt ans le jour de la libération de Paris... Nous étions volontaires, nous savions ce que nous risquions, nous n'attendions aucune récompense ; nous n'avions que notre colère, notre pureté, notre amour..." En 1942, Madame Riffaud (mère) était institutrice à Folies dans le canton de Rosières (135 habitants). Le père de Madeleine Riffaud est au P.C.F. et membre de la cellule H. GABET au Faubour**g de Hem jusqu’à sa mort en 1984 ; lui aussi était instituteur.
À Amiens, des femmes comme : Madeleine MICHELIS - Renée COSSIN - Marcelle SOBO - Odette AZERONDE – Georgette BACON – Mireille BONPAS – Henriette DUMUIN – Geneviève FERTEL – Jeanne FOURMENTRAUX – Julia LAMPS – Lucienne MAGGINI – Suzanne MAIGRET – Marie MARTIGUE – Antoinette ROBINE – Andrée VANMARCKE – Paulette VERDURE – Madame VIGNON – Micheline VOITURIER et tant d’autres, vont par leur dévouement, contribuer, parfois mourir, pour une juste cause. Souvent sans visage, à l’identité floue, ces quelques noms sortent de l’ombre.
Une certaine Mademoiselle GERARD ou GIRARD au n°23 de la rue de Vignacourt (en 1942) quitte Amiens où elle n’est plus en sécurité dans la Résistance. Venue s’installer à WELLES-PERENNES dans l’Oise, elle est arrêtée par la Gestapo en revenant de Paris. Elle est fusillée (lieu inconnu). Son nom est inscrit sur le monument aux morts de la commune de WELLES-PERENNES.
Jacques Lejosne
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Un complément apporté par Véronique Bruyer bénévole Blouse Rose :
En recherchant des informations sur la biographie d’une autre femme engagée, Marguerite Perrin — fondatrice en 1944 de l’association Les Blouses Roses — dont son action était d'être au plus près de jeunes patients isolés au sanatorium de Saint-Hilaire-du-Touvet, en Isère, pour leur proposer des activités de loisirs afin de rompre leur solitude et de leur redonner goût à la vie.
Ces recherches m’ont également permis de retrouver, parmi les jeunes patients atteints de tuberculose, le nom de Madeleine Riffaud, qui y fut soignée en 1941 et s’y reposa jusqu’à sa guérison. C'est certainement probable que durant ces années, Madeleine développera son goût pour l’écriture et la poésie, et qui joueront ensuite un rôle important dans sa vie !
Madeleine RIFFAUD commence à s’intéresser à la résistance en 1941, alors qu’elle séjourne au sanatorium des étudiants à Saint-Hilaire-du-Touvet dans l’Isère pour soigner une infection tuberculeuse, et qui abrite une imprimerie clandestine. Le directeur de l’hôpital rédige de faux certificats médicaux afin d’abriter des Juifs. Poète, elle s’intéresse au surréalisme et se passionne pour Rainer Maria Rilke et son recueil Les Elégies de Duino, qui marque selon elle une première étape dans son engagement. Elle découvre les actions de résistance menées au sanatorium après avoir sympathisé avec l’écrivain Claude Roy, venu y donner une conférence. Elle se lie d’amitié avec Marcel Gagliardi, alors étudiant en médecine, et lui demande de la faire entrer dans la résistance. Il est convenu qu’elle intégrera à Paris à la rentrée 1942 une formation de sage-femme. A la faculté, elle doit transmettre une clé à un cheminot pour faire dérailler des trains. Elle est acceptée au sein du mouvement de résistance le Front National (mouvement communiste) après plusieurs missions. Elle sauve la vie de son camarade Jean Roujeau qui allait être abattu par un soldat allemand alors qu’il distribuait des tracts face à la librairie Gibert du Quartier Latin en se jetant sur lui sans armes.
René SCHWAL est né le 17 octobre 1921 à Amiens, où il exerce la profession d’électricien auto. Alors que le nord de la France est occupé, il s'engage le 10 octobre 1940 dans l'armée de l'air à Istres, avec pour but : tenter de rejoindre l'Angleterre par avion. IL sera malheureusement arrêté et passera en conseil de guerre le 26 novembre 1942. Il sauva sa tête et fut démobilisé le lendemain. Le 2 février 1943 il est désigné pour partir au STO en Allemagne à Stuttgart.Il s'y oppose et se cache. Il est alors recherché par les gendarmeries d'Amiens et de Flixecourt.
René SCHWAL de l'ORA matricule 2002, tenait liaison avec la résistance locale depuis le 1er avril 1943. Il habitait alors à Bourdon chez sa grand-mère ; c'est ainsi qu'il a pu se sauver rapidement lors du déraillement d'Hangest. Il participe à l’attentat commis sur la voie ferrée Amiens Boulogne : Dans la nuit du 16 au 17 avril 1943 à 2h40, Un train de troupe a déraillé sur la ligne Amiens Boulogne au km 150,300, territoire de Crouy. Ce déraillement est survenu à la suite d'un attentat commis par 9 individus masqués et armés. L'éclisse du rail gauche de la voie de droite a été déboulonné et les tirefonds enlevés sur plusieurs traverses.13 wagons sont broyés ou endommagés. La machine de 150 tonnes est sortie des rails et s'est couchée sur la voie. Le chauffeur THAON Gustave, est décédé. Le mécanicien, BIOUT Paul, est blessé aux jambes. 25 militaires environ sont décédés et une cinquantaine sont blessés. Les autorités allemandes se sont rendues sur les lieux ainsi que la sûreté et la police mobile, qui avaient été avisés par la gendarmerie.
L'attentat s'est effectué comme suit : entre 23 h et 2h30, tous les gardes voies requis et non requis ont été ligotés, bâillonnés et attachés aux arbres par 9 individus. Ceux-ci sont venus sur les lieux avec des bicyclettes. Ces individus ont d'abord ligoté les gardes voies assurant le service de 22h à l h. Puis les hommes venant relever leurs camarades à une heure ont subi le même sort. D'après l'enquête, les auteurs de cet attentat étaient 9 ; tous masqués, armés de pistolets et revolvers. Ils avaient entre 20 et 30 ans, parlant correctement le français sans accent. Ils portaient des effets civils de toutes nuances, la plupart coiffés de bérets basques. L'identification et les recherches effectuées n'ont donné aucun résultat. Il apparaît toutefois que certains de cette bande sont de la région, puisque plusieurs étaient à bicyclette. La circulation a été interrompue dans les deux sens. 15 gardes voies ont été ligotés, bâillonnés et parmi eux : L'abbé BERTRANDIE Etienne, demeurant à Hangest-sur-Somme, M. VION André, maire de Crouy, et M. VAST
Six des auteurs de cet attentat seront arrêtés par la police française et fusillés le 2 août 1943, après une parodie de procès dans les fossés de la citadelle d'Amiens. Jacques WILGOS ; Jules MOPIN ; Georges DEBAILLY ; Maurice SEIGNEURGENS ; Ernest LESEC ; Alfred DIZY.
Il leur est reproché : 14 février 1943 : déraillement à Montières 18 février 1943 : déraillement à Thézy Glimont 28 février 1943 : déraillement à Remiencourt 2 mars 1943 : déraillement à Saleux 4 mars 1943 : déraillement à Dernancourt - attentat : 6 mars à Aveluy Attentat : 12 mars à Famechon Attentat : 19 et 20 mars à Fontaine-sur-Somme 6 avril : écluse à Sailly Laurette 16 avril 1943 : déraillement à Hangest-sur-Somme (25 morts et 50 blessés) attentat le 20 avril 1943 à Eu (cinéma) et à Dieppe (tunnel) Ils ont été arrêtés par la police française du 21 au 23 avril 1943. Maître VAN DEN HERREWEGHE défend Alfred DIZY et Maître MAHIU les autres. Un fonctionnaire de l'armée d'occupation assure les fonctions d'interprète. Ils sont fusillés le 2 août 1943 dans les fossés de la citadelle d'Amiens.
René SCHWAL participe, à Pont Rémy, avec le même groupe, le 2 mai 1943 au déboulonnage d'un rail de 20 mètres. Deux machines haut le pied déraillèrent. Il est nommé le 1er juin 1943 aux fonctions de tous sabotages et renseignements avec le grade de sergent par le capitaine VERSELIPPE, Le 27 juin 1944, sur les conseils de Charles VERSELIPPE, il entre à la police des chemins de fer, bien que réfractaire au STO, en utilisant les papiers de son frère cadet. De ce fait il peut rendre de grands services à la cause de la résistance en donnant des renseignements sur les mouvements de troupes et en participant à des sabotages de lignes de chemin de fer
Ainsi, le 27 juillet 1944, à Vers sur Selle, étant en service sur la ligne Amiens-Beauvais, avec son camarade BUQUÉ, il a vu mais n'a pas signalé un rail de 20 m déboulonné. Résultat: 2 machines par terre (une du dépôt du Bourget et une allemande). Ces dernières obstruaient la voie et ne furent relevées que par les Anglais. Dès le 15 août 1944, il enlevait les poteaux indicateurs de la route de Rouen entre Amiens et Saleux.
Lors des combats pour la libération d'Amiens, le 31 août 1944, il capture un canon anti char à Saint-Roch. Les 1er, 2 et 3 septembre, il vient se joindre au groupe de La Chaussée-Tirancourt de Charles Verselippe et Michel Guéret pour libérer la tête de pont de La Chaussée-Tirancourt et faire le ménage d'Yzeux, de Belloy et des bois jusque Vignacourt.
Rappelé comme caporal-chef au bataillon de l'air d'Amiens, le 7 octobre 1944 ; il rejoint le deuxième régiment de chasseurs parachutistes en Angleterre, puis comme sergent-chef le 2 février 1945. Parachuté en Hollande le 8 avril 1945, il est cité à l'ordre du régiment. Il sera démobilisé le 5 octobre 1945.
Quelque temps après il épousera Solange avec qui il aura un garçon, Bernard qui habite La Chaussée-Tirancourt. Il est titulaire de la croix de guerre 39/45 ; il a deux citations, une à l'ordre de la division et l'autre du régiment.
Citation à l'ordre de la division : SCHWAL René : soldat de la résistance, intrépide aux activités multiples, animé du plus ardent patriotisme, a participé au déraillement d'un train allemand, provoquant 25 morts à l'ennemi et l'obstruction de ses lignes de ravitaillement le 17 avril 1943. Engagé dans la police des chemins de fer, afin de fournir régulièrement à son chef des renseignements sur les mouvements de troupes permettant au groupe cheminot d'immobiliser avant le départ les machines commandées de service (142 machines sabotées), a continué son activité sans faillir malgré l'arrestation et la mort de son chef. A assuré la réussite de deux autres déraillements les 17 juillet et 17 août 1944 qui obstruèrent définitivement les voies jusqu'à la libération. Du 1er au 3 septembre 1944, il a participé aux opérations de la tête de pont de La Chaussée-Tirancourt, le général de division PREAUD commandant la 2e"'e région militaire.
Citation à l'ordre du régiment : Parachuté en Hollande dans la nuit du 8 avril 1945, le sergent parachutiste SCHWAL René s'est montré d'un courage exemplaire. Encerclé de toute part par l'ennemi, a combattu jusqu'à la dernière balle avant de réussir à rejoindre les lignes amies ; seul il a abattu plus de 20 soldats ennemis. La présente citation lui donne droit au port de la croix de guerre avec étoile de bronze
Signé PUECH Sanson, commandant du 2ème RCP. René SCHWAL est décédé le 7 août 1983 à Amiens.
Il a un fils Bernard qui n’était pas au courant de ses actions. Bernard est l’époux de Sylviane, la secrétaire des racines calcéennes
Voir le dossier de René SCHWAL, élaboré par Jacques FOURE et André SEHET, à partir des
Archives Militaires de Vincennes.
Picard de souche et de cœur, Léon GONTIER naît à Amiens le 19 janvier 1886. Bien qu’issu d’un milieu conservateur et catholique, il adhère très vite aux idées socialistes. Il rejoint la SFIO de Jaurès quelques années après la création de ce parti. Fonctionnaire, il fait l’essentiel de sa carrière à la préfecture de la Somme où il devient successivement rédacteur puis chef de bureau. Cette activité l’amène à croiser le parcours d’un jeune fonctionnaire nommé Jean Moulin. Interlocuteur connu et reconnu de ses pairs, c’est tout naturellement qu’il agrège une activité syndicale à son parcours politique. Comptant parmi les principaux leaders socialistes du département, Léon GONTIER est également secrétaire de la section CGT des employés préfectoraux et président de la section départementale de la Ligue des Droits de l’Homme.
Au printemps 1940, Léon GONTIER se réfugie en Normandie mais il revient très vite à Amiens où il s’illustre dans des faits de résistance. La loge Picardie mise en sommeil, il s’emploie, avec quelques compagnons de lutte, à faire vivre une Fédération socialiste départementale clandestine puis il rejoint le mouvement « Libération Nord ». Il s’illustre également au sein du réseau Brutus en charge du renseignement, de la fabrication de faux papiers et de journaux clandestins. On lui prête un nombre important d’actions contre l’occupant nazi.
Le 13 janvier 1944, il est appréhendé par la Gestapo en gare du Nord à Paris, aux côtés de Jean BIONDI, député-maire de Creil, interrogé, torturé, il est emprisonné à la maison d’arrêt d’Amiens. Lorsque survient l’Opération Jéricho et le bombardement de celle-ci par les Anglais, le 18 février 1944, il vient en aide aux détenus blessés et s’emploie à permettre aux résistants incarcérés de fuir. Désintéressé, sacrifiant sa liberté au bénéfice de celle de ses compagnons d’infortune, il est transféré au camp de Royallieu-Compiègne avant d’être déporté le 28 juillet 1944 au camp de concentration allemand de Neuengamme où il meurt d’épuisement le 31 décembre 1944.
Croix de guerre 1939-1945, chevalier de la Légion d’honneur, Léon GONTIER n’a cessé, sa vie durant, de mettre ses actes en conformité avec son idéal, ses principes et ses valeurs humanistes.
Son nom a été donné à la place qui borde aujourd'hui la Maison de la Culture d'Amiens
Chaque année, la mort de Jean Catelas est commémorée ; s’en suit un parcours dans le cimetière de Saint Acheul, dont la stèle des Résistants de Saint Acheul. Un trajet prévu à l’avance. Oubliée, à côté de la stèle, une tombe de la famille DUMUIN pour laquelle un hommage serait rendu aux trois patriotes (parmi d’autres). Un devoir de mémoire nous l’impose. Plaise aux responsables de cette Commémoration de prendre acte de cette
requête.
Edouard DUMUIN
né vers 1910. Membre F.T.P. Il devient responsable régional du Cher. Chargé des
opérations militaires au grade de Colonel. Un Amiénois résistant de la première heure dit « Gilbert » sera blessé avec son épouse dans un accrochage avec les Allemands le 24 août 1944. Il représentera la Ligue des Droits de l’Homme après-guerre avec Mesdames PETIT, LEMAIRE, CATELAS. Il occupera le poste de secrétaire départemental des F.T.P.F. et son drapeau (un don en notre possession) Il décédera en 1972.
Son nom a été donné au square bordant l'église Saint-Leu à Amiens.
Henriette DUMUIN, la première épouse d'Edouard DUMUIN
née Morel le 2 décembre 1910 à Domart en Ponthieu (Somme), domiciliée à Amiens dans le quartier Saint Acheul. Dans la Résistance dès la fin de l’année 1940. Repérée dans la Somme, agent de liaison FTP, elle rejoint son mari lui aussi Résistant dans le Cher.
Blessée mortellement le 24 août sur la route de Bourges à Gien (pic de Montaigu) au cours d’un affrontement avec un convoi allemand. Elle décède le 25 aout 1944 à l’hôpital
clandestin de Prassy. Son nom sera donné à un bataillon F.T.P.F. du Cher. Plusieurs rues portent son nom à Amiens, Domart en Ponthieu et dans le Cher.
Noëlla DUMUIN, la seconde épouse d'Edouard DUMUIN
née Legrand est née le 1er juillet 1909 à Méaulte, demeure 2 rue de la Dodane à Amiens. Au mouvement FTPF (80) du 1er janvier 1943 au 3 septembre 1944. A l’Etat-major du Vimeu – 3ème Cie, agent de liaison –institutrice à Oust Marais de 1940 à 1944.
Sous les ordres du Lieutenant LE GARD d’avril 1943 à septembre 1944. Au Réseau Z.F. sous les ordres de « Clovis » de mars 1944 à septembre 1944, agent de renseignements, transport de documents, et d’armes, de rapports et d’ordres de la région du Vimeu et d’une partie de la Somme Maritime.
Edouard Dumuin avec sa deuxième épouse Noëlla Legrand le 15 juin 1963
(Photo Robert Barbier)
Jacques Lejosne
Voir également
la fiche consacrée à Edouard DUMUIN dans le dictionnaire biographique Le Maitron
la fiche consacrée à Henriette DUMUIN dans le dictionnaire biographique Le Maitron
Jeanne Fouquenelle est née en 1921. Elle va à l'école Jeanne d'Arc tenue par des sœurs. Elle obtient le certificat d’études avec mention. Comme elle est l'aînée de quatre enfants, elle doit travailler tout de suite. Il faut ramener une paie à la maison. Elle travaille donc à l'épicerie centrale. Quand la guerre éclate, elle a 18 ans. A pied, avec quelques affaires chargées dans une carriole, toute la famille quitte la maison, rue Bazin, pour rejoindre le petit village de Campagne-les Hesdin où habite une grand-mère. Ils reviennent 3 semaines après ! les Allemands ayant envahi rapidement le nord de la France. La maison a été pillée. On doit leur prêter des matelas...
Comme il n'y a pas de travail à Doullens, Jeanne va aider son père à la Défense passive (pendant les alertes, elle s'occupe de l'abri dans les souterrains de la Citadelle). Jeanne avait suivi des cours de secourisme avec la Croix Rouge, tout naturellement, elle propose ses services à l'hôpital où affluent les blessés de tous les fronts, affreusement mutilés ; les débuts sont difficiles... Puis, les Allemands font évacuer l'hôpital ; les sœurs disparaissent et les blessés sont transférés à l'école Jeanne d'Arc où il n'y a plus rien.
Après la guerre, Jeanne est embauchée à la Citadelle de Doullens, à l'infirmerie de la prison des femmes avec le docteur Ponthieux. Elle y travaille 8 ans puis après un stage de 3 mois à la prison de Fresnes, elle devient éducatrice adjointe.
Jeanne Dron fait partie de ces femmes discrètes qui ont tenu un grand rôle pendant la Seconde Guerre mondiale.
Jean LHEUREUX est né à Marcelcave le 17 août 1895. Il était forgeron avec son frère Paul. Il appartenait au Front National – Francs-Tireurs et Partisans du Colonel DUMUIN depuis 1942. Il a participé à différents sabotages de voies ferrées (déraillement de Guillaucourt, sabotage de l’écluse de Glisy etc…)
Il aurait été arrêté sur dénonciations pour des hébergements clandestins. Il a été retrouvé mort dans sa cellule de la prison d’Amiens. Le décès a été constaté le 3 juillet 1943. Les causes de sa mort restent mystérieuses ; tué d’un coup de révolver par ses bourreaux, décès des causes de ses blessures ou retrouvé pendu dans sa cellule avec sa ceinture de flanelle…
Une plaque figure sur la forge, et une rue porte également son nom à Marcelcave.
Il a été reconnu « Mort pour la France". le 13 mars 1952.
Source : Jean Michel HAREUX et l’association ‘Histoire de Marcelcave;’, Marcelcave Tome 2.
Jacques HUBERT né le 18 juillet 1922 à Conty est décédé le 30 mars 2016 à Bouzincourt, dans sa 94e année.
Le Résistant
Jacques HUBERT, vivait à Bouzincourt près d’Albert. Il avait 18 ans lors de l'invasion allemande de mai 40. Comme de nombreux jeunes hommes, il est arrêté et dirigé vers l'Allemagne. Mais déjà, il résiste et s'évade à Cambrai, lors d'un regroupement de prisonniers. Dans une ferme, il prend un vélo et une binette, se fait passer pour un ouvrier agricole et rentre chez lui. En février 42, à 20 ans, il entre dans la Résistance avec le capitaine Henri DUMOULIN qui deviendra le chef militaire de la Région d'Albert. Celle-ci s'étendait de Doullens à Péronne. Leurs actions se multiplient : - sabotages de trains (matériel et troupes) sur la ligne Albert - Arras. - sabotages de centraux téléphoniques, d'écluses et de matériel agricole. - préparations de terrains pour faciliter les parachutages d'armes et de résistants, principalement dans le secteur de Warloy-Baillon. Jacques HUBERT le souligne dans ses témoignages : « mon rôle, saboteur et agent de renseignements ». Pour toutes ces actions déterminées et courageuses jusqu'à la Libération, Jacques HUBERT a été décoré de la « Croix du combattant volontaire de la Résistance 1939-1945 ».
Le Juste parmi les Nations
Avec ses parents, Clovis et Blanche HUBERT, il a aussi été décoré de la médaille des Justes, le 26 octobre 2003 à Paris, par Mr l'Ambassadeur d'Israël|, en présence de Jacques Chirac, Président de la République, et de Simone Veil. Il importe de ne jamais oublier les raisons d'un tel événement. En juillet 1942, la rafle du Vél d'Hiv à Paris est commandée par la politique antisémite du régime nazi, hitlérien, et organisée par le gouvernement Pétain - Laval en pleine collaboration. La soeur de Jacques Hubert, Paulette Bulot, habite Paris. Ses voisins juifs, Monsieur et Madame Zajderman, réussissent à cacher leurs trois enfants chez elle, puis sont déportés à Dachau. La soeur de Jacques demande à ses parents d'accueillir Albert et Suzanne, le 3ème enfant ira en Normandie. A Bouzincourt, les parents de Jacques HUBERT reçoivent donc ceux qu'ils présenteront comme leurs petits-enfants parisiens. Seuls le maire, le curé et l'instituteur sont dans la confidence. La population de Bouzincourt ne parlera pas. A la Libération, seule la maman des trois enfants rentrera du camp de Ravensbrück. Ecoutez encore ce que disait Jacques HUBERT lorsqu'on lui parlait de ces évènements : "Je ne comprends pas ce raffut autour de moi, je n'ai fait que mon devoir".
Le devoir de transmission
A la retraite, Jacques HUBERT a toujours tenu à témoigner, surtout auprès des jeunes générations : dans les écoles (Marcelcave, Doullens, ..), dans les collèges et lycées (Albert, Péronne, Doullens, Acheux ...). Pour toutes ses activités pendant la Résistance, pour être reconnu "Juste parmi les Nations" (ils étaient 14 dans la Somme) et pour son travail de témoignage jusqu'au soir de sa vie, Jacques HUBERT a été décoré de la Légion d'Honneur en 2007. A son décès Le Courrier Picard a titré : "le dernier Juste de la Somme s'est éteint". Mais il nous laisse un message de combattant pour les valeurs humaines.
Pour nous tous, le meilleur hommage que nous puissions lui rendre, c'est de poursuivre son combat
Jacques BOCHER, né à Amiens le 11 décembre 1924 ,est décédé le 12 janvier 2019. Il a été enterré au cimetière du Petit-Saint-Jean le vendredi 18 janvier 2019. Il fut un infatigable passeur de mémoire auprès des plus jeunes, témoignant de nombreuses fois de son parcours dans différentes classes. « Il faut témoigner, disait-il, pour éviter de reproduire les mêmes erreurs, témoigner pour ceux qui ne sont pas rentrés ».
« Je venais d'avoir 18 ans en décembre 1942. Dans le courant du mois de février 1943, ma mère reçoit un courrier, qui m'était adressé provenant de la kommandantur allemande. J'apprenais par ce courrier que j'étais réquisitionné pour le travail obligatoire en Allemagne (STO).
Pour éviter des problèmes à ma famille, je suis parti avec l'intention de m'évader au moindre arrêt du train en France. Le train ne s'étant pas arrêté, je me suis retrouvé en Allemagne (ville de Bochum) dans un camp de travailleurs.
Refusant de travailler, j'ai été arrêté un matin au petit jour avec un autre camarade amiénois dont j'avais fait connaissance dans le train ; il s'appelait Raymond PECHEUR, il avait 20 ans. Nous avons été enfermés dans la prison de la ville de Bochum et condamnés à la déportation. On nous fit monter à bord d'un fourgon blindé, direction Buchenwald. J'y suis resté 3 mois (bloc 44 petit camp, matricule 6231) et ensuite la carrière. Un matin, sorti des rangs sur la place d'appel avec beaucoup d'autres camarades, nous fumes embarqués dans des wagons à bestiaux, sans nourriture ni eau, pour se retrouver dans le Ghetto de Varsovie, et logé dans la prison. Il a fallu construire, le camp n'étant pas existant (baraquements, barbelés, miradors) avec l'aide de Polonais en travaux forcés. Je portais le matricule 124. Je suis resté 11 mois dans ce camp à démolir ce qui restait des maisons en ruines.
Nous avons subi le grand froid de Pologne. Nous cherchions dans les ruines tout ce qui pouvait nous protéger du froid (papiers, cartons et chiffons) pour doubler le dessous de notre veste de costume rayé et couvrir les pieds dans nos sabots. Le typhus se déclara dans le camp ce qui fit beaucoup de victimes.
Un matin, sur la place d'appel, ordre de quitter le camp pour une "Marche de la Mort", l'armée russe n'étant pas loin, je venais de faire 11 mois dans ce camp (KLWarchau). Cette marche a duré 3 jours sans nourriture et sans eau. Les camarades qui tombaient étaient laissés sur place et nous continuions à marcher. Ils étaient condamnés à mort. Les 2 premières nuits nous les avons passées dans un champ. Nous marchions le troisième jour depuis le matin quand la colonne s'arrêta brusquement. Les SS venaient d'apercevoir des wagons à bestiaux sur une voie. On nous fit monter dans ces wagons ; après quelques heures de trajet le train s'arrêta, nous étions devant l'entrée du camp de Dachau quand les wagons se vidaient en laissant beaucoup de morts à l 'intérieur.
Moi-même ne pouvant me tenir debout, pour moi c'était la fin du trajet. Je fus transporté au revier du camp, un médecin français s'y trouvait, il m'a pris en charge et m'a remis sur pieds, mon matricule était 90792. Je suis resté 4 mois dans ce revier et je suis reparti dans un transport wagon à bestiaux sans nourriture et sans eau ; direction le camp de Blaichard, Kommando extérieur de Dachau dans 1e Tyrol Autrichien. Je suis resté 7 mois, je travaillais dans une usine (BMW). Un matin sur la place d'appel nous évacuons le camp pour une seconde marche de la mort, direction le Col du Brenner où une jeunesse hitlérienne nous y attendait.
Nous traversons une forêt immense, touffue, je me suis évadé avec 3 camarades, pris en chasse par les SS et leurs chiens ; quand nous nous sommes retrouvés devant un cours d'eau descendant de la montagne nous nous sommes jetés dans cette eau, ce qui fit perdre notre trace, trouvant au passage un abri de bûcherons, nous y avons passé la nuit afin de nous reposer et au petit matin nous sommes redescendus de la montagne et avons retrouvé une route qui était la direction qui allait vers le camp que nous avions quitté. Celui-ci n'étant plus gardé par les SS, nous nous y sommes cachés pendant 3 jours.
Un camarade faisait le guet sur le toit et nous avertirait lorsqu' arriveraient des chars. Cette fois, c'étaient les chars Leclerc, nous étions libérés. Nous avons attendu quelques jours pour être rapatriés et nous nous sommes mis à la recherche de quelques vêtements plus chauds afin de remplacer notre tenue rayée. Notre retour en France s'est effectué en G.M.C, la traversée du Rhin la nuit et retour par le train direction Paris. Après les examens obligatoires gare de l'Est, Hôtel Lutétia et Amiens pour retrouver mes parents qui ne pensaient plus me revoir. Quand à mon camarade Raymond PECHEUR, il n'a pas eu ma chance, il est décédé à Dora. Ma déportation a duré 25 mois, j’avais 20 ans et ne pesait plus que 37 kilos ».
Pour entendre plusieurs témoignages de Jacques BOCHER.
J’avais été amenée à évoquer la disparition de notre instituteur, un matin de juin 1943, à l’école où j’étais alors en CM2, qui ne nous avait laissé, qu’un au revoir transcrit au tableau. (Il nous demandait d’être « de bons élèves » et « d’aimer notre pays. ») J’avais 10 ans. Ce fait ne cessa de m’interroger sur ce maître dont la personnalité jeune m’avait marquée.
Je pense que je lui dois aujourd’hui deux livrets, aussi complétement que possible, la vérité sur son parcours tragique, car les informations m’ont été communiquées par Monsieur Leleu qui s’adonne à des multiples recherches. Merci à lui !
René KIPPFEL, né en 1922, est pupille de l’Assistance Publique ; devenu instituteur, il est nommé à l’école d’Equancourt en octobre 1942. Requis pour le STO le 17 juin 1943, il décide de s’y soustraire en gagnant l’Angleterre (via l’Espagne).
Le récit est assurément long…, mais il m’importait de transcrire le plus exactement possible le destin tragique de notre jeune maître qui nous avait quittés ce matin de juin, laissant comme seule trace un message écrit au tableau. A 5h du matin, en gare d’Ytres, (à l’est de la Somme), il part, muni de faux papiers, à destination de l’Espagne. Mais, le 23 juin, arrêté à Biarritz, il est interné puis transféré au camp de regroupement de Royallieu.
Parti en wagon à bestiaux avec le « convoi des 2.000 », il arrive le 4 septembre à Buchenwald et devient le matricule 20495. Le 29 septembre 1943, affecté au commando de Dora, il est alors contraint de travailler sous terre (12h par jours) au creusement de l’usine souterraine A4 – V2 (c’est la période appelée « l’enfer de Dora ») entre septembre 43 et avril 44, où la durée de survie d’un détenu n’excède pas 12 semaines et 50 à 80 détenus succombent chaque semaine suite aux conditions de travail et au manque de soins.
Il réussit à envoyer deux cartes à Monsieur PRONIER, maire de Mézerolles pour sa famille d’accueil… En janvier 44, gravement malade, il est jugé inapte au travail et « inutile » à Dora. Les SS décident de s’en débarrasser en l’envoyant au camp mouroir de Lublin-Majdanek, par le deuxième convoi de 1.000 malades en wagons non bâchés. C’était le 6 février 1944. Il est porté disparu à compter de ce jour, soit décédé de maladie et de froid, soit exécuté par ses gardiens. (Les colis envoyés en Allemagne par les enfants de l’école et leurs parents sont revenus à leurs expéditeurs). L’office national des victimes de guerre fixe sa mort au 11 février 1944.
Le récit est assurément long…, mais il m’importait de transcrire le plus exactement possible le destin tragique de notre jeune maître qui nous avait quittés ce matin de juin, laissant comme seule trace un message écrit au tableau
Ce message resta longtemps. Il était venu avec la mission de nous enseigner, je dois dire que ces faits encore aujourd’hui me marquent et m’enseignent ! Merci Monsieur LELEU, pour toutes vos patientes recherches : elles nous permettent de garder vivante la mémoire de ceux qui croyaient en l’homme libre…