Hommage à René KLIPFEL

Publié le 12 Février 2024

J’avais été amenée à évoquer la disparition de notre instituteur, un matin de juin 1943, à l’école où j’étais alors en CM2, qui ne nous avait laissé, qu’un au revoir transcrit au tableau. (Il nous demandait d’être « de bons élèves » et « d’aimer notre pays. ») J’avais 10 ans. Ce fait ne cessa de m’interroger sur ce maître dont la personnalité jeune m’avait marquée.

Je pense que je lui dois aujourd’hui deux livrets, aussi complétement que possible, la vérité sur son parcours tragique, car les informations m’ont été communiquées par Monsieur Leleu qui s’adonne à des multiples recherches. Merci à lui !

René KIPPFEL, né en 1922, est pupille de l’Assistance Publique ; devenu instituteur, il est nommé à l’école d’Equancourt en octobre 1942. Requis pour le STO le 17 juin 1943, il décide de s’y soustraire en gagnant l’Angleterre (via l’Espagne). 

Le récit est assurément long…, mais il m’importait de transcrire le plus exactement possible le destin tragique de notre jeune maître qui nous avait quittés ce matin de juin, laissant comme seule trace un message écrit au tableau. A 5h du matin, en gare d’Ytres, (à l’est de la Somme), il part, muni de faux papiers, à destination de l’Espagne. Mais, le 23 juin, arrêté à Biarritz, il est interné puis transféré au camp de regroupement de Royallieu. 

Parti en wagon à bestiaux avec le « convoi des 2.000 », il arrive le 4 septembre à Buchenwald et devient le matricule 20495. Le 29 septembre 1943, affecté au commando de Dora, il est alors contraint de travailler sous terre (12h par jours) au creusement de l’usine souterraine A4 – V2 (c’est  la période appelée « l’enfer de Dora ») entre septembre 43 et avril 44, où la durée de survie d’un détenu n’excède pas 12 semaines et 50 à 80 détenus succombent chaque semaine suite aux conditions de travail et au manque de soins.

Il réussit à envoyer deux cartes à Monsieur PRONIER, maire de Mézerolles pour sa famille d’accueil… En janvier 44, gravement malade, il est jugé inapte au travail et « inutile » à Dora. Les SS décident de s’en débarrasser en l’envoyant au camp mouroir de Lublin-Majdanek, par le deuxième convoi de 1.000 malades en wagons non bâchés. C’était le 6 février 1944. Il est porté disparu à compter de ce jour, soit décédé de maladie et de froid, soit exécuté par ses gardiens. (Les colis envoyés en Allemagne par les enfants de l’école et leurs parents sont revenus à leurs expéditeurs). L’office national des victimes de guerre fixe sa mort au 11 février 1944.

Le récit est assurément long…, mais il m’importait de transcrire le plus exactement possible le destin tragique de notre jeune maître qui nous avait quittés ce matin de juin, laissant comme seule trace un message écrit au tableau

Ce message resta longtemps. Il était venu avec la mission de nous enseigner, je dois dire que ces faits encore aujourd’hui me marquent et m’enseignent ! Merci Monsieur LELEU, pour toutes vos patientes recherches : elles nous permettent de garder vivante la mémoire de ceux qui croyaient en l’homme libre… 

Texte de Rolande DAZIN adhérente 

Publié dans #In memoriam

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