Publié le 15 Février 2024

Photographie : Courrier Picard

Jacques LEJOSNE, co-président de notre Association, nous a quittés le 1er février 2019 à l’âge de 85 ans. Il était "la mémoire vivante de notre département".

Il avait 11 ans en 1944, quand Amiens a été bombardée par les alliés dans la nuit du 12 au 13 juin. Lui et sa famille se trouvaient à Pont-de-Metz. « Le ciel était chargé de fusées éclairantes et on y voyait comme en plein jour », racontait-il.

Après avoir travaillé dans le bâtiment comme plombier, ensuite comme animateur pour l’Association Amiens, avenir jeunes, il s’est lancé dans la recherche, il a acquis de nombreux documents et cartes postales anciennes et a notamment écrit plusieurs ouvrages sur les quartiers d’Amiens mais également sur la résistance dans l’Amiénois.

Il avait 11 ans en 1944, quand Amiens a été bombardé par les alliés dans la nuit du 12 au 13 juin. Lui et sa famille se trouvaient à Pont-de-Metz. « Le ciel était chargé de fusées éclairantes et on y voyait comme en plein jour », racontait-il. Historien amateur, auteur de plusieurs ouvrages sur la Seconde Guerre mondiale et la résistance à Amiens, Jacques Lejosne est décédé vendredi 1er février à l’âge de 85 ans. Ses obsèques auront lieu mardi 12 février au crématorium d’Amiens.

Issu du monde ouvrier, il avait d’abord travaillé dans le bâtiment comme chef d'équipe en plomberie-sanitaire avant de devenir animateur de formation pour l'association Amiens Avenir Jeunes. Collectionneur de ce qu'on appelle les vieux papiers et de cartes postales anciennes, il s’est mis à fouiller les archives pour raconter ceux et celles qui ont fait l’histoire de la Seconde Guerre mondiale dans les quartiers de sa ville.

Comme l'écrit Estelle Thiebault dans le Courrier Picard :  "Avec ses complices, Jackie et Françoise Fusillier, il va sortir une dizaine de livres sur l’histoire de Saint-Pierre, Saint-Jacques/Saint-Roch, Boutillerie, mais aussi pas moins de 5 livres sur la résistance. Dont un sur les noms des rues amiénoises. Ils ont répertorié une soixantaine de plaques apposées entre 1949 et 1983 à la mémoire des combattants et des victimes de la Seconde Guerre mondiale, dont trente Amiénois."

Depuis de nombreuses années, bien avant le début de notre association dont il a été l’un des membres créateurs, Jacques Lejosne a œuvré pour obtenir un Centre de Mémoire à la Citadelle.

C’est une perte qui laissera un grand vide dans notre association. Nous présentons toutes nos condoléances à la famille.

Voir les commentaires

Publié dans #In memoriam

Repost0

Publié le 15 Février 2024

Les parents de Robert vivaient dans la côte de la route d'Airaines à Abbeville ; c'étaient de petits agriculteurs (2 vaches, 2 chevaux). A Noël 1939, Robert a eu un vélo et quel vélo ! Une famille, dont les enfants étaient grands, a pensé à Robert. Ce vélo était rudimentaire : sans frein, à pignons fixes donc qui fonctionnait sans arrêt ; pour freiner, il fallait pédaler moins vite ou mettre un pied sur la roue ! Pour Robert, qui avait 9 ans, c'était inespéré.

Pendant cette « drôle de guerre », les Airainois voyaient, depuis quelques temps, les réfugiés du Nord et de la Belgique traverser leur petite ville. Les Anglais étant en stationnement sur le terrain de foot, les habitants étaient conscients du danger. Le lundi matin 20 mai 1940, ils entendirent les avions. Le père de Robert, qui avait fait la guerre 1914-1918, emmena sa famille dans un petit chemin creux qui donnait dans le haut de la route d'Abbeville. Après le bombardement, le père décida de partir à Andainville où le frère de Robert avait un copain. La famille entassa ce qu'elle pouvait, y compris le vélo de Robert qui était précieux pour le petit garçon, dans 2 tombereaux tirés par les chevaux. Première étape à Andainville où on fut obligé de laisser le vélo de Robert. Le père décida de traverser la Seine aux Andelys. Un 3éme tombereau se joignit à eux. Il fallut 3 jours pour y arriver. Ensuite direction Vitré puisque l'ordre d'évacuation était l'Ile et Vilaine pour les habitants de la Somme.

Il y avait de l'entraide car des femmes, avec jeunes enfants et personnes âgées, conduisaient des tombereaux.
Les grands parents de Robert, eux, étaient restés pour garder la maison ! Le 31 mai, l'Administration française décidant l'évacuation totale, les grands parents partirent avec les Avelange, eux aussi agriculteurs. Pas de nouvelles ! Ils revinrent avant les parents de Robert. Le retour se fera vers le 10 juillet en passant à Saint André de l'Eure où le père connaissait un ami ; là ils aidèrent à biner les betteraves. Ils eurent l'idée de repasser à Andainville où Robert retrouva, avec bonheur son vélo.
Père et fils revinrent en éclaireurs à vélo. Ils passèrent à Métigny puis empruntèrent la rue de l'Abbé Perdu. Là, ils vécurent un moment pénible ; Airaines était un champ de ruines : les maisons en torchis avaient brûlé, seules restaient les cheminées de briques noircies. Un passage d'environ 3 mètres était bordé de décombres. L'église, en partie bombardée, avait servi d'infirmerie pour quelque 250 blessés français, africains et allemands. Le vide et le silence étaient impressionnants. Leur petite ferme et leur maison en viager étaient détruites. Seule leur restait une petite maison endommagée par un obus près du terrain de foot ; le père l'avait achetée pour le terrain meilleur que celui dans la côte crayeuse de la route d'Abbeville, découragé, il fit demi-tour en voyant le désastre. Après discussion avec sa femme, ils décidèrent de s'installer chez la grande mère maternelle puis dans la petite maison touchée par l'obus.

Je remercie Monsieur Robert Poiret qui a bien voulu me raconter ce souvenir d'enfance. Monsieur Poiret a tenu à souligner le courage des femmes pendant cette triste période de notre Histoire.

Maryse Confrère

Voir les commentaires

Repost0

Publié le 15 Février 2024

Le 18 août 1944, dans les bois de Lucheux, au lieudit « le Wattron » ou « le bois Morel », deux ouvriers : Emile GALET et Maurice MOREL – qui oeuvraient à la production (ou fabrication) de charbon de bois pour les Ets Saint Frères dont ils étaient les salariés, sont arrêtés par les Allemands. Tous deux habitaient le village de VIGNACOURT (Somme) au moment des faits.

En ce qui concerne Maurice MOREL, un tragique destin s’annonce. Le jour de son arrestation il est enfermé à la prison de la Citadelle d’Amiens, ce jusqu’au 26 août 1944, jour où il sera transféré à la prison de Loos lez Lille (Nord). Il y restera en détention jusqu’à son départ en déportation par le transport connu depuis la Libération sous le nom du « Train de Loos », en gare de Tourcoing (Nord) le vendredi 1er septembre 1944. S’en suivra un long et pénible périple à travers la Belgique et un passage par la Hollande pour redescendre ensuite vers l’Allemagne :
COLOGNE, arrivée le 3 septembre 1944, départ le 6 septembre 1944.
ORANIENBOURG – SACHENHAUSEN, arrivée le 7 septembre 1944, départ le 16 octobre 1944.
Sa-bloc 37/38 – n° de détenu : 97709
RAVENSBRÜCK – n° de détenu 11224
KARLSHAGEN, ILE D’USEDOM (Mer Baltique), arrivée le 17 octobre 1944 NON RENTRE. Maurice MOREL décédera le 3 mars 1945 au camp de KARLSHAGEN (Peenemünde) – ILE D’USEDOM (Mer Baltique) dans sa 41ème année (acte de décès n°12). Il laissera une veuve, Renée et un petit garçon, Pierre, alors âgé de 27 mois. A son retour de déportation, un camarade d’infortune Mr Roger FLAMBRY, domicilié à REBREVIETTE (Pas de Calais) attestera avoir vu mourir Maurice MOREL des suites de manque de nourriture, travail forcé et mauvais traitement. Il ajoutera : iI est décédé épuisé.

Quant à Emile GALET, un destin non moins tragique s’annonçait également pour lui. Il semble qu’il aurait eu un parcours en tout point identique à celui de Maurice MOREL. Selon son acte de décès (n°10), il est mort à USEDEM (Allemagne) le 15 janvier 1945.

Ces tragiques arrestations suscitent encore de nos jours bien des controverses, et nourrissent toujours de tenaces rancœurs. Il aura fallu, malgré les fortes oppositions venues de la part d’anciens membres du réseau de Résistants de Lucheux et /ou de leurs descendances, toute l’opiniâtreté et le courage de Mr Pierre TRZCIALKOWSKI, Maire de l’époque, auquel il y a lieu d’associer Mr Pierre LALOI, secrétaire de mairie, initiateur de la démarche, pour que les noms de ces deux malheureuses victimes soient gravés sur le Monument aux Morts de la ville. A l’occasion de la Journée nationale des Déportés, une cérémonie d’inauguration a eu lieu le dimanche 30 avril 2006, à laquelle assistaient le fils de Maurice Morel, ainsi que la fille de Roger FLAMBRY.

Témoignage de Mr Pierre Morel de Vignacourt

Voir les commentaires

Publié dans #In memoriam

Repost0

Publié le 15 Février 2024

Mai 1940, à l'approche de l'ennemi, la ville de Moreuil avait été évacuée par les civils ; le 5 juin, des incendies sont allumés un peu partout, des ruines s'accumulent sous les bombardements. La rue Thiers, la place de la Seine-Inférieure, la rue Pasteur, l'entrée de la rue Victor Gaillard, l’hôtel de Ville et l'église ont été atteints.
Une dramatique situation mettant en fuite de nombreux Moreuillois. "Le Progrès de la Somme" dont le siège provisoire se trouvait à Lorient indique en sous-titre : "Le journal des réfugiés originaires de Picardie" fait de la place pour évoquer le sort des exilés, là où ils se trouvaient. L'espoir de se revoir ranime les courages abattus. Dans le sauve qui peut général, ou presque, on retrouve par le biais de la presse en question : Marcel FERBUS, Maire de Moreuil à Quetreville (Manche), le doyen et le vicaire de la commune à Igé (Orne), la pouponnerie du docteur RUIN à Ambrures (Mayenne), la Société Nouvelle des Anciens Etablissements BOULY au 89 rue Réaumur à Paris, des réfugiés sont à Saint-Colasse-en Sarthe (Orne)...

Un contexte particulier où certains Moreuillois n'étaient pas au courant qu'une bataille se déroulait au sud d'Amiens avant l'entrée des troupes allemandes dans Moreuil et ses environs. Amiens a perdu ses derniers combats.
Le 17 juin 1940, le Maréchal Pétain demandait l'Armistice. Peu à peu la population rentrait chez elle. En sens inverse, elle reprenait le chemin du retour, porteur des fardeaux et hardes emportés précipitamment.
Le 4 août 1940, 53,57% des habitants de la Somme étaient revenus pour atteindre 65,58% le 20 août selon les statistiques.

Peu avant ces retours, le "Progrès de la Somme" écrivait : "La vie commande ; soyons aujourd'hui digne d'hier. Haussons nos énergies au niveau de l'adversité, car c'est dans le malheur qu'un peuple peut offrir au monde qui le regarde les prestigieux spectacles de son éternelle grandeur. " De belles paroles pour les familles qui hélas s'apprêtaient à vivre des moments douloureux sous l'occupation allemande.

Jacques Lejosne,  Les Lagache, une famille Moreuilloise dans la tourmente, 2012

Voir les commentaires

Repost0

Publié le 15 Février 2024

Une cérémonie était organisée le samedi 31 août 2019 au Poteau des Fusillés à la Citadelle d’Amiens pour commémorer le 75ème anniversaire de la Libération d’Amiens et rendre hommage aux 35 patriotes exécutés dans ce lieu.

A la suite de cette manifestation, une plaque a été dévoilée, à l’initiative de la mairie de Mers les Bains, en l’honneur de trois Mersois (Jules MOPIN, André DUMONT et Ernest LESEC, qui ont été exécutés à cet endroit.
Etaient présents, Madame FOURE, Maire d’Amiens, Monsieur GEST, Président d’Amiens métropole, Madame POMPILI, député de la Somme, Monsieur MAQUET, député de la Somme, Monsieur JARDE Conseiller départemental, Monsieur le sous-préfet d’Abbeville, Monsieur DELEPINE, Maire de Mers les Bains de même que des membres des familles qui ont lu des extraits des dernières lettres de leur parent.


Jackie FUSILLIER


- LESEC Ernest Pascal François : né le 29 novembre 1918 à Beaufort en Vallée (Maine et Loire), lieutenant de la Marine Marchande, capitaine FFI, domicilié 14 Rue Devisme à Mers les Bains, membre de la 3ème compagnie F.T.P. il entreprend des opérations périlleuses comme des déraillements. Il fut arrêté par la police française et remis à la Gestapo. Une rue porte son nom à Mers les Bains.

- MOPIN Jules Eugène Lucien : né le 25 janvier 1921 à Mers les Bains. Jeune volontaire de la Résistance. Ouvrier verrier à Mers, domicilié dans la même commune, 4 avenue Saint-Martin, soldat FFI, entre aux F.T.P. dès 1942. Il participe à de nombreux déraillements avant d'être capturé le 17 avril 1943 et livré à la Gestapo d'Abbeville puis amené à Amiens. Torturé. Une rue porte son nom à Mers les Bains.

- DUMONT André Henri : pseudo « Fred, matricule 1611 », né le 6 août 1920 à Mers les Bains, célibataire, électricien, demeurant rue d'Ault à Mers, héros du maquis de Barneville (Seine Inférieure), auteur de plus de 30 actions entre novembre 1942 et le 24 août 1943 date de son arrestation, il sera fusillé le 5 février 1944 à 8h30 après avoir laissé une lettre poignante à ses parents et clamé sa haine de l'oppresseur selon le prêtre qui l’assista. Il sera retrouvé dans le charnier de la Citadelle.

Intervention de M. Delépîne, maire de Mers-les-Bains lors de la pose d'une plaque sur le site du "poteau des fusillés" à la citadelle d'Amiens, le 31 août 2019. 

Photographie Julie Mabileau/ Courrier Picard

Notre visite ici-même, l'an dernier, (et je profite de l'occasion pour remercier de nouveau la personne qui nous avait fort agréablement accueillis et guidés), avait ravivé une demande émanant de l'une des familles de nos trois Résistants Martyrs fusillés mersois que nous honorons ce soir, souhait formulé plus précisément par Bertrand MOPIN, neveu de Jules MOPIN.
C'est avec infiniment d'émotion que nous voyons, en ce 75ème anniversaire de la Libération, la concrétisation de ce projet. Ainsi, sur les lieux mêmes de leur supplice, cette plaque rappellera à tous ce que fut leur engagement, leur parcours, leur idéal, leur héroïsme devant lesquels nous devons bien reconnaître notre insignifiance, vous en conviendrez !
Le courage exceptionnel dont ils ont fait preuve jusqu'au moment ultime, après avoir été très souvent lâchement et sauvagement torturés sans jamais avoir parlé, vient d'être rappelé. La ville de Mers-les-Bains berceau de la résistance picarde, s'inscrit de nouveau dans cet impérieux devoir : « que le sacrifice de ses enfants ne soit jamais occulté. »

Les familles, et nous-mêmes, tenons à remercier vivement toutes les personnes ou personnalités qui ont permis, que sur cet espace, lieu sacré, la mémoire de nos trois Mersois demeure toujours présente, en y associant naturellement tous leurs compagnons et camarades sacrifiés dans cette enceinte.

Toute notre reconnaissance à vous, Madame la Maire d'Amiens, un très grand merci aux Services du protocole et aux Services Techniques de la ville d'Amiens, merci à Fabrice, précieux relais, merci à M. l'Architecte des Bâtiments de France pour son implication.
Merci à vous, Familles, qui avez pu nous rejoindre, votre présence confère à la cérémonie de ce soir toute la puissante et nécessaire signification dont elle a besoin.

André DUMONT, Ernest LESEC, Jules MOPIN… Voyez, 75 ans plus tard, nous sommes là ! La ville qui vous a vu grandir, ne vous a jamais oubliés.
Que vos noms continuent de résonner pour toujours dans la mémoire collective et dans nos coeurs !
Michel DELÉPINE, Maire de Mers-les-Bains.

Voir les commentaires

Repost0

Publié le 15 Février 2024

Le 7 juin 1940, 33 soldats français appartenant au 41ème Régiment d’Infanterie, 19ème Division, tombèrent sous les balles des S.S.

Après avoir évité un groupe d’auto mitrailleuses ennemis en s’échappant à travers champs, le groupe, composé d’une quarantaine d’hommes commandé par le sous-lieutenant Primel se dirigea vers Beaufort en traversant la plaine avec leurs armes individuelles et un fusil mitrailleur. Après avoir contourné Warvillers, ils se trouvent face à une mitrailleuse. Croyant avoir à faire à des Français, ils crient qu’ils l’étaient aussi. Essayant sans succès de repérer l’arme, le sous-lieutenant Primel décide alors qu’il devait se rendre.

Les Allemands les conduisirent dans un petit chemin à environ 500 mètres de Beaufort. Le sous-lieutenant Primel, parlant allemand, parlementa avec eux puis ses hommes le virent partir à bord d’un side-car ; ils se retrouvaient seuls. Quelques minutes après, les soldats S.S. de la Wehrmacht arrivèrent et commencèrent leur sale besogne. Il y eut 4 survivants, l’un blessé, mourut à Beaufort ; un second, grièvement blessé, mourut à l’hôpital de Marcoing près de Cambrai, le troisième Francis VASLET et le quatrième le caporal DELATOUCHE, auteur du témoignage qui suit.

Extraits du témoignage du caporal Delatouche, l’un des survivants :

 On nous fait avancer sur du terrain labouré entre du trèfle et du blé, environ 50 mètres devant ces mitrailleuses ; mais là je vous dirai qu’on a compris. On voyait que l’on allait mourir. Notre cœur ne fait plus qu’un tic-tac. On nous tasse dans un rond, debout, serrés les uns contre les autres. On nous frappe… mais non, c’est fini ; voilà les deux armes en action. C’est un vrai massacre... Le tir est fini, et miraculeusement je me tire sans aucune blessure. Seulement, je ne bouge pas, je fais le mort. Maintenant, sans pitié pour nous, c’est au révolver que l’on nous domine. C’est fini ; je désespère ; j’attends une balle. Deuxième chance, la balle me passe entre les oreilles, je m’en tire encore. On n’entend plus rien ; je crois qu’ils sont déjà tous morts. Pichouron expire couché sur moi.

Maintenant que va-t-il se passer ? J’attends de nouveau. Voilà encore les deux mitrailleuses en action. De ce coup je me dis : c’est fini. Non !! Tir terminé… mais je continue toujours de faire le mort ; je suis couvert du sang de mes camarades. Quelques heures se passent. Je suis toujours immobile. Tout à coup une voix se fait entendre : « Y en a-t-il qui n’ont rien ? » Moi, je réponds : on se barre… Tous les deux nous avons fait 2 kilomètres en rampant. Tout à coup nous apercevons deux ennemis venant dans notre direction ; moi, je me planque dans des ronces ; mon copain un peu plus loin ; pas de chance, mon copain est ramassé ; il est prisonnier… Il a été emmené à Cambrai puis en Allemagne.

Le lendemain samedi 8 juin quand je ne voyais rien j’allais manger des fraises ; pendant 9 jours j’ai mené cette vie, quand j’ai vu des premiers réfugiés rentrer. Veine, ils étaient de Rosières. J’ai été avec eux pendant un mois, j’ai vécu avec ces braves gens, avant de prendre le chemin du retour.

***

Souvenirs et témoignages sur les opérations et les combats de la 19° division pendant la guerre 1939 – 1940 ; 41° Régiment d’infanterie ;

Remerciements à André Van Den Bossche pour le prêt des documents

RP Louis Bourdais

Voir les commentaires

Repost0

Publié le 15 Février 2024

Photo ECPAD https://www.cheminsdememoire.gouv.fr/fr/conde-folie

En juin 1940, les nazis décident de traverser la Somme pour se diriger vers Paris. Le plan de Rommel est d'utiliser les ponts et voies ferrées secondaires pour franchir le canal et la route D 218 pour rejoindre la ligne Paris-Calais, accessible grâce aux raids répétés dans la nuit du 4 au 5 juin. Le génie allemand a déboulonné les rails et dégarni les ponts permettant aux chars de circuler sur le remblai puis par un plan incliné gagner la route 218 puis Hangest.
La défense de Condé Folie est confiée à la 2ème Cie du 1er Bataillon du 53ème RICMS commandée par le Capitaine Magnien (le 53ème avait été formé en 1939 d'hommes originaires du Languedoc, du Roussillon, du Massif Central et complété en 1940 par un détachement sénégalais).

Le 5 juin, le village est attaqué massivement ; l'armée française résiste de maison en maison. Les nazis finissent par utiliser des lance-flammes pour l'anéantir : 200 soldats tués. De même à Airaines ; c'est encore le 53ème RICMS commandé par le capitaine N'Tchoréré (originaire du Gabon) qui a résisté ; racistes, les nazis ont abattu le capitaine d'une balle dans la tête. Dans le village voisin, à Longpré-les-Corps-Saints, les Africains, retranchés dans les caves ont été exterminés aux lance-flammes. Ce massacre, ainsi qu'un terrain communal près de l'église expliquent le choix de Condé Folie pour ensevelir toutes les victimes de la barbarie nazie en 1940 dans la région.

Jusqu'en 1955, les corps ont été inhumés dans de nombreuses communes du département. A la fin de l'année, la majorité des corps fut rassemblée au Cimetière National de Condé Folie, vaste nécropole de près de 3000 soldats dont 1000 Inconnus.

Maryse Confrère
Sources : Courrier Picard : 23 et 24 juillet 1955, 29 septembre 1955

Antoine Redier, Gestes français, Editions Xavier Mappus, 1944

Remerciements à Monsieur Flesselle, habitant de Condé Folie et passionné de la Seconde Guerre mondiale
« Gestes français » de 1944

Pour prolonger  : le site Chemins de mémoire

 

Voir les commentaires

Repost0

Publié le 15 Février 2024

Le tribut payé par Villers-Bretonneux est lourd.
Les miliciens et agents français, à la solde de la Gestapo, seront nombreux, répartis sur notre territoire. Aussi aberrant que cela puisse paraître, il existe de tels individus. Ces parias, des dégénérés, dénonceront des personnes appartenant aux partis politiques.
La milice, à l’origine, prétend être une manière de la « chevalerie », l’élite active de cette grande masse, un peu floue qu’est la légion des combattants. Son chef, Darnand est un héros des deux guerres, l’homme des coups de main et des corps francs, foncièrement anti allemand, qui finira par servir sous l’uniforme de la Wehrmacht.
Des bienpensants adhérents à la milice par anti communisme aveugle ; leur recrutement variera d’un département à l’autre, tantôt récoltant l’ancien personnel des lignes, tantôt groupant des jeunes écoeurés de la défaite.
A côté d’eux vont s’agglomérer bientôt des hommes de main, repris de justice ou voyous à qui la milice permettra d’assouvir leur cynisme.
La milice comptera jusqu’à 15 000 hommes à son école à Uriage où sont censés se préparer ceux de demain qui seront les maîtres à agir et à penser du pays, ce qui n’empêchera pas certains d’entre eux de piller et de violer.
Ces inconscients cherchant, pour se justifier, des alibis : ils font valoir que jamais ils n’ont combattu contre les forces régulières françaises : les maquisards, évidemment, à les croire, sont des hors la loi, des bandits.

Parmi les combattants des maquis ou la Résistance, ils distinguent arbitrairement les bons des mauvais. L’Armée secrète passe encore, sauf à partir de 1944, ce sont d’anciens militaires mais les F.T.P, ces terroristes communistes sont dignes de leur exécration.
Ils les dénoncent aux Allemands et s’ils les font prisonniers, ils les fusillent sur le champ.
C’est le mariage milice et Gestapo, une association redoutable pour les Résistants et sympathisants politiques.

Villers-Bretonneux aura le triste privilège de voir arriver l’un de ces individus, inconnu de la population. Importation féminine ? Vivant en concubinage ou mission précise ? Peut-être l’un engendrant l’autre ? Quoi qu’il en soit, des plus néfastes pour les patriotes.
L’état civil de Groslay (aujourd'hui dans le Val-d'Oise) précise : « naissance le 14 juillet 1912 de JUSSERAND Kléber, Albert, Eugène, alors que celui d’Amiens révèle du nommé ci-dessus « décédé le 16 Juin 1945 à la caserne Boyeldieu ». Il avait été jugé par le tribunal militaire pour ses exactions antérieures.
Le garde voix HOURRIER fera lui aussi parler de ses actes.


Il faut rendre un hommage plein de déférence aux 24 déportés politiques, dont certains furent des Résistants qui ont subi tortures, privations, coups . . .
Parmi eux, 14 mourront dans les camps, certains viendront mourir dans leur famille.
Les autres, suite à leurs souffrances, le temps leur sera compté ; ils mourront prématurément dans les années qui suivirent 1945. »

Robert DESAEGHER


Extrait de : VILLERS-BRETONNEUX : 31 août 1944 LA LIBERATION par le Lieutenant-Colonel Iréné JUBRE

Voir les commentaires

Repost0

Publié le 15 Février 2024

Le 31 Août 1944, à la Libération, la plupart des forces vives de notre bourg sont absentes.
- 125 des nôtres sont en captivité en Allemagne,
- 24 sont déportés politiques, 14 mourront en déportation.
- 13 soldats morts pour la France
- 2 fusillés morts pour la France
- 20 civils morts pour la France
- 32 jeunes sont partis Outre-Rhin au titre du S.T.O (Service du Travail Obligatoire).
Quelques-uns sont dans le maquis, d’autres, réfractaires au S.T.O., trouveront refuge chez un parent ou dans une ferme de la région.
Sans avoir le chiffre officiel, sur 3500 habitants, il ne reste pas 10 hommes de 25 à 40 ans à Villers ayant fait un service militaire et aptes au combat à cette date.
Sur ce chiffre, parmi les plus dynamiques, une quantité importante a été discrètement pressentie pour savoir si le moment venu, il était possible de compter sur leur dévouement.
Pour le reste, il était certain que le jour J, ils viendraient grossir les rangs.
Certes, c’était peu mais beaucoup, étant donné que nous ne disposions pas d’armement à l’exception de quelques pistolets.
Les camarades contactés avaient servi en 1940 dans toutes les armes de l’armée française, les plus appréciés étaient ceux venant de l’Infanterie qui savaient se servir des armes portatives et utiliser le terrain.
Nous ne pouvions procéder à aucun entraînement de masse puisque tout se déroulait dans la clandestinité.
Les collaborateurs et les dénonciateurs auraient tôt fait d’en averti la Gestapo.
Enfin, nous n’avions pas le choix : il fallait accrocher l’ennemi en temps opportun sans préparation et avec ce dont nous disposions.
Notre potentiel le plus marquant tenait en un moral à toute épreuve ; toutefois, c’était peu devant un ennemi armé jusqu’aux dents.
En notre faveur, le soutien de la population et la connaissance des lieux.


Robert DESAEGHER
 

Voir les commentaires

Repost0

Publié le 15 Février 2024

Plusieurs réseaux existaient à Nesle : les Francs Tireurs, le Front National et l’OCM (l'Organisation civile et militaire). Tous ces Résistants se connaissaient, agissaient pour saper le moral de l’Occupant.
Le responsable local de la Résistance était Mr Henri DIEU qui tenait le café « au Lion d’or » sur la place d’armes. Alfred TERREUX, électricien, rue du faubourg St Léonard, était aussi un grand résistant : il n’hésitait pas à participer à la distribution de tracts et d’affiches. Son apprenti, Pierre DENJEAN, 18 ans, plus connu sous le nom de « Pierrot », faisait partie des FTP comme Michel PECQUET. Il y avait des planques un peu partout en ville, notamment chez Mr René RANSON, propriétaire du café « A l’écu de France ». Les Résistants pouvaient compter sur des aides comme celle d’Achille LANGLET, responsable militaire.
Pierre LE ROY était également un Résistant de la première heure. C’est lui qui a posé la bombe provoquant l’explosion de la distillerie de Nesle le 11 novembre 1943. Pierre DENJEAN Alfred TERREUX, Firmin un autre résistant, Michel PECQUET furent arrêtés le 18 novembre 1943 suite à un piège tendu par les Allemands, par l’intermédiaire d’un milicien se faisant passer pour un évadé de la prison de Doullens, voulant rejoindre l’Angleterre. Ils furent conduits au siège de la Gestapo à Amiens rue Jeanne d’Arc où ils subirent de nombreux interrogatoires, souvent violents. Le lendemain, ce fut au tour de Victor ROULLE, qui avait fourni la bombe.
Pierre LE ROY sa femme et sa fille « Nenette » furent arrêtés à leur tour le 30 novembre. Pierre LE ROY fut exécuté le 17 janvier 1944 dans les fossés de la Citadelle d’Amiens. Sa fille, fut déportée à Auschwitz d’où elle eut la chance de revenir. Michel PECQUET fut emmené dans un camp de concentration près de Hambourg, il n’en reviendra que le 29 mai 1945.
Alfred TERREUX, suite au bombardement de la prison d’Amiens, réussit à se sauver mais revient à la Citadelle se constituer prisonnier, craignant des représailles contre ses copains et les habitants de Nesle. Il fut ensuite transféré à Paris puis au camp de Natzweiler – Struthof en Alsace d’où il repart le 6 septembre pour Dachau où il succombe le 12 avril 1945.

La ville de Nesle a été décorée de la croix de guerre 1939 – 1945 avec étoile d’argent le 12 novembre 1948.

Extraits du tome II  Nesle, histoire de ville, histoire de France 1920-1970 de M. Pierre Leroy (1998)

***

A la suite de la parution de cet article,  madame Véronique Bruyer de Bacouel sur Selle (Somme) évoque  les figures de son grand père Henri  DIEU et de son père qui portait le même prénom Henri.

Henri Jean-Baptiste Dieu est né  le 12 septembre 1886 à  Villers Bretonneux (Somme). Il servit pendant la Première Guerre mondiale au sein du 227e régiment d'artillerie de campagne (227e RAC). Il fut décoré de la Croix de Guerre.

Chef cuisinier et propriétaire du restaurant le Lion d'Or à Nesle, Henri DIEU s'engage dans la Résistance au sein de Front National. Son fils qui à l’époque avait une vingtaine d’année joua le rôle de coursier. C’est sur son vélo qu’il partait distribuer quelques messages importants aux personnes du réseau des résistants. Messages bien cachés à l’intérieur des feux avant dynamo de son vélo ou des messages codés dans son porte monnaie.

Après son arrestation, Henri DIeu était incarcéré à la prison d'Amiens quand le bombardement a eu lieu le 18 février 1944. Sorti indemne de sa cellule, il ne s’est pas évadé et très vite il est allé porter secours aux autres prisonniers blessés. Quelques mois après il est libéré pour bonne conduite mais il est revenu chez lui très amaigri et affaibli par le manque de longues nuits de sommeil suite aux interrogations qu’il avait subi pendant ses longs mois d’arrestation.

A la libération il fut heureux de retrouver sa passion après la guerre de 39/45 dans son hôtel restaurant «Le Lion d’Or» à Nesle. Henri Dieu est décédé le 21 mai 1961 à Villers Bretonneux, à l'âge de 74 an. Un discours pour honorer sa mémoire fut prononcé ce jour par ses amis de la résistance.

Henri Dieu était titulaire  de la croix du Combattant Volontaire de la Résistance. 

Voir les commentaires

Repost0