FLASH INFO N°2 

octobre 2017

Le mot des Vice Présidents

          Malgré l'absence prolongée de notre Président M. Albert Bécard pour cause de maladie, nous ne sommes pas restés inactifs.  Nous continuons à œuvrer pour faire avancer notre projet. En effet, nous avons rencontré M. Jean Marc Albert, directeur du cabinet de M. Alain Gest, lui aussi historien,  qui est tout à fait favorable à notre projet ; il nous a même déclaré que l'argent pour le financement de la construction du musée serait facile à trouver, mais ce qui le gène le plus, c'est le fonctionnement, à la charge de qui ? le Département ? Amiens Métropole, la Ville d'Amiens ? Nous avons également rencontré Mme Nathalie Deveze, adjointe à la culture de la Ville d'Amiens, qui elle aussi est favorable à notre engagement. Elle déplore que rien n'ait été fait dans la Somme depuis 70 ans. Nous continuons à être présents dans toutes les cérémonies patriotiques et les manifestations (Agora - Journée du Patrimoine… ) ; pour la 1ère fois, nous avons obtenu l'ouverture du site du poteau des fusillés le samedi matin, lors des Journées du Patrimoine pour la visite privée d'un groupe d'une trentaine de personnes, accompagné par Mme Delabre Présidente du Comité de quartier Faubourg de Hem. Nous avons aussi adressé un courrier à M. Macron, Président de la République, pour lui demander son soutien à notre projet, car nous savons qu'il est sensible à l'histoire de la Deuxième Guerre mondiale et étant originaire d'Amiens, il ne peut que réagir au fait que la Somme soit le seul département des Hauts de France à ne pas avoir de lieu de mémoire. Cette lettre lui a été remise par l'intermédiaire de Barbara POMPILI, députée de la deuxième circonscription de la Somme, qui nous soutient depuis longtemps. Après les deux livres que nous avons réalisés sur le 70ème anniversaire de la Libération de la Somme et sur le 70ème anniversaire de la libération des camps, nous préparons une nouvelle brochure sur les 35 fusillés de la Citadelle d'Amiens.


                                            Anatolie MUKAMUSONI et Jacques LEJOSNE


 

 

                           NOUS Y ETIONS !


 

Comme tous les ans depuis sa création, notre association était présente à Agora (jadis appelé « forum des associations ») le 09 septembre 2017. Malgré la pluie, les visiteurs étaient nombreux et tous ceux qui se sont arrêtés devant notre stand ont soutenu notre projet. Beaucoup l’ont exprimé en signant notre pétition et/ou en achetant nos brochures ou encore en adhérant à l’association.



 Nous avons également participé aux journées du patrimoine les 16 et 17 septembre 2017. Si l’année dernière nous avons déploré un triste accueil (pas de tables, de chaises, absence du morceau du poteau calciné . . .), nous devons saluer les efforts déployés pour que cela se déroule au mieux. Tout a été installé très tôt et nous sommes reconnaissants envers les organisateurs des journées ainsi que les équipes chargées de la mise en place des supports pour la visite.


 

 Nous avons eu accès au lieu dès le matin et, ainsi nous avons pu faire la visite aux membres du comité du quartier Faubourg de Hem dont la demande n’avait pas pu être satisfaite l’an dernier, et pour cela nous en remercions Mme Messiaen, adjointe chargée du Patrimoine.

Il serait utile que nous puissions accéder au site pour permettre les visites à la demande tout au long de l’année. Les visiteurs ont été très nombreux, très intéressés par le lieu que beaucoup découvraient. Ils ont été très sensibles à son histoire et ils ont soutenu sans réserve notre projet. Nous avons recueilli beaucoup de signatures et d’adhérents, et vendu des brochures. 

 

La nécessité d’un CENTRE DE MEMOIRE ET D’HISTOIRE dans ce lieu est donc incontestable !                                                                       Anatolie Mukamusoni

Document de Pierre Dhenain, beau frère de Georges Matifas.

 

"La Gestapo s'installa fin mai 1940 dans une maison de la rue Duminy. Par la suite cet organisme dont le nom officiel était : SICHERHEIT - POLIZEI - SD KOMMANDO AMIENS  fut successivement transféré au 32, boulevard d'Alsace Lorraine, au 1, rue Debray puis au 174, rue Jeanne d'Arc. Les investigations opérées dans ce dernier immeuble après la Libération de la Ville n'ont pas permis de trouver trace des chambres de tortures comme il en existait dans la capitale.

            Pourtant les prisonniers amiénois de la Gestapo furent traités de la même façon que ceux des autres grandes villes.

            Il est à peu près certain qu'il y avait à l'hôpital Psychiatrique de Dury les Amiens un local où les interrogatoires étaient assortis d'odieux supplices.  Malheureusement ceux qui auraient pu en témoigner n'ont pas résisté aux tortures ou ont été fusillés.

            Sur les cadavres exhumés de ces malheureux, les traces de tels traitements ont pu être relevées.

            Quels étaient les membres de la Gestapo d'Amiens ?

 

Leur chef était "l'OBERSTURMFURHER", "Karl RUFFIG - Fritz ZAUHER - Walter BRAUMANN - Herman KRAUSS - Herman SCHULLY - Hans KAMERY - Johannes HUSBER - Dr. Hans JENICKE - Hubert RIEDELL - Bernardt AHSTRAMPH, chauffeur.

 

            Des femmes, des prostituées… firent arrêter de nombreuses personnes par leurs dénonciations…"

            Dans un de ses récits de guerre, Pierre Dhenain racontera que depuis le bombardement de la prison d'Amiens du 18 février 1944, un nombre important de prisonniers de la Gestapo et de la  police allemande sont enfermés dans la Citadelle d'Amiens. Le 17 mai 1944, jour de son arrestation, il occupe la cellule n°2, une annexe construite dans une des cours qui se compose d'une vingtaine de cases étroites à peine  éclairées… Elles étaient destinées aux condamnés à mort, aux détenus tenus au secret, aux durs de la Résistance… "C'est "le Mitard"… Je suis au secret". Au n°4 - Jean Marc Laurent, au n°7 André Carouge… Des échos sonores nous parviennent jusqu'à nos cellules. Dans la nuit  du 25 au 26 mai, mon beau frère Georges Matifas a été abattu après un ultime interrogatoire et d'odieux supplices*. Je l'ai appris par l'Occupant de la cellule n°15 Gustave Masson. Son corps sera découvert dans le cimetière privé de l'Hôpital de Dury les Amiens".

* En réalité, Georges Matifas a été abattu  à l'Hôpital Philippe Pinel de Dury les Amiens.

 

            Déporté au camp de DACHAU-NECKAREITZ, Pierre Dhénain de Camon, à son retour, témoignera de son parcours d'Amiens au camp de Royallieu du 8 juin au 2 juillet 1944.

                                                                                                           Jacques Lejosne

 

DISPARITION D'UN DES COMPAGNONS DE LA LIBERATION

 



         Le Courrier Picard du 18 septembre 2017 nous apprend le décès de FRED MOORE à l'âge de 97 ans. Né le 8 avril 1920 à Brest (Finistère), Britannique de naissance, il devient Français en 1927 par la naturalisation de son père, ancien Officier dans la Royal Navy. La famille arrive dans la Somme en 1921 ; il suit ses études au lycée d'Amiens avant d'être diplômé de l'école de Morez dans le Jura.


            Trop jeune pour être mobilisé, en 1939 il s'engage comme volontaire en mai 1940 au titre de bataillon de l'Air, stationné à Chartres mais ne peut rejoindre son unité. Evacué d'Amiens vers Brest, il quitte la France en bateau à voile en compagnie de son jeune frère, le 19 juin 1940 et atteint l'Angleterre où, le 1er juillet 1940, il s'engage dans les F.F.L. où il prend part à l'expédition de Dakar en septembre 1940.  

A Brazzaville il est nommé aspirant le 14 juillet 1941 ; après la campagne de Syrie, il est affecté chez les Spahis Marocains. En avril 1942, il passe en Egypte avec son unité et combat en Egypte, en Lybie puis en Tunisie.

 En juillet 1943, il est affecté pendant un mois et demi, à la garde d'honneur du Général de Gaulle avant de rejoindre le Maroc où se constitue la 2ème Division Blindée du Général Leclerc. Le 10 avril 1944, il embarque à Oran avec son unité à destination de l'Angleterre.



Promu lieutenant en juin 1944, il débarque en Normandie ; en août avec  la 2ème DB, il participera à la Libération de Paris et à celle de Strasbourg. En avril 1945, il prend part aux opérations de la poche de la Rochelle avant de participer aux derniers combats en Allemagne. Promu Compagnon de la Libération, il est démobilisé en avril 1946. Il s'installe alors comme opticien à Amiens.



26 août 1944 - Place de l'hôtel de ville à Paris - Fred Moore, porte étendard du RMSM, régiment de marche des Spahis marocains.Gaulliste, élu conseiller municipal d'Amiens sur une liste "apolitique" en juillet 1950 puis en 1953, il conduit à Amiens une liste U.N.R. et, en 1967, il est à nouveau battu par René Lamps… 


En 1969, il vend son magasin d'Amiens, s'installe à Paris et entame une nouvelle carrière comme P.D.G. d'une Société Industrielle de développement électronique et nucléaire (SIDEN) de 1964 à 1974. Il était chancelier d'honneur de l'Ordre de la Libération depuis le 4 mai 2017. "Sa disparition porte à dix le nombre de compagnons de la Libération encore en vie sur les 1 036 qui s'étaient engagés au sein de la France Libre pendant l'Occupation allemande. Ce titre, créé par le Général de Gaulle, a été décerné pendant et juste après la Seconde Guerre mondiale".

 

Sources : Allain Trogneux "Dictionnaire des élus de Picardie de la Somme 2004" et Courrier Picard du lundi 18 septembre 2017 (extraits).

 

            LIBERATION D'AMIENS , LIBERATION DE PARIS :

DES PICARDS PARTOUT !

            

Que des Picards libèrent Amiens, cela va de soi. A l'approche des Britanniques remontant le long de la côte pour détruire les bases de V1 et atteindre l'estuaire de l'Escaut, les Résistants d'Amiens attaquèrent l'occupant. Patriotes de toutes origines, policiers et gendarmes ralliés à la Résistance, affrontèrent l'ennemi avec courage et abnégation. Il fallait le chasser d'Amiens, sans qu'il détruise les ponts sur la Somme. Ils y réussirent au prix de nombreux morts, autour des ponts, à la citadelle, au chien de défense au nord d'Amiens.

Georges QUARANTE, DOUAY, FRANCOIS, ONFRAY, moururent pour qu'Amiens soit libre, pour que les Alliés puissent vite avancer, pour que naisse une France nouvelle. Est ce aujourd'hui compréhensible de dire qu'ils sont morts pour la France ?




 Le Général Leclerc est présent à la cérémonie du 31 août 1946 au carrefour de la libération à AmiensAvant la Libération d'Amiens, d'autres Picards participèrent en nombre à la Libération de Paris. Ils quittèrent la France pour l'Angleterre, par la Russie, l'Espagne, et rejoignirent en Afrique, Leclerc, l'un des leurs, l'un des premiers résistants. Autour de lui, pour la Libération du pays, ils retrouvèrent des Français de toutes les couleurs, venus de partout, de France, de tous les coins de « l'Empire français » de l’époque : des Français évadés de France, des étrangers opposés au fascisme et au nazisme, des « indigènes » sujets français, non encore citoyens, qui montrèrent autant, sinon plus, de patriotisme que leurs compatriotes métropolitains.

  


 

          A Paris, combattirent le colonel de GUILLEBON, d'Essertaux, le capitaine Jacques de WITASSE, dont les ancêtres avaient fait souche partout dans la Somme, Fred MOORE, le « lieutenant Baraka », car ses Spahis subirent très peu de pertes. 

Y furent aussi des citoyens sans tradition militaire familiale, mais sachant bien ce qu'ils défendaient. Par exemple Arthur André KOENIG dit « BOUBOULE ». C’est un enfant de Picquigny, engagé volontaire dans la Légion en 1939, à 20 ans. Prisonnier en 1940, sa mère fait le siège des autorités. 




Arthur André KOENIG Le voilà libéré comme soutien de famille. De retour à la maison, une sentinelle allemande brutalise son petit frère Robert. Il l'attrape et la flanque dans la Somme. Les Allemands se fâchent qu'on attente à la dignité d'un soldat de la race des seigneurs : il file « à l'anglaise » et disparaît. En 1942, il réapparaît dans la Colonne Leclerc, combattant dans le désert. Leclerc le repère et l'apprécie. Il lui donne un nouveau surnom. Entre « pays » : ce sera « min t'chot picard ». Et c'est à bord du char « KOUFRA » (peu de noms sont plus glorieux) qu'il prend part à la Libération de Paris, avant de poursuivre jusqu'à Berteschgaden. Avec lui se trouvaient, René GAUTHIER, qui termina sa vie libraire dans la Somme, Humbert de WAZIERS, cousin de Leclerc, tué au Bourget le lendemain de la Libération, et tant d'autres… A Paris, rejoignirent la D.B. Pierre Dubois, d’Abbeville, et Jean-Claude VILLEMANOT  (J-C PASCAL de son nom de scène), premier Spahi dans Strasbourg libéré : plus tard, il tenta de sauver 

 BVR à Corbie.




 La Picardie, et plus particulièrement la Somme, virent également une femme les représenter avec honneur et efficience lors de la Libération de Paris. Madeleine RIFFAUD, née à Arvillers, suivait à Paris des cours pour devenir sage-femme. Elle écrivait aussi des poèmes. La poésie inspira son pseudo de résistante : RAINER, d’après Rainer Maria RILKE. Dès 1942, elle intégra la Résistance chez les F.T.P.F.. Outrée par ce qu'elle avait su d'Oradour, révoltée par l'assassinat d'un proche, elle applique la consigne d'exécution des soldats ennemis : elle abat un officier allemand sur le pont de Solferino en juillet 1944. 


Par malheur, elle est capturée par un milicien, emmenée à la Gestapo, torturée tant par la police allemande que par la police française. Echappant à  la condamnation à mort, elle rejoint Compiègne, promise à la déportation. Heureusement, une trêve à Paris lors de l'insurrection, la médiation du consul NORDLING, permettent l'élargissement de nombreux prisonniers, dont Madeleine. Aussitôt revenue à Paris, vite retapée, promue au grade d’aspirant, elle reprend le combat. Un train militaire allemand devait ravitailler la caserne « Prinz Eugen », place de la République, en passant par les voies de la petite ceinture. Madeleine est volontaire pour l’arrêter. Avec 3 copains de la compagnie « Saint Just », et quelques explosifs, elle piège le convoi à la sortie d'un tunnel. Son escouade fait tant de volume que les Allemands croient avoir affaire à un… bataillon et se rendent. Leur armement et leur matériel passent illico à la Résistance. Elle eut 20 ans sur les barricades de la Libération. Femme et mineure, elle ne put s'engager dans l'armée régulière. Elle s’en consola en devenant une grande journaliste.

Militaires de carrière, simples citoyens en armes, jeunes filles patriotes, la Somme et la Picardie surent donner à la France les combattants nécessaires à sa Libération. Nous pouvons en être fiers aujourd'hui et garder le souvenir de leur exemple.

                                                                                                           Slt ARNAUD