Juste LAOUT Les résistants de Fontaine et ses environs 

Document trouvé en cherchant les traces de Gabriel LAOUT. Les Archives Départementales, que j’ai consultées n’ont pas déniché l’original de cette copie. Comme j’ai pu le constater en d’autres occasions, trop souvent hélas les écrivains ou la famille n’ont rien transmis. Le premier nom figurant sur cette liste est celui de Maurice LERICHE, responsable, instituteur à Rouy le Grand, qui fut l’ami de mon grand-père avant sa disparition. En face de la maison des LAOUT se trouvait celle des LECOT, grands résistants également, particulièrement Jean LECOT qui s’afficha avec son brassard F.F.I. lors de l’arrivée des Américains. J’ai rencontré aussi Maurice LEROUGE de Béthencourt. Tous ces gens ne se sont jamais épanchés sur leurs actions pendant et après la guerre, les faits sont restés cachés et hélas ignorés par la suite. Durant l’Occupation, ce n’est pas à un enfant de 8 ans qu’on allait confier des secrets que l’on taisait à de nombreux membres de la famille. 

Après la Libération, le 4 septembre 1944, toute la famille attendait le retour de Gabriel LAOUT, mon père, toujours en stalag. Certains noms illisibles de cette liste ont été clarifiés ensuite (André fils de Juste et Robert son dernier frère qui se sont engagés dans les F.F.I. après la Libération) avec une explication sur les actions accomplies par le groupe. Les résistants ont « participé à des actions de sabotage sur les péniches transportant des matériaux de construction pour le mur de l’Atlantique. Ainsi qu’à faire traverser le canal à des fugitifs juifs, équipages d’avions abattus, et soldats en fuite ». Le canal de la Somme servait de frontière entre la zone occupée où se trouvait Fontaine et la zone interdite dans laquelle était situé le village de Villecourt. Il étalait sa joliesse bordée par les roseaux sur toute la longueur, côté marais (la digue verte) et par endroits, côté du lé. 

 La carte reproduit au plus près la position des lieux intéressants. À l’extrémité nord de Fontaine les Pargny figurent les maisons des LAOUT et des LECOT. La barque de Juste était cachée dans une roselière, légèrement plus importante, derrière la ferme du huttier. Louis MOROY possédait une hutte dans les marais. Elle était située un peu plus bas et possédait tout le confort nécessaire pour la chasse au gibier d’eau de nuit comme de jour : Poêle, table et lit. Au travers des judas pour le tir du chasseur, on apercevait l’étang et on devinait la barque plate cachée qui permettait d’aller chercher les volatiles atteints. C’est cette barque qui permit aux résistants de conduire les fugitifs, au travers des rus, de franchir la Somme et de rejoindre le chemin de l’église de VILLECOURT en traversant le Bois du Grand Jardinet. Janine, mon témoin direct, me raconta dernièrement l’histoire d’une Villecourtoise sans ausweis qui vint chez Juste pour lui demander de la faire regagner son village. 

LE PARCOURS DE RAPHAËL VANDENBOSSCHE DE DOMPIERRE

Qui ne se souvient de Raphaël ? On l'appelait toujours par son prénom. Sa haute silhouette, sa stature imposante, le distinguaient de l'ensemble de ses camarades. On aimait l'entendre parler, de sa voix sonore et rocailleuse, aux durs accents flamands. On écoutait ses conseils pleins de sagesse. Raphaël était né le 17 février 1902 à Zwynaarde (Belgique) époux de Marguerite Vandepitte, tous deux domiciliés à Dompierre Becquincourt (80980). On admirait sa force de travail, qu'il avait peine à maitriser, même au service des Allemands tant sa nature le poussait à se dépenser. Sa connaissance de la langue néerlandaise (flamand) l'avait fait désigner par les S.S. comme interprète d'un groupe de travail. Raphaël se servit de ses fonctions pour soulager, à sa mesure, les souffrances de ses camarades. Il leur a rendu de grands services en apaisant la fureur des S.S. et en aidant les plus faibles dans leur travail. 

 Raphaël fut arrêté par la Gestapo avec ses camarades de Dompierre et des environs. Né en Belgique, Raphaël est venu s'installer en France après la Première Guerre mondiale. Avec l'aide des siens, il a rendu prospère une exploitation agricole. La journée du 16 juillet 1944 lui fut fatale. André Ghesquière, un clandestin belge qu'il hébergeait avec des prisonniers russes évadés, était abattu chez lui. Raphaël fut arrêté par la Gestapo avec ses camarades de Dompierre et des environs. Enchaînés avec Marcel GOGIBUS par la même paire de menottes, commença la première étape d'un long calvaire qui les mena à la Citadelle d'Amiens, puis à Compiègne d'où ils partirent le 17 août 1944 par le dernier train pour l'Allemagne vers Buchenwald et, delà, vers la mine de sel de NeuStassfurt. 

LE GRAND RAPHAËL

 Il est devenu Raphaël, matricule 78.770, mais il est devenu aussi une grande figure de Stassfurt. Ensuite ce fut la "Marche de la Mort", une longue marche où plus de 300 de ses camarades trouvèrent la mort, abattus sauvagement le long des routes. Le grand Raphaël comme il était surnommé par ses camarades subit une terrible défaillance physique. Dix mois de régime concentrationnaire étaient venus à bout du solide paysan qu'il était. L'avance des troupes soviétiques le sauva d'une situation précaire. Il fut hospitalisé dans un hôpital allemand. Raphaël a été libéré à Annaberg le 8 mai 1945 ; il est de retour à Dompierre le 12 juin 1945. Quand il est rentré, il a fallu réadapter son estomac à la nourriture pendant un certain temps, il était obligé de manger toutes les 3 heures. Il mourut le 4 décembre 1971, emportant avec lui le souvenir des atrocités nazies. Texte provenant des archives d’André Vandenbossche, son fils. 

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LES FEMMES AUSSI 

 On l’appelait « RAINER », en réalité Madeleine RIFFAUD, collégienne de 16 ans en 1940 ; ses parents étaient instituteurs à Folies, dans la Somme puis à Amiens ; Madeleine, poète précoce, un calvaire au bord de la route déclenche chez elle une vocation, « Le Christ est le symbole d’une liberté crucifiée ». Après l’exode Madeleine rejoint l’école supérieure d’Amiens, par la suite, le mouvement de résistance communiste du Front National et devient « Rainer ». Elle rallie son groupe F.T.P.F. où, à Paris le « lieutenant RAINER » se rend célèbre en juillet 1944 sur le pont Solferino où elle abat, sur ordre de la Résistance, un officier allemand. Elle écrit : « ça y est, je suis arrêtée, on me fait monter des marches. Il me semble qu’il y a très longtemps que je monte ainsi. Chaque marche franchie m’avance plus avant dans le monde ennemi où tout sera piège, douleurs, horreurs. Un S.S. me pousse dans le dos à coups de crosse. Je ne sais à quel étage se trouve la petite salle où l’on m’interroge ce dimanche 23 juillet. Ce que j’ai vu tout de suite, c’est une fenêtre grande ouverte sur les arbres verts et puis un portrait d’Hitler sur le mur et un gros « Mauser » en presse-papier. Il y a dans cette salle quelques Allemands vert de gris et acier. L’un m’attache à une chaise, un autre me prévient aimablement : « Je vous conseille de parler de vous-même, sinon nous serons obligés d’employer d’autres moyens. Je suis professeur en Allemagne, vous êtes étudiante. C’est un conseil d’ami que je vous donne. » … Je ne sais rien. Lorsque je suis sortie du bureau, ce jour-là, j’avais le front en sang, la lèvre supérieure fendue, ma figure était marbrée d’ecchymoses, mon genou saignait, j’avais sur les jambes de gros dépôts de sang, conséquences des coups de nerf de bœuf. C’est dans cet état, que les Allemands me remettent aux brigades spéciales. Celles-ci me rendent à la Gestapo après une semaine d’interrogatoires infructueux, si faible que je peux à peine marcher… Ici, rue des Saussaies, un gros S.S. fait entrer un jeune garçon en culotte courte : « Voici un terroriste comme vous mais il est jeune. Nous ne lui ferons pas de mal… si vous parlez. Sinon nous le battrons et ce sera votre faute. » Je ne sais rien, je vous assure. Ne le battez pas, il n’a rien fait… Il frappe l’enfant de toutes ses forces … Je deviens folle, l’enfant hurle… Il tombe, on le relève à coups de pied, il pleure… Je suis sur le point de donner un faux rendez-vous, une fausse adresse, mais l’enfant me fait signe de ne rien dire, je ne l’ai jamais revu… Puis on m’a déshabillée, on m’a plongée dans la fameuse baignoire d’eau glacée… Voiture cellulaire. Huit jours de cachot, les mains enchaînées derrière le dos. Six jours sans nourriture. Condamnée à mort, j’ai été délivrée le 17 août par le Consul de Suède la veille de mon exécution. » Une certaine Mademoiselle GERARD ou GIRARD au n°23 de la rue de Vignacourt (en 1942) quitte Amiens où elle n’est plus en sécurité dans la Résistance. Venue s’installer à WELLES-PERENNES dans l’Oise, elle est arrêtée par la Gestapo en revenant de Paris. Elle est fusillée (lieu inconnu). Son nom est inscrit sur le monument aux morts de la commune de WELLES-PERENNES. 

 Madeleine Riffaud (dite Rainer) entre dans la Résistance, très tôt. En 1942, Madame Riffaud (mère) était institutrice à Folies dans le canton de Rosières (135 habitants). Le père de Madeleine Riffaud est au P.C.F. et membre de la cellule H. GABET au Faubourg de Hem jusqu’à sa mort en 1984 ; lui aussi était instituteur. J'avais dit-elle, dix-huit ans en 1942. J'appartiens à une ethnie minoritaire, celle des garçons et des filles qui avaient juste vingt ans le jour de la libération de Paris... Nous étions volontaires, nous savions ce que nous risquions, nous n'attendions aucune récompense ; nous n'avions que notre colère, notre pureté, notre amour... À Amiens, des femmes comme : Madeleine Michelis - Renée Cossin - Marcelle Sobo - Odette Azéronde – Georgette Bacon – Mireille Bonpas – Henriette Dumuin – Geneviève Fertel – Jeanne Fourmentraux – Julia Lamps – Lucienne Maggini – Suzanne Maigret – Marie Martigue – Antoinette Robine – Andrée Vanmarcke – Paulette Verdure – Madame Vignon – Micheline Voiturier et tant d’autres, vont par leur dévouement, contribuer, parfois mourir, pour une juste cause. Souvent sans visage, à l’identité floue, ces quelques noms sortent de l’ombre. Texte de Jacques Lejosne 

 Arrestation du Dr Wajnberg

 et sa famille,

installés à Rosières.  La région de Rosières n'a pas été épargnée par la Seconde Guerre mondiale. En effet 28 personnes de Rosières et des environs, faisant partie de réseaux de Résistance furent, suite à des dénonciations, arrêtées et déportées, de même qu'une famille juive résidant à Rosières. Seuls six d'entre eux sont rentrés. Le docteur Wajnberg ainsi que sa femme et son fils ont été arrêtés chez eux le 4 janvier 1944. Déportés vers Auschwitz à partir de Drancy dans le convoi 66, comprenant 1155 personnes. Benjamin et Chazia sont morts le 25 janvier 1944 et leur fils courant 1944-1945. Benjamin, après des études de médecine à Nancy, s’installe à Marcelcave en 1934 puis à Rosières, rue de Méharicourt à partir de 1940. Benjamin, né le 3 mai 1900 à Rowno en Pologne, arrivé en France avec un groupe de médecins polonais venant de Wilna est reçu à la faculté de médecine de Nancy. Chazia son épouse née à Ajzenberg (Pologne) le 11 septembre 1904 est décédée en même temps que Benjamin le 25 janvier 1944 à Auschwitz. Madame Martine Wasse vient d’ailleurs de publier un livre sur la famille Wajnberg, tiré à 400 exemplaires. Jackie Fusillier 

Marius SIRE

 Marius Sire est né le 20 décembre 1912 à Ville le Marclet. Sire est un ouvrier ébéniste de Flixecourt. Ancien responsable de la jeunesse communiste et de la cellule locale du parti, activement recherché, il a dû quitter la Somme pour la Normandie le 10 septembre 1941. Assez mince, le cheveu très noir, fine moustache, Sire serait plutôt « joli garçon » s’il ne lui manquait que quelques incisives nuisant quelque peu à son sourire. Fantasque, un peu hâbleur, il aime la poésie, la musique … et le vélo. Ancien coureur cycliste il lui arrive, de faire de rapides aller et retour de Caen à Amiens, pour voir sa femme, au grand dam de ses camarades de combat, irrités par ses imprudences. 

EXTRAITS DE LETTRES DE MARIUS SIRE A SA MERE 13 juillet 1943 …

 EXTRAITS DE LETTRES DE MARIUS SIRE A SA MERE 13 juillet 1943 … « Je suis condamné à la peine capitale. La confirmation du jugement aura lieu incessamment, j’ai demandé le recours en grâce. Je ne suis pas un criminel. Ma conscience est nette de toute souillure et mes mains ne sont pas tachées de sang. Le pire pour moi, c’est que je ne pourrais plus travailler pour élever nos enfants comme je l’ai toujours fait dans l’honneur et la dignité. ». 8 août 1943 … « Ils savent que je suis le chef, car certains ont parlé… Moi je suis fier de n’avoir rien dit. J’en ai vu de cruelles. J’ai été sourd pendant 15 jours et pendant 8 jours j’ai uriné du sang. Mon cœur battait à 30 coups minute. J’ai été bien bas mais ma volonté toujours aussi forte… Si je tombe soyez fier de moi. Je vous aime et je pense à vous. » Il a été exécuté le 14 août 1943 au Mont Valérien à Suresnes (94) pour activités politiques. Texte de Gérald Maisse 

Marius SIRE

 Marius Sire est né le 2012/1912 à Ville le Marclet (80), Fils de feu Gédéon Georges et de Marie Berthe Adélaïde TAVERNIER. Marié à SARA Rose Louisa. Menuisier Ébéniste Sculpteur sur bois, domicilié rue Victor HUGO à Flixecourt (80) Recrutement Amiens - Classe 1932 Incorporé le 18/04/1934, 510ème R. Chars de Combats - Chasseur de 2ème Classe. Renvoyé dans ses foyers le 6/07/1935 510ème R. Chars de Combats - Chasseur 1ère Classe le 7/07/1935. Affecté pour la mobilisation au centre mobilisateur de Chars n°503. Mobilisation Générale - Rappelé à l’activité le 26/08/1939, Dépôt de Chars n°503 - 31ème Cie- Chasseur 1ère Classe le 11/09/1939. Démobilisé le 19/07/1940 par le Centre démobilisateur de Castelnau – Magnac Réfugié à Montalzat (82) jusqu’au 14/10/1940 Menuisier chez Mr MELUN (80) du 15/10/40 au 10/09/41 date à laquelle il prend le maquis Militant communiste et syndicaliste. Secrétaire de la cellule communiste du canton de Picquigny (80) Prend une part active aux luttes du Front populaire Entre en résistance en mai 1941, distribue des tracts et effectue une propagande active dans les milieux ouvriers de la Vallée de la Nièvre--- Le 10/09/1941 la Gestapo arrête 11 communistes dans la commune de Flixecourt dont son beau-frère René SARA. A à la suite de ces arrestations, Marius quitte son domicile le 10/09/1941 à 13 heures disparait, rentre en clandestinité et rejoint la résistance dans le Calvados. Dès le 15/09/1941 un mandat d’arrêt est lancé contre lui. SIRE est nommé courant 1942 à Paris par Jean PETIT, Chef de Secteur de ‘’2 départements’’ au grade de Commandant. Faits d’Armes dans le Calvados : commandant des secteurs du Calvados et de la Manche. Devient membre du triangle de la direction du Parti communiste clandestin avec Joseph Étienne et Émile Julien. Participe à toutes les opérations de 1942 à son arrestation à Caen, en mai 1942 tue lors d’une opération deux policiers. Participe aux opérations de déraillements : dans la nuit du 16/04/1942 et dans la nuit du 1er Mai, d’un train transportant les permissionnaires de la Wehrmacht, les trains déraillent à Airan entre Mézidon et Caen. Bilan des deux déraillements : 40 soldats allemands morts et de nombreux soldats blessés ; participe sur la place de la foire exposition de Caen à la destruction de stocks allemands, à un attentat à la bombe contre le bureau de placement ; suite à une 3ème tentative de déraillement à Mesnil Mauger, plusieurs membres du groupe sont arrêtés par la police mobile de Rouen, à Caen, Lisieux, Falaise. En rentrant à Caen, arrêté place du 36ème R.I à un barrage de Gendarmerie, sans se départir de son calme, Marius exhibe de faux papiers et passe. Un de ses compagnons qui le suit de peu, fait preuve de moins de sang-froid et est capturé ; ce qui entraîne une série d'arrestations. Marius change d’aspect, cheveux teints en brun, et prend le pseudo de Roland. La police française est sur ses traces, la traque est sans pitié. Marius SIRE leur échappe plusieurs fois. Arrêté par la brigade régionale judiciaire de Rouen le 15/05/1943 dans sa planque 14 rue du Gaillon à Caen. Interné à la prison de Caen du 15/04 au 14/05/1943. Transféré à la prison de Fresnes (94) du 15/05 au 14/08/1943. Marius passe devant le tribunal de Guerre allemand, siégeant 11bis, rue Boissy d’Anglas, et est condamné à mort pour sabotage contre les occupants, destruction et sabotage de voies ou moyens de communication à Lisieux, Cherbourg et Rennes.

Témoignage : Michel de BOUARD. Fusillé le 14/08/1943 au Mont Valérien à Suresnes (94) pour activités politiques - Mention Mort pour la  France. Inhumé à Ivry S/Seine (94) registre 2.818 - Corps restitué le 10/10/1944 Extraits du livre « 1935 – 1945 Flixecourt et Ville le Marclet –traces et mémoires de la Résistance » de Williams Daussy et Jacques Fouré 

 René LAOUT

 En recherchant les traces de mon père dont j’ai raconté la participation à la bataille de la Madeleine en juin 1940 et sa mort en stalag en 1945, j’ai croisé celles de ses frères qui jouèrent tous un rôle, à des degrés divers, dans la victoire de notre pays. Ces hommes, modestes comme maints résistants de la Somme, ne se vantèrent jamais de leurs exploits, qui me furent décrits par bribes, au cours de rares rencontres familiales. Mes grands-parents avaient eu cinq fils et trois filles. 

Je suis vraiment heureux que le Centre de Mémoire, Histoire, Résistance et Déportation me donne la possibilité de sortir leurs noms de l’oubli. Voici l’histoire de René LAOUT, le fils aîné, qui fut un extraordinaire résistant et voulut toujours minimiser le rôle qu’il avait joué. L’oncle René, était gendarme. Sergent-major, il commandait la brigade de Saint-Sauflieu, au sud d’Amiens. Lui et tante Yvonne, ont eu cinq enfants. Sa première fille, Sylviane, s’est mariée en novembre 1944 et je me souviens qu’il est venu nous accueillir pour le mariage à la gare d’Amiens. J’avais 8 ans. Avec son air bourru, sa grosse moustache et son uniforme, il m’inspirait la crainte mais cachait en fait un cœur très généreux. 

 La gare était en triste état à cause des bombardements, il fallait marcher sur des planches pour retrouver la voiture qui nous emmena à Saint-Sauflieu. Strasbourg ne fut libérée que le 23 novembre. Les stalags perduraient. Toute la famille attendait le retour de Gabriel mon père et de son beau-frère Robert. Malgré les restrictions, ce fut un long repas de mariage au cours duquel chacun était invité à chanter. Et ma mère chanta « Je pense à toi, mon prisonnier… » Sur l’air de « J’irai revoir ma Normandie… » Réalise-t-on aujourd’hui l’émotion de tels moments qui m’ont marqué pour la vie ? Durant la guerre, René eut une conduite héroïque. En enquêtant d’abord au sein de la famille, je découvris l’ampleur de ses actes courageux dont il ne fit jamais état. Janine, ma marraine, m’a rappelé dernièrement, que durant la guerre, elle passa quelques jours dans la famille de René. Un soir elle dit à son oncle qu’elle repartait le lendemain, mais il lui interdit: « Non, non pas question, pars quand tu voudras mais pas demain ! ». Elle apprit par la suite qu’un train de munitions avait sauté. Grâce à ses fils, mes cousins et mes recherches personnelles, je perçois aujourd’hui l’importance du rôle joué par René LAOUT. Après la guerre ses camarades voulurent demander pour lui la légion d’honneur. Il refusa, prétextant que ce qu’il avait fait tout le monde l’aurait fait. « Ce gradé de haute valeur morale et militaire, s’est dépensé sans compter pour la cause de la Libération » disent ses supérieurs en le citant à l’Ordre du régiment, en lui attribuant également la Croix de guerre. « Il a réussi dès le début de l’occupation à constituer un dépôt d’armes. A recueilli, hébergé, puis fait rapatrier 24 aviateurs alliés tombés sur notre sol. Ayant constitué un groupe de 50 combattants, a pris une part très active aux opérations de Libération, en capturant 123 prisonniers dont 2 officiers ». Gérard, l’aîné de ses fils m’a raconté comment il avait fait entrer à la gendarmerie, trois Américains poursuivis par la police de Vichy. A la hâte, il les planqua dans la pièce contigüe et referma la porte. Il courut s’asseoir en mettant ses deux jambes sur le bureau en une pause qu’il voulait décontractée et allumait sa bouffarde quand brusquement les vichystes firent irruption : « Où sont-ils ? – qui ? – Les Américains ! – Pas ici, je n’ai pas bougé ! ». S’ils avaient ouvert la porte, René aurait été passé par les armes. Les Résistants de Saint-Sauflieu échappèrent de peu à une catastrophe. Ils découvrirent à temps un traître qui s’apprêtait à les dénoncer. Sauver un aviateur américain durant la guerre est en soi un acte héroïque mais puni de mort. En sauver 24 comme l’a fait René LAOUT à la tête de ses hommes, fait de la gendarmerie de Saint-Sauflieu un haut lieu de résistance à l’envahisseur, endroit que tous ces combattants tombés du ciel tentaient de rejoindre quand ils étaient avertis. Les Américains l’ont compris. René LAOUT reçut un hommage du Président des Etats-Unis au nom du peuple américain signé de la main du Général en chef DWIGHT D.EISENHOWER. Parmi tous ces aviateurs américains l’un d’entre eux resta particulièrement attaché à la famille de René LAOUT, le sous-lieutenant Georges M.Mickels, abattu près de Caen, dans son B17 et fait prisonnier ensuite. René LAOUT et Georges Mickels correspondirent durant de longues années. Georges Mickels rêvait de revenir en France et de retrouver cette famille qui l’avait sauvé en août 44, en le faisant passer pour un cousin qui n’avait pas toute sa tête.... Il ne parlait pas français. Malheureusement les deux hommes moururent avant les retrouvailles et ce sont les enfants qui se rencontrèrent le 25 avril 1999. Connie MICKELS, la fille du Lieutenant a fait le voyage. Bernard, le benjamin des fils de René LAOUT, me narra l’histoire du Lieutenant Mickels que son père lui avait racontée. Il m’apprit également que Connie MICKELS avait écrit un petit livre retraçant l’épopée de son père en France mais que ce livre était désormais introuvable. Ma passion prit le dessus comme d’habitude et je finis par le récupérer après plusieurs mois d’attente. On l’avait trouvé au Royaume Uni. Un véritable trésor. Les lignes de Connie sont traduites par l’une de ses connaissances et je dois faire de gros efforts parfois pour comprendre en reprenant l’anglais…Mais là n’est pas l’essentiel. Connie a cherché les traces de son père…J’ai cherché les traces de mon père …Et voici qu’un jour un auditeur venu assister à deux de mes réunions vint se présenter. Cet Amiénois était le fils d’un soldat allemand et d’une Française…Lui aussi avait cherché son père reparti vers l’Allemagne après la guerre. Cet homme avait fini par se trouver une famille allemande mais son père était mort depuis deux ans. Il fut accueilli à bras ouverts. L’idée ne m’était jamais venue que des fils de soldats allemands puissent aussi chercher leur père… Lors de la libération, j’ai assisté à des exactions que j’ai racontées dans mes mémoires…, Comme toujours ce sont les femmes qui ont trinqué. Le sous-lieutenant Mickels échappa plusieurs fois à la mort. Quand le B17 est tombé, cinq aviateurs ont péri. Deux survécurent. Mickels, après avoir été fait prisonnier, fut ensuite repris par des SS quelque peu éméchés, avec plusieurs aviateurs alliés. Craignant des suites fâcheuses après la capture, il décida de s’enfuir. Les autres furent assassinés. Les SS le cherchèrent en vain et abandonnèrent la poursuite. Dans la commune des Hogues où sont enterrés les soldats, on a perpétué le souvenir… Après avoir marché avec un autre groupe de prisonniers, Georges M. MICKELS finit par trouver la résistance de Saint-Sauflieu. La suite nous la connaissons et Connie ne tarit pas d’éloges sur l’accueil que lui ont réservé les membres de la famille LAOUT, des mots que son héros de père venu dans un avion pour délivrer la France du nazisme lui a probablement enseignés au long de sa vie. Elle leur a dédié son livre. Je ne connais pas Connie mais je me sens très proche de cette Américaine. Mes recherches rejoignent celles qu’elle a accomplies. Je tente comme elle de m’élever contre l’oubli de ces hommes qui, durant la guerre, n’ont jamais mesuré les risques qu’ils prenaient quotidiennement. Leurs combats, leurs souffrances, leurs sacrifices ont permis à la France de retrouver sa liberté. En créant un stock d’armes dès la capitulation, René LAOUT a toujours cru que tout n’était pas perdu. Ils étaient peu nombreux à garder espoir quand la France s’écroulait. Arthur LAOUT, son père, mort quelques années auparavant, qui présidait déjà une association de parents d’élèves en 1927 (!!), aurait été fier de voir ses enfants manifester un tel esprit républicain... Plus que jamais ma soif de faire connaître ces héros oubliés rejoint celle du Centre de Mémoire, Histoire, Résistance et Déportation…Quand pourrons-nous enfin inscrire plus concrètement la guerre de 1939-1945 dans la scolarité des jeunes Picards, en créant le centre que nous attendons depuis tant d’années ? Jean-Marie LAOUT 


 PIERRE MAST

 Pierre Mast est décédé le 4 mai dernier dans sa 98ème année. A l’heure où les témoins de la Seconde Guerre mondiale se font de plus en plus rares, revenons sur le parcours de cet homme de la Résistance au riche parcours politique. Jeunesse et Jeunesses Communistes Pierre Mast voit le jour le 7 octobre 1922 à Amiens. Né d’un père garagiste engagé dans la Première Guerre mondiale et d’une mère pacifiste, sa jeunesse fut bercée par les récits héroïques de sa famille sur le conflit. Plus loin dans le passé, sa grand-mère a même été témoin de l’occupation allemande d’Amiens en hébergeant contre son gré un soldat prussien chez elle. Étudiant à Amiens, du primaire au lycée des métiers, il y suit une formation d’ajusteur et suit en curieux les manifestations des années 1930 sur la guerre d’Espagne, le Front Populaire, et les réformes sociales. En janvier 1939, il adhère au mouvement de la Jeunesse Communiste et, dès 1940, après son retour à Amiens en août 1940, noue des liens avec d’autres camarades du mouvement. Il intègre la Résistance. Agissant toujours par trois, il mène des actions contre l’occupant : distribution de tracts, recrutement de nouveaux membres, propagande anti-allemande… Fin 1941, il jette un pavé dans la vitrine de la librairie allemande, rue de Noyon. En janvier 1942, il participe à l’attentat contre le siège de la LVF, rue des Jacobins. Les Allemands, faisant tout pour retrouver les coupables, arrêtent au hasard… Deux arrestations Loin de réfréner le zèle des résistants amiénois, Pierre Mast et les siens sont chargés d’adresser aux forces de police et de la gendarmerie une lettre d’avertissement et de menaces en ce début d’année 1942. Ciblant les milieux communistes pour trouver les coupables, Pierre Mast est arrêté sur son lieu de travail une première fois en mars 1942. Possédant sur lui une liste de syndiqués et de membres du parti, il se retrouve devant la justice qui, devant le manque de preuves, le relâche. Il fait l’objet d’une nouvelle arrestation en janvier 1943, suite à l’attentat du soldatenheim, (au restaurant « le Royal ») perpétré le jour du réveillon de Noël 1942. Incarcéré quelques jours à l’hôtel de ville d’Amiens, il intègre ensuite le Centre d’Internement Administratif de Doullens en février, basé dans la vieille forteresse commandée par François 1er au XVIème siècle pour protéger la frontière nord du royaume. De Doullens vers l’Allemagne Dans ce camp, Pierre Mast y effectue un cours séjour, jusqu’à sa fermeture et l’évacuation des internés, le 1er avril 1943. Il y côtoie d’autres communistes, syndicalistes Saint-Frères, ouvriers des usines des métaux d’Albert et des acteurs des grèves des mineurs du Nord-Pas-de-Calais du printemps 1941. A la fermeture du camp, donc, il est envoyé avec les autres membres de son bloc vers le camp d’internement de Pithiviers. Les conclusions de l’enquête devaient lui permettre d’être libéré mais, entre-temps, il est envoyé en Allemagne pour travailler dans une ferme. Il bénéficie cependant d’une permission, obtenue grâce au FN qui à l’époque fédérait tous les mouvements de la France résistante. Revenu à Amiens pour s’y marier le 23 novembre 1943, il se montre plus discret jusqu’à la fin de la guerre. Elu communiste Après la guerre, Pierre Mast devient ajusteur à la SNCF et ne renie pas ses convictions politiques. Il profite de la liberté retrouvé pour mener des actions syndicales comme le pilotage du mouvement de grève du dépôt de la SNCF d’Amiens. En mai 1948, il devient membre du comité fédéral puis membre du bureau en 1964. En 1967, il remplace même Maxime Gremetz au poste de premier secrétaire fédéral. Ayant profité de sa popularité acquise par ses actions syndicales, il intègre le corps des élus municipaux de Longueau en qualité de conseiller municipal en 1953 et d’adjoint au maire en 1964. En 1983, il occupe ses dernières fonctions auprès de la cellule Kerviel de Saint Acheul, avant de partir vivre à Saintes avec sa seconde épouse. Continuant de nourrir son esprit de lectures philosophiques et des humanités, il fonde, avec des amis, l’Association saintaise des amis de l’Humanité et profite d’une retraite paisible, avant de s’éteindre à Poitiers, le 4 mai 2020. Conscient de l’importance des faits et de son rôle dans la résistance amiénoise durant la guerre, il n’hésite pas à faire partager avec modestie son histoire auprès des historiens. En 2008, il revient même à Doullens pour témoigner lors d’une visite de la citadelle. Le flambeau de son récit appartient dorénavant à l’histoire, entre les mains des historiens. Ainsi, concluons en laissant la parole à Pierre Mast. « Celles et ceux qui en 1940 avaient votre âge, dont les frères et sœurs étaient prisonniers de guerre, se sont retrouvés dans les villes et villages anéantis, se demandant « quoi faire ? » face à l’occupant tout puissant… Ils ont fait ce qu’ils pouvaient simplement, de diverses manières. Certains l’ont payé cher. De leur vie quelquefois. C’est maintenant de l’histoire. Que leur mémoire soit honorée par les jeunes générations. » Guillaume Roussel 

 LEON GONTIER (1886-1944)

Picard de souche et de cœur, Léon Gontier naît à Amiens le 19 janvier 1886. Bien qu’issu d’un milieu conservateur et catholique, il adhère très vite aux idées socialistes. Il rejoint la SFIO de Jaurès quelques années après la création de ce parti. Fonctionnaire, il fait l’essentiel de sa carrière à la préfecture de la Somme où il devient successivement rédacteur puis chef de bureau. Cette activité l’amène à croiser le parcours d’un jeune fonctionnaire nommé Jean Moulin. Interlocuteur connu et reconnu de ses pairs, c’est tout naturellement qu’il agrège une activité syndicale à son parcours politique. Comptant parmi les principaux leaders socialistes du département, Léon Gontier est également secrétaire de la section CGT des employés préfectoraux et président de la section départementale de la Ligue des Droits de l’Homme. Au printemps 1940, Léon Gontier se réfugie en Normandie mais il revient très vite à Amiens où il s’illustre dans des faits de résistance. La loge Picardie mise en sommeil, il s’emploie, avec quelques compagnons de lutte, à faire vivre une Fédération socialiste départementale clandestine puis il rejoint le mouvement « Libération Nord ». Il s’illustre également au sein du réseau Brutus en charge du renseignement, de la fabrication de faux papiers et de journaux clandestins. On lui prête un nombre important d’actions contre l’occupant nazi. 

Le 13 janvier 1944, il est appréhendé par la Gestapo en gare du Nord à Paris, aux côtés de Jean Biondi, députémaire de Creil, interrogé, torturé, il est emprisonné à la maison d’arrêt d’Amiens. Lorsque survient l’Opération Jéricho et le bombardement de celle-ci par les Anglais, le 18 février 1944, il vient en aide aux détenus blessés et s’emploie à permettre aux résistants incarcérés de fuir. Désintéressé, sacrifiant sa liberté au bénéfice de celle de ses compagnons d’infortune, il est transféré au camp de Royallieu-Compiègne avant d’être déporté le 28 juillet 1944 au camp de concentration allemand de Neuengamme où il meurt d’épuisement le 31 décembre 1944. Croix de guerre 1939-1945, chevalier de la Légion d’honneur, Léon Gontier n’a cessé, sa vie durant, de mettre ses actes en conformité avec son idéal, ses principes et ses valeurs humanistes. Monsieur Franck IRJUD adhérent 

HOMMAGE A LA RESISTANCE NESLOISE 

Après le centenaire de l’armistice de 1918, il convient de célébrer le 75ème anniversaire de l’entrée en action de la Résistance nesloise du 11 novembre ; sujet rarement évoqué hélas dans nos écoles… Cela avait déjà commencé le 8 novembre 1943 lorsque Maurice Compagnon, 19 ans, neslois, était fusillé par les Allemands pour avoir participé à un déraillement de train ennemi. Puis, ce 11 novembre 1943, à minuit, une explosion d’une rare violence nous réveilla : j’avais 16 ans, j’habitais à 300 mètres environ de l’explosion, dans une maison de la SIAS, route de Péronne. Nous avions peur ; le ciel était en feu, sur une grande hauteur, des flammes de toutes les couleurs illuminaient la ville ; il faisait clair comme en plein jour et je pouvais lire le journal sur la table de la cuisine. Plusieurs réseaux de résistance existaient à Nesle et il était décidé que l’alcool produit par la distillerie ne tomberait pas aux mains des Allemands, à cours de carburants sur le front de l’est. Pierre LE ROY, employé de régie aux alcools connaissait bien les lieux et c’est lui qui fut désigné. Il n’avait pas eu peur, il se glissa sous la plus grande cuve (6.000 à 7.000 hl), et plaça la bombe apportée d’Amiens par sa fille Antoinette(nénette) c’est Pierrot DENJEAN, un camarade de classe, apprenti chez TERREUX, électricien, qui fabriqua le dispositif de mise à feu que Pierre LE ROY amorça alors…

Mission accomplie, il pouvait laisser éclater sa joie qui fut de courte durée : il fut arrêté et fusillé à la Citadelle le 17 janvier 1944 en criant : « Vive la France ».  Un drapeau bleu blanc rouge flottait en haut de la distillerie. Sa fille Antoinette dite « nénette », camarade de classe aussi, fut déportée à Auschwitz d’où elle revint et se maria. TERREUX, déporté, mourut à Dachau. Une vague d’arrestation avait suivi : toute la ville était en émoi ; Denis LONGUET, maire de Nesle, trouva la mort à la prison d’Amiens lors de l’opération « Jéricho ». Pierrot DENJEAN, Jacques LANGLET furent libérés (TERREUX, sous la torture, n’avait pas parlé). Comment ne pas rendre hommage à tous ces héros de l’ombre qui ont donné leur vie pour nous !, tout cela, vous pourrez le lire en détail dans « Histoire de ville, histoire de France » écrit par Monsieur Pierre Leroy notre historien. Un sujet à évoquer dans nos écoles afin d’apprendre et ne pas oublier : c’est un DEVOIR de MEMOIRE indispensable. 

Pierre DASSONVILLE de Nesle, adhérent 

La Résistance à Nesle (suite) Maurice Compagnon (1924 – 1943)

Le 8 novembre, mourut à Rouen Monsieur Maurice Compagnon, il était né à Nesle le 16 janvier 1924. Pour se soustraite aux obligations du service du travail en Allemagne (STO), il passe dans les rangs de la Résistance active. Il rejoint le maquis de Barneville – sur –Seine, où, les armes à la main, il harcèle les troupes de l’Occupant. Les déraillements, sabotages et coups de main, il organise, préludent déjà aux opérations qui nous mènent à la Libération. Son groupe assiégé par des forces de répression, dans les grottes de Courmont, il livre combat. Le 24 août 1943, il doit se rendre et est fait prisonnier et interné à la prison de Rouen pour y être jugé et condamné à mort. Il a été fusillé le 8 novembre 1943. Citation : Maquisard de Barneville- sur- Seine, fait prisonnier au cours de l’attaque des grottes de Courmont, le 24 avril 1943, condamné à mort et fusillé au Madrillet Grand-Quevilly (Rouen) le 8 novembre 1943. (Croix de guerre). Avant de mourir, Maurice Compagnon eut le droit et le temps d’adresser une ultime lettre à sa famille : « Parents, frères et sœurs chéris, Ça va être une grande douleur, pour vous, de recevoir cette lettre qui sera ma dernière, avant de vous quitter pour toujours, car ayant participé à un déraillement, j’ai été condamné à mort, et je dois être fusillé ce matin lundi à7h ½. Je vous demande surtout, cher papa et chère maman de supporter cette peine avec courage et résignation, et de reporter toute votre affection sur mes frères et sœurs, et à vous, chers frères et sœurs, d’aider papa et maman à supporter leurs chagrins. La bataille du 18 au 20 juin 1940 à LA MADELEINE (Les Français étaient côté bois) Ceux que les Lorrains appelèrent « les premiers résistants » Je vous demande aussi de faire dire une messe pour moi dans votre église de Nesle, que je ne verrai plus du tout, et où j’aurais voulu qu’eut lieu mon enterrement. Pour ce qui est de ma tombe, j’espère qu’on vous l’indiquera à la Kommandantur de Roye, où nous avons été jugés. Dites adieu pour moi à tous les camarades et dites-leur que j’ai pensé à eux, pendant les deux mois et demi de prison que j’ai fait ici. Chers parents, si vous voulez, je vous demanderais de faire agrandir la petite photo d’identité qui est dans la salle à manger, et de l’y suspendre pour que mon souvenir reste toujours vivant en vous. Je fais une dernière prière pour que vous soyez toujours en bonne santé et que vous veniez me rejoindre le plus tard possible. Je regrette beaucoup de ne pas pouvoir connaître mon petit neveu ou petite nièce, mais je compte que vous lui parlerez de son grand brigand d’oncle. Je termine ici, car on m’attend à la porte de la cellule et je veux essayer d’aller aussi calmement que possible jusqu’au bout et aussi pieusement que possible pour pouvoir entrer dans la miséricorde de notre Seigneur, lavé de toute impureté. Je vous dis donc adieu pour toujours, chers parents et frères et sœurs, et je vous dis aussi, soyez heureux le plus possible, surtout à toi, Yves à qui je demande de suivre toujours le droit chemin. Adieu, cher papa, adieu, chère maman, vous que j’aimais plus que toutes choses. Adieu pour toujours, votre fils et frère qui pensera à vous jusqu’à son dernier jour ».

 Extraits du tome II « histoire de ville, histoire de France de Mr Pierre Leroy (1998)

Il y eut d’autres Résistants à Nesle.

Il y eut d’autres Résistants à Nesle. Plusieurs réseaux existaient : les FT, le Front National et l’OCM. Tous ces Résistants se connaissaient, agissaient pour saper le moral de l’Occupant. Le responsable local de la Résistance était Mr Henri Dieu qui tenait le café « au Lion d’or » sur la place d’armes. Alfred Terreux, électricien, rue du faubourg St Léonard, était aussi un grand résistant : il n’hésitait pas à participer à la distribution de tracts et d’affiches. Son apprenti, Pierre Denjean, 18 ans, plus connu sous le nom de « Pierrot », faisait partie des FTP comme Michel Pecquet. Il y avait des planques un peu partout en ville, notamment chez Mr René Ranson, propriétaire du café « A l’écu de France ». Les Résistants pouvaient compter sur des aides comme celle d’Achille Langlet, responsable militaire. Pierre Le Roy était également un Résistant de la première heure. C’est lui qui a posé la bombe provoquant l’explosion de la distillerie de Nesle le 11 novembre 1943 (voir flash info n° 12). Pierre Denjean, Alfred Terreux, Firmin un autre résistant, Michel Pecquet furent arrêtés le 18 novembre 1943 suite à un piège tendu par les Allemands, par l’intermédiaire d’un milicien se faisant passer pour un évadé de la prison de Doullens, voulant rejoindre l’Angleterre. Ils furent conduits au siège de la Gestapo à Amiens rue Jeanne d’Arc où ils subirent de nombreux interrogatoires, souvent violents. Le lendemain, ce fut au tour de Victor Roulle, qui avait fourni la bombe. Pierre Le Roy, sa femme et sa fille « Nenette » furent arrêtés à leur tour le 30 novembre. Pierre Le Roy fut exécuté le 17 janvier 1944 dans les fossés de la Citadelle d’Amiens. Sa fille « Antoinette » fut déportée à Auschwitz d’où elle eut la chance de revenir. Michel Pecquet fut emmené dans un camp de concentration près de Hambourg, il n’en reviendra que le 29 mai 1945. Mr Terreux, suite au bombardement de la prison d’Amiens, réussit à se sauver mais revient à la Citadelle se constituer prisonnier, craignant des représailles contre ses copains et les habitants de Nesle. Il fut ensuite transféré à Paris puis au camp de Natzweiler – Struthof en Alsace d’où il repart le 6 septembre pour Dachau où il succombe le 12 avril 1945.

 D’après le tome II « histoire de ville, histoire de France de Mr Pierre Le Roy (1998) La ville de Nesle a été décorée de la croix de guerre 1939 – 1945 avec étoile d’argent le 12 novembre 1948. 


René SCHWAL

René SCHWAL est né le 17 octobre 1921 à Amiens, où il exerce la profession d’électricien auto. Alors que le nord de la France est occupé, il s'engage le 10 octobre 1940 dans l'armée de l'air à Istres, avec pour but : tenter de rejoindre l'Angleterre par avion. IL sera malheureusement arrêté et passera en conseil de guerre le 26 novembre 1942. Il sauva sa tête et fut démobilisé le lendemain. Le 2 février 1943 il est désigné pour partir au STO en Allemagne à Stuttgart.Il s'y oppose et se cache. Il est alors recherché par les gendarmeries d'Amiens et de Flixecourt. 
 
René SCHWAL de l'ORA matricule 2002, tenait liaison avec la résistance locale depuis le 1er avril 1943. Il habitait alors à Bourdon chez sa grand-mère ; c'est ainsi qu'il a pu se sauver rapidement lors du déraillement d'Hangest. Il participe à l’attentat commis sur la voie ferrée Amiens Boulogne : Dans la nuit du 16 au 17 avril 1943 à 2h40, Un train de troupe a déraillé sur la ligne Amiens Boulogne au km 150,300, territoire de Crouy. Ce déraillement est survenu à la suite d'un attentat commis par 9 individus masqués et armés. L'éclisse du rail gauche de la voie de droite a été déboulonné et les tirefonds enlevés sur plusieurs traverses.13 wagons sont broyés ou endommagés. La machine de 150 tonnes est sortie des rails et s'est couchée sur la voie. Le chauffeur THAON Gustave, est décédé. Le mécanicien, BIOUT Paul, est blessé aux jambes. 25 militaires environ sont décédés et une cinquantaine sont blessés. Les autorités allemandes se sont rendues sur les lieux ainsi que la sûreté et la police mobile, qui avaient été avisés par la gendarmerie. L'attentat s'est effectué comme suit : entre 23 h et 2h30, tous les gardes voies requis et non requis ont été ligotés, bâillonnés et attachés aux arbres par 9 individus. Ceux-ci sont venus sur les lieux avec des bicyclettes. Ces individus ont d'abord ligoté les gardes voies assurant le service de 22h à l h. Puis les hommes venant relever leurs camarades à une heure ont subi le même sort. D'après l'enquête, les auteurs de cet attentat étaient 9 ; tous masqués, armés de pistolets et revolvers. Ils avaient entre 20 et 30 ans, parlant correctement le français sans accent. Ils portaient des effets civils de toutes nuances, la plupart coiffés de bérets basques. L'identification et les recherches effectuées n'ont donné aucun résultat. Il apparaît toutefois que certains de cette bande sont de la région, puisque plusieurs étaient à bicyclette. La circulation a été interrompue dans les deux sens. 15 gardes voies ont été ligotés, bâillonnés et parmi eux : L'abbé BERTRANDIE Etienne, demeurant à Hangestsur -Somme, M. VION André, maire de Crouy, et M. VAST 6 des auteurs de cet attentat seront arrêtés par la police française et fusillés le 2 août 1943, après une parodie de procès dans les fossés de la citadelle d'Amiens. Jacques WILGOS ; Jules MOPIN ; Georges DEBAILLY ; Maurice SEIGNEURGENS ; Ernest LESEC ; Alfred DIZY. Il leur est reproché : 14 février 1943 : déraillement à Montières 18 février 1943 : déraillement à Thézy Glimont 28 février 1943 : déraillement à Remiencourt 2 mars 1943 : déraillement à Saleux 4 mars 1943 : déraillement à Dernancourt - attentat : 6 mars à Aveluy Attentat : 12 mars à Famechon Attentat : 19 et 20 mars à Fontaine-sur-Somme 6 avril : écluse à Sailly Laurette 16 avril 1943 : déraillement à Hangest-sur-Somme (25 morts et 50 blessés) attentat le 20 avril 1943 à Eu (cinéma) et à Dieppe (tunnel) Ils ont été arrêtés par la police française du 21 au 23 avril 1943 
 
Maître VAN DEN HERREWEGHE défend Alfred DIZY et Maître MAHIU les autres. Un fonctionnaire de l'armée d'occupation assure les fonctions d'interprète Ils sont fusillés le 2 août 1943 dans les fossés de la citadelle d'Amiens. Nommé le 1er juin 1943 aux fonctions de tous sabotages et renseignements avec le grade de sergent par le capitaine Verselippe, il participe à des sabotages de lignes de chemin de fer et donne des renseignements sur les mouvements de troupes. Il est présent lors du déraillement du train de troupes d'Hangest sur Somme le 17 avril 1943, suite au déboulonnage d'un rail de 12 mètres qui a causé la mort de 25 soldats ennemis. Le 2 mai 1943, à Pont Rémy, avec le même groupe, il participe au déboulonnage d'un rail de 20 mètres. Deux machines haut le pied déraillèrent. Bien que réfractaire au STO, le 27 juin 1944, sur les conseils de Charles Verselippe, il entre à la police des chemins de fer en utilisant les papiers de son frère cadet. De ce fait il peut rendre de grands services à la cause de la résistance. 
 
Le 27 juillet 1944, à Vers sur Selle, étant en service sur la ligne Amiens-Beauvais, avec son camarade BUQUÉ, il a vu mais n'a pas signalé un rail de 20 m déboulonné. Résultat: 2 machines par terre (une du dépôt du Bourget et une allemande). Ces dernières obstruaient la voie et ne furent relevées que pas les Anglais. Dès le 15 août 1944, il enlevait les poteaux indicateurs de la route de Rouen entre Amiens et Saleux Il capture un canon anti char à Saint-Roch (Amiens) le 31 août 1944. Les 1er, 2 et 3 septembre, il vient se joindre au groupe de La Chaussée-Tirancourt de Charles Verselippe et Michel Guéret pour libérer la tête de pont de La Chaussée-Tirancourt et faire le ménage d'Yzeux, de Belloy et des bois jusque Vignacourt.
 
Rappelé comme caporal-chef au bataillon de l'air d'Amiens, le 7 octobre 1944 ; il rejoint le 2"ne régiment de chasseurs parachutistes en Angleterre, puis comme sergent-chef le 2 février 1945. Parachuté en Hollande le 8 avril 1945, il est cité à l'ordre du régiment. Il sera démobilisé le 5 octobre 1945. Quelque temps après il épousera Solange avec qui il aura un garçon, Bernard qui habite La Chaussée-Tirancourt. 
 
Il est titulaire de la croix de guerre 39/45 ; il a deux citations, une à l'ordre de la division et l'autre du régiment. Citation à l'ordre de la division : SCHWAL René : soldat de la résistance, intrépide aux activités multiples, animé du plus ardent patriotisme, a participé au déraillement d'un train allemand, provoquant 25 morts à l'ennemi et l'obstruction de ses lignes de ravitaillement le 17 avril 1943. 
 
Engagé dans la police des chemins de fer, afin de fournir régulièrement à son chef des renseignements sur les mouvements de troupes permettant au groupe cheminot d'immobiliser avant le départ les machines commandées de service (142 machines sabotées), a continué son activité sans faillir malgré l'arrestation et la mort de son chef. A assuré la réussite de deux autres déraillements les 17 juillet et 17 août 1944 qui obstruèrent définitivement les voies jusqu'à la libération. Du 1er au 3 septembre 1944, il a participé aux opérations de la tête de pont de La Chaussée-Tirancourt, le général de division PREAUD commandant la 2e"'e région militaire. Citation à l'ordre du régiment : Parachuté en Hollande dans la nuit du 8 avril 1945, le sergent parachutiste SCHWAL René s'est montré d'un courage exemplaire. Encerclé de toute part par l'ennemi, a combattu jusqu'à la dernière balle avant de réussir à rejoindre les lignes amies ; seul il a abattu plus de 20 soldats ennemis. La présente citation lui donne droit au port de la croix de guerre avec étoile de bronze Signé PUECH Sanson, commandant du 2ème RCP. René SCHWAL est décédé le 7 août 1983 à Amiens. Il a un fils Bernard qui n’était pas au courant de ses actions. Bernard est l’époux de Sylviane, la secrétaire des racines calcéennes. 
 
 

« Villers Bretonneux : Déportés politiques et Résistants. 

Le tribut payé par Villers-Bretonneux sera lourd. Les miliciens et agents français, à la solde de la Gestapo, seront nombreux, répartis sur notre territoire. Aussi aberrant que cela puisse paraître, il existe de tels individus. Ces parias, des dégénérés, dénonceront des personnes appartenant aux partis politiques. La milice, à l’origine, prétend être une manière de la « chevalerie », l’élite active de cette grande masse, un peu floue qu’est la légion des combattants. Son chef, Darnand est un héros des deux guerres, l’homme des coups de main et des corps francs, foncièrement anti allemand, qui finira par servir sous l’uniforme de la Wehrmacht. Des bien pensants adhérents à la milice par anti communisme aveugle ; leur recrutement variera d’un département à l’autre, tantôt récoltant l’ancien personnel des lignes, tantôt groupant des jeunes écœurés de la défaite. A côté d’eux vont s’agglomérer bientôt des hommes de main, repris de justice ou voyous à qui la milice permettra d’assouvir leur cynisme. La milice comptera jusqu’à 15 000 hommes à son école à Uriage où sont censés se préparer ceux de demain qui seront les maîtres à agir et à penser du pays, ce qui n’empêchera pas certains d’entre eux de piller et de violer. Ces inconscients cherchant, pour se justifier, des alibis : ils font valoir que jamais ils n’ont combattu contre les forces régulières françaises : les maquisards, évidemment, à les croire, sont des hors la loi, des bandits. Parmi les combattants des maquis ou la Résistance, ils distinguent arbitrairement les bons des mauvais. 

L’Armée secrète passe encore, sauf à partir de 1944, ce sont d’anciens militaires mais les F.T.P, ces terroristes communistes sont dignes de leur exécration. Ils les dénoncent aux Allemands et s’ils les font prisonniers, ils les fusillent sur le champ. C’est le mariage milice et Gestapo, une association redoutable pour les Résistants et sympathisants politiques. Villers-Bretonneux aura le triste privilège de voir arriver l’un de ces individus, inconnu de la population. Importation féminine ? Vivant en concubinage ou mission précise ? Peut-être l’un engendrant l’autre ? Quoi qu’il en soit, des plus néfastes pour les patriotes. L’état civil de Groslay (S et O) précise : « naissance le 14 juillet 1912 de JUSSERAND Kléber, Albert, Eugène, alors que celui d’Amiens révèle du nommé ci-dessus « décédée le 16 Juin 1945 à la caserne Boyeldieu ». Il avait été jugé par le tribunal militaire pour ses exactions antérieures. Le garde voix HOURRIER fera lui aussi parler de ses actes.  Il faut rendre un hommage plein de déférence aux 24 déportés politiques, dont certains furent des Résistants qui ont subi tortures, privations, coups . . . Parmi eux, 14 mourront dans les camps, certains viendront mourir dans leur famille. Les autres, suite à leurs souffrances, le temps leur sera compté ; ils mourront prématurément dans les années qui suivirent 1945. »   Robert DESAEGHER  
 Extrait de : VILLERS-BRETONNEUX : 31 août 1944  LA LIBERATION  Par le Lieutenant-Colonel Iréné JUBRE   

" Où sont les Bretonvillois à la Libération ? "


Le 31 Août 1944, la plupart des forces vives de notre bourg sont absentes.
 - 125 des nôtres sont en captivité en Allemagne, 
 -  24 sont déportés politiques, 14 mourront en déportation.
 - 13 soldats morts pour la France - 2 fusillés morts pour la France
 - 20 civils morts pour la France 
- 32 jeunes sont partis Outre-Rhin au titre du S.T.O (Service du Travail Obligatoire). 

Quelques-uns sont dans le maquis, d’autres, réfractaires au S.T.O., trouveront refuge chez un parent ou dans une ferme de la région. Sans avoir le chiffre officiel, sur 3500 habitants, il ne reste pas 10 hommes de 25 à 40 ans à Villers ayant fait un service militaire et aptes au combat à cette date. Sur ce chiffre, parmi les plus dynamiques, une quantité importante a été discrètement pressentie pour savoir si le moment venu, il était possible de compter sur leur dévouement.   Pour le reste, il était certain que le jour J, ils viendraient grossir les rangs. Certes, c’était peu mais beaucoup, étant donné que nous ne disposions pas d’armement à l’exception de quelques pistolets. Les camarades contactés avaient servi en 1940 dans toutes les armes de l’armée française, les plus appréciés étaient ceux venant de l’Infanterie qui savaient se servir des armes portatives et utiliser le terrain. Nous ne pouvions procéder à aucun entraînement de masse puisque tout se déroulait dans la clandestinité. Les collaborateurs et les dénonciateurs auraient tôt fait d’en averti la Gestapo. 
 
Enfin, nous n’avions pas le choix : il fallait accrocher l’ennemi en temps opportun sans préparation et avec ce dont nous disposions. Notre potentiel le plus marquant tenait en un moral à toute épreuve ; toutefois, c’était peu devant un ennemi armé jusqu’aux dents. En notre faveur, le soutien de la population et la connaissance des lieux. » Robert DESAEGHER 

Le massacre à Beaufort en Santerre 

de 33 soldats français prisonniers  

 Le 7 juin 1940, 33 soldats français appartenant au 41ème Régiment d’Infanterie, 19ème Division, tombèrent sous les balles des S.S.  Après avoir évité un groupe d’auto mitrailleuses ennemis en s’échappant à travers champs, le groupe, composé d’une quarantaine d’hommes commandé par le sous-lieutenant Primel se dirigea vers Beaufort en traversant la plaine avec leurs armes individuelles et un fusil mitrailleur. Après avoir contourné Warvillers, ils se trouvent face à une mitrailleuse. Croyant avoir à faire à des Français, ils crient qu’ils l’étaient aussi. Essayant sans succès de repérer l’arme, le sous-lieutenant Primel décide alors qu’il devait se rendre. Les Allemands les conduisirent dans un petit chemin à environ 500 mètres de Beaufort. Le sous-lieutenant Primel, parlant allemand, parlementa avec eux puis ses hommes le virent partir à bord d’un side car ; ils se retrouvaient seuls. Quelques minutes après, les soldats S.S. de la Wehrmacht arrivèrent et commencèrent leur sale besogne. Il y eu 4 survivants, l’un blessé, mourut à Beaufort ; un second, grièvement blessé, mourut à l’hôpital de Marcoing près de Cambrai, le troisième Francis Vaslet et le quatrième le caporal Delatouche, auteur du témoignage qui suit. Extraits du témoignage du caporal Delatouche, l’un des survivants : « On nous fait avancer sur du terrain labouré entre du trèfle et du blé, environ 50 mètres devant ces mitrailleuses ; mais là je vous dirai qu’on a compris. On voyait que l’on allait mourir. Notre cœur ne fait plus qu’un tic-tac. On nous tasse dans un rond, debout, serrés les uns contre les autres. On nous frappe… mais non, c’est fini ; voilà les deux armes en action. C’est un vrai massacre... Le tir est fini, et miraculeusement je me tire sans aucune blessure. Seulement, je ne bouge pas, je fais le mort. Maintenant, sans pitié pour nous, c’est au révolver que l’on nous domine. C’est fini ; je désespère ; j’attends une balle. Deuxième chance, la balle me passe entre les oreilles, je m’en tire encore. On n’entend plus rien ; je crois qu’ils sont déjà tous morts. Pichouron expire couché sur moi. Maintenant que va-t-il se passer ? J’attends de nouveau. Voilà encore les deux mitrailleuses en action. De ce coup je me dis : c’est fini. Non !! Tir terminé… mais je continue toujours de faire le mort ; je suis couvert du sang de mes camarades. Quelques heures se passent. Je suis toujours immobile. Tout à coup une voix se fait entendre : « Y en a-t-il qui n’ont rien ? » Moi, je réponds : on se barre… Tous les deux nous avons fait 2 kilomètres en rampant. Tout à coup nous apercevons deux ennemis venant dans notre direction ; moi, je me planque dans des ronces ; mon copain un peu plus loin ; pas de chance, mon copain est ramassé ; il est prisonnier…  Il a été emmené à Cambrai puis en Allemagne. Le lendemain samedi 8 juin quand je ne voyais rien j’allais manger des fraises ; pendant 9 jours j’ai mené cette vie, quand j’ai vu des premiers réfugiés rentrer. Veine, ils étaient de Rosières. J’ai été avec eux pendant un mois, j’ai vécu avec ces braves gens, avant de prendre le chemin du retour. »  
Souvenirs et témoignages sur les opérations et les combats de la 19° division pendant la guerre 1939 – 1940 ; 41° Régiment d’infanterie ; Remerciements à André Van Den Bossche pour le prêt des documents    RP Louis Bourdais  
 

CEREMONIE AU POTEAU DES FUSILLES ET INAUGURATION D’UNE PLAQUE  

 
Une cérémonie était organisée le samedi 31 août 2019 au Poteau des Fusillés à la Citadelle d’Amiens pour commémorer le 75ème anniversaire de la Libération d’Amiens et rendre hommage aux 35 patriotes exécutés dans ce lieu. A la suite de cette manifestation, une plaque a été dévoilée, à l’initiative de la mairie de Mers les Bains, en l’honneur de trois mersois (Jules Mopin, André Dumont et Ernest Lesec), qui ont été exécutés à cet endroit. 
 Etaient présents, Madame Fouré, Maire d’Amiens, Monsieur Gest, Président d’Amiens métropole, Madame Pompili, député de la Somme, Monsieur Maquet, député de la Somme, Monsieur Jardé, Conseiller départemental, Monsieur le sous-préfet d’Abbeville, Monsieur Delépine, Maire de Mers les Bains de même que des membres des familles qui ont lu des extraits des dernières lettres de leur parent. Jackie FUSILLIER 

INTERVENTION DE MR LE MAIRE DE MERS-LES-BAINS LORS DE L’INAUGURATION D’UNE PLAQUE (*) A LA CITADELLE D’AMIENS, SITE DIT DU « POTEAU DES FUSILLÉS ».   - AMIENS LE 31 AOÛT 2019 -

 Notre visite ici-même, l'an dernier, (et je profite de l'occasion pour remercier de nouveau la personne qui nous avait fort agréablement accueillis et guidés), avait ravivé une demande émanant de l'une des familles de nos trois Résistants Martyrs fusillés mersois que nous honorons ce soir, souhait formulé plus précisément par Bertrand MOPIN, neveu de Jules MOPIN.  C'est avec infiniment d'émotion que nous voyons, en ce 75ème anniversaire de la Libération, la concrétisation de ce projet. Ainsi, sur les lieux mêmes de leur supplice, cette plaque rappellera à tous ce que fut leur engagement, leur parcours, leur idéal, leur héroïsme devant lesquels nous devons bien reconnaître notre insignifiance, vous en conviendrez ! Le courage exceptionnel dont ils ont fait preuve jusqu'au moment ultime, après avoir été très souvent lâchement et sauvagement torturés sans jamais avoir parlé, vient d'être rappelé. La ville de Mers-les-Bains berceau de la résistance picarde, s'inscrit de nouveau dans cet impérieux devoir : « que le sacrifice de ses enfants ne soit jamais occulté. »  Les familles, et nous-mêmes, tenons à remercier vivement toutes les personnes ou personnalités qui ont permis, que sur cet espace, lieu sacré, la mémoire de nos trois mersois demeure toujours présente, en y associant naturellement tous leurs compagnons et camarades sacrifiés dans cette enceinte.  Toute notre reconnaissance à vous, Madame la Maire d'Amiens, un très grand merci aux Services du protocole et aux Services Techniques de la ville d'Amiens, merci à Fabrice, précieux relais, merci à M. l'Architecte des Bâtiments de France pour son implication.  Merci à vous, Familles, qui avez pu nous rejoindre, votre présence confère à la cérémonie de ce soir toute la puissante et nécessaire signification dont elle a besoin.  André DUMONT, Ernest LESEC, Jules MOPIN… Voyez, 75 ans plus tard, nous sommes là ! La ville qui vous a vu grandir, ne vous a jamais oubliés. Que vos noms continuent de résonner pour toujours dans la mémoire collective et dans nos cœurs !   Michel DELÉPINE, Maire de Mers-les-Bains.  (*) plaque réalisée par le service communication de la ville de Mers-les-Bains. 
 

Trois Résistants Martyrs fusillés mersois 

 LESEC Ernest Pascal François

LESEC Ernest Pascal François : né le 29 novembre 1918 à Beaufort en Vallée (Maine et Loire), lieutenant de la Marine Marchande, capitaine FFI, domicilié 14 Rue Devisme à Mers les Bains, membre de la 3ème compagnie F.T.P. il entreprend des opérations périlleuses comme des déraillements. Il fut arrêté par la police française et remis à la Gestapo. Une rue porte son nom à Mers les Bains. 

 

MOPIN Jules Eugène Lucien

 MOPIN Jules Eugène Lucien : né le 25 janvier 1921 à Mers les Bains. Jeune volontaire de la Résistance. Ouvrier verrier à Mers, domicilié dans la même commune, 4 avenue Saint-Martin, soldat FFI, entre aux F.T.P. dès 1942. Il participe à de nombreux déraillements avant d'être capturé le 17 avril 1943 et livré à la Gestapo d'Abbeville puis amené à Amiens. Torturé. Une rue porte son nom à Mers les Bains. 

DUMONT André Henri

DUMONT André Henri : pseudo « Fred, matricule 1611 », né le 6 août 1920 à Mers les Bains, célibataire, électricien, demeurant rue d'Ault à Mers, héros du maquis de Barneville (Seine Inférieure), auteur de plus de 30 actions entre novembre 1942 et le 24 août 1943 date de son arrestation, il sera fusillé le 5 février 1944 à 8h30 après avoir laissé une lettre poignante à ses parents et clamé sa haine de l'oppresseur selon le prêtre qui l’assista. Il sera retrouvé dans le charnier de la Citadelle. 
 

Souvenons-nous de l’Abbé Jules Ducrocq 

est né à Beaufort en Santerre le 9 mars 1890, dans une fratrie de 8 enfants (6 garçons, 2 filles). Parti au service militaire en 1911, il est classé dans le service auxiliaire pour « vue insuffisante ». Rappelé en 1914, maintenu dans le service auxiliaire au 120ème régiment d’infanterie, il terminera la guerre comme caporal-fourrier. Ses quatre frères mobilisés sont morts pour la France : - Ducrocq Henri décédé le 15 septembre 1914 – Bois de la Grurie – Marne - Ducrocq Ernest décédé le 20 septembre 1914 – Hôpital de Brest – Blessure de guerre - Ducrocq Georges décédé le 30 septembre 1914 – Bois de la Grurie – Marne - Ducrocq Paul Armand décédé le 5 mars 1915 – Hôpital de Chaumont – Maladie contractée à l’Armée Ayant terminé ses études au séminaire, il est ordonné prêtre le 4 juillet 1920 – C’est lui qui bénira le monument aux Morts de Beaufort où figurent les noms de ses 4 frères. - Professeur au collège de la Providence à Amiens – 1920-1922 - Vicaire à Doullens – 1922-1928 - Curé de Pendé - 1928-1934 et Lanchères 1928-1930 -  Curé de Montières à Amiens - 1934-1939 - Nommé chapelain de Notre-Dame le 5 septembre1937 - Curé de Saint Pierre d’Amiens du 5 février 1939 jusqu’à sa mort survenue le 27 avril 1942 - C’est pendant son ministère à Saint Pierre que sa vie va basculer. Les Allemands ont envahi la France et font régner la terreur. Les Patriotes, les Résistants sont arrêtés, enfermés à la Citadelle d’Amiens où ils subissent des tortures et toutes sortes de sévices. L’ennemi exerce une cruauté raffinée pour faire avouer les détenus qui paient du sacrifice de leur vie, leur silence avant de les fusiller. L’Abbé Ducrocq, requit par l’ennemi, leur apporte son soutien, et leur administre, quand c’est possible, les derniers sacrements. Chaque fois qu’il est appelé, il assiste, impuissant, aux souffrances de ces pauvres martyrs dont le visage est défiguré par la douleur et par les coups. L’Abbé revient à son presbytère, bouleversé, faisant des cauchemars pendant son sommeil. Ce grand humaniste, qui avait connu les horreurs de 14-18, ne pouvait imaginer une telle barbarie. Sa santé s’est altérée ; à ses paroissiens qui s’inquiétaient, il avait répondu : « Je veux rester avec vous jusqu’au bout ». Et il a continué à assister les détenus jusqu’à ce jour fatidique du 27 avril 1942 où, montant en chaire pour prêcher, il s’effondre, victime d’une actualité trop lourde à porter. Il fut inhumé à Beaufort dans le caveau de famille en présence de l’évêque qui avait reçu ses confidences. Homme de foi, homme de cœur, il avait une grande autorité morale. Son exemple mérite respect et admiration. Texte écrit par une de nos adhérentes 


 
 

75ème  anniversaire de la mort de Georges QUARANTE 

Le 31 Août 1944, vers 9h30, Georges Quarante et ses camarades résistants décidèrent de sauver le pont de Montières afin de permettre le passage des blindés alliés.  Les Allemands retranchés dans la maison de l’éclusier ouvrirent le feu sur eux. A l’arrivée des premiers chars britanniques un Allemand se précipita sur le pont pour mettre le feu aux mines, Georges Quarante sauta sur lui pour le désarmer avant qu’il ne puisse faire usage de son lance-fusée et avec J. Guilbert alla couper les cordons reliant les mines au pont. 
Dans l’après-midi, ayant appris qu’il restait un nid de résistance allemand dans le hangar de la ferme Dollé à Longpré, Georges Quarante et ses camarades retournèrent au combat. Il fut atteint mortellement d’une balle en plein cœur. Georges Quarante avait 34 ans, était père de six enfants. Il avait été adjudant au 51ème R.I., prisonnier évadé, F.F.I., Membre du groupe de Dreuil de l’O.R.A. (Organisation de la Résistance Armée).

MOREUIL  - 1940 

 Mai 1940, à l'approche de l'ennemi la ville de Moreuil avait été évacuée par les civils ; le 5 juin, des incendies sont allumés un peu partout, des ruines s'accumulent sous les bombardements. La rue Thiers, la place de la Seine-Inférieure, la rue Pasteur, l'entrée de la rue Victor Gaillard, l’hôtel de Ville et l'église ont été atteints. Une dramatique situation mettant en fuite de nombreux moreuillois. "Le Progrès de la Somme" dont le siège provisoire se trouvait à Lorient indique en sous-titre : "Le journal des réfugiés originaires de Picardie" fait de la place pour évoquer le sort des exilés, là où ils se trouvaient. L'espoir de se revoir ranime les courages abattus. Dans le sauve qui peut général, ou presque, on retrouve par le biais de la presse en question : Marcel Ferbus, Maire de Moreuil à Quetreville (Manche), le doyen et le vicaire de la commune à Igé (Orne), la pouponnerie du docteur Ruin à Ambrures (Mayenne), la Société Nouvelle des Anciens Etablissements Bouly au 89 rue Réaumur à Paris, des réfugiés sont à Saint-Colasse-en Sarthe (Orne)... Un contexte particulier où certains Moreuillois n'étaient pas au courant qu'une bataille se déroulait au sud d'Amiens avant l'entrée des troupes allemandes dans Moreuil et ses environs. Amiens a perdu ses derniers combats. Le 17 juin 1940, le Maréchal Pétain demandait l'Armistice. Peu à peu la population rentrait chez elle. En sens inverse, elle reprenait le chemin du retour, porteur des fardeaux et hardes emportés précipitamment. Le 4 août 1940, 53,57% des habitants de la Somme étaient revenus pour atteindre 65,58% le 20 août selon les statistiques. Peu avant ces retours, le "Progrès de la Somme" écrivait : "La vie commande ; soyons aujourd'hui digne d'hier. Haussons nos énergies au niveau de l'adversité, car c'est dans le malheur qu'un peuple peut offrir au monde qui le regarde les prestigieux spectacles de son éternelle grandeur. " De belles paroles pour les familles qui hélas s'apprêtaient à vivre des moments douloureux sous l'occupation allemande. 
 


Le petit vélo de Robert. 

 
Les parents de Robert vivaient dans la côte de la route d'Airaines à Abbeville ; c'étaient de petits agriculteurs (2 vaches, 2 chevaux). A Noël 1939, Robert a eu un vélo et quel vélo ! Une famille, dont les enfants étaient grands, a pensé à Robert. Ce vélo était rudimentaire : sans frein, à pignons fixes donc qui fonctionnait sans arrêt ; pour freiner, il fallait pédaler moins vite ou mettre un pied sur la roue ! Pour Robert, qui avait 9 ans, c'était inespéré. Pendant cette « drôle de guerre », les Airainois voyaient, depuis quelques temps, les réfugiés du Nord et de la Belgique traverser leur petite ville. Les Anglais étant en stationnement sur le terrain de foot, les habitants étaient conscients du danger. Le lundi matin 20 mai 1940, ils entendirent les avions. Le père de Robert, qui avait fait la guerre 1914-1918, emmena sa famille dans un petit chemin creux qui donnait dans le haut de la route d'Abbeville. Après le bombardement, le père décida de partir à Andainville où le frère de Robert avait un copain. La famille entassa ce qu'elle pouvait, y compris le vélo de Robert qui était précieux pour le petit garçon, dans 2 tombereaux tirés par les chevaux. Première étape à Andainville où on fut obligé de laisser le vélo de Robert. Le père décida de traverser la Seine aux Andelys. Un 3éme tombereau se joignit à eux. Il fallut 3 jours pour y arriver. Ensuite direction Vitré puisque l'ordre d'évacuation était l'Ile et Vilaine pour les habitants de la Somme. Il y avait de l'entraide car des femmes, avec jeunes enfants et personnes âgées, conduisaient des tombereaux.  Les grands parents de Robert, eux, étaient restés pour garder la maison ! Le 31 mai, l'Administration française décidant l'évacuation totale, les grands parents partirent avec les Avelange, eux aussi agriculteurs. Pas de nouvelles ! Ils revinrent avant les parents de Robert. Le retour se fera vers le 10 juillet en passant à Saint André de l'Eure où le père connaissait un ami ; là ils aidèrent à biner les betteraves. Ils eurent l'idée de repasser à Andainville où Robert retrouva, avec bonheur son vélo. Père et fils revinrent en éclaireurs à vélo. Ils passèrent à Métigny puis empruntèrent la rue de l'Abbé Perdu. Là, ils vécurent un moment pénible ; Airaines était un champ de ruines : les maisons en torchis avaient brûlé, seules restaient les cheminées de briques noircies. Un passage d'environ 3 mètres était bordé de décombres. L'église, en partie bombardée, avait servi d'infirmerie pour quelque 250 blessés français, africains et allemands. Le vide et le silence étaient impressionnants. Leur petite ferme et leur maison en viager étaient détruites. Seule leur restait une petite maison endommagée par un obus près du terrain de foot ; le père l'avait achetée pour le terrain meilleur que celui dans la côte crayeuse de la route d'Abbeville, découragé, il fit demi-tour en voyant le désastre. Après discussion avec sa femme, ils décidèrent de s'installer chez la grande mère maternelle puis dans la petite maison touchée par l'obus. 
 

Jacques BOCHER né à Amiens le 11/12/1924  est décédé à l’âge de 94 ans.  

Il a été enterré au cimetière du Petit-Saint-Jean le vendredi 18 janvier 2019  Extrait d’un de ses témoignages 
 « Je venais d'avoir 18 ans en décembre 1942. Dans le courant du mois de février 1943, ma mère reçoit un courrier, qui m'était adressé provenant de la kommandantur allemande. J'apprenais par ce courrier que j'étais réquisitionné pour le travail obligatoire en Allemagne (STO).  
Pour éviter des problèmes à ma famille, je suis parti avec l'intention de m'évader au moindre arrêt du train en France. Le train ne s'étant pas arrêté, je me suis retrouvé en Allemagne (ville de Bochum) dans un camp de travailleurs. Refusant de travailler, j'ai été arrêté un matin au petit jour avec un autre camarade amiénois dont j'avais fait connaissance dans le train ; il s'appelait Raymond Pécheur, il avait 20 ans. Nous avons été enfermés dans la prison de la ville de Bochum et condamnés à la déportation. On nous fit monter à bord d'un fourgon blindé, direction Buchenwald. J'y suis resté 3 mois (bloc 44 petit camp, matricule 6231) et ensuite la carrière. Un matin, sorti des rangs sur la place d'appel avec beaucoup d'autres camarades, nous fumes embarqués dans des wagons à bestiaux, sans nourriture ni eau, pour se retrouver dans le Ghetto de Varsovie, et logé dans la prison. Il a fallu construire, le camp n'étant pas existant (baraquements, barbelés, miradors) avec l'aide de Polonais en travaux forcés. Je portais le matricule 124. Je suis resté 11 mois dans ce camp à démolir ce qui restait des maisons en ruines.    

Nous avons subi le grand froid de Pologne. Nous cherchions dans les ruines tout ce qui pouvait nous protéger du froid (papiers, cartons et chiffons) pour doubler le dessous de notre veste de costume rayé et couvrir les pieds dans nos sabots. Le typhus se déclara dans le camp ce qui fit beaucoup de victimes. n matin, sur la place d'appel, ordre de quitter le camp pour une "Marche de la Mort", l'armée russe n'étant pas loin, je venais de faire 11 mois dans ce camp (KLWarchau). Cette marche a duré 3 jours sans nourriture et sans eau. Les camarades qui tombaient étaient laissés sur place et nous continuions à marcher. Ils étaient condamnés à mort. Les 2 premières nuits nous les avons passées dans un champ. Nous marchions le troisième jour depuis le matin quand la colonne s'arrêta brusquement. Les SS venaient d'apercevoir des wagons à bestiaux sur une voie. On nous fit monter dans ces wagons ; après quelques heures de trajet le train s'arrêta, nous étions devant l'entrée du camp de Dachau quand les wagons se vidaient en laissant beaucoup de morts à l 'intérieur. Moi-même ne pouvant me tenir debout, pour moi c'était la fin du trajet. Je fus transporté au revier du camp, un médecin français s'y trouvait, il m'a pris en charge et m'a remis sur pieds, mon matricule était 90792. Je suis resté 4 mois dans ce revier et je suis reparti dans un transport wagon à bestiaux sans nourriture et sans eau ; direction le camp de Blaichard, Kommando extérieur de Dachau dans 1e Tyrol Autrichien. Je suis resté 7 mois, je travaillais dans une usine (BMW).   Un matin sur la place d'appel nous évacuons le camp pour une seconde marche de la mort, direction le Col du Brenner où une jeunesse hitlérienne nous y attendait. Nous traversons une forêt 

immense, touffue, je me suis évadé avec 3 camarades, pris en chasse par les SS et leurs chiens ; quand nous nous sommes retrouvés devant un cours d'eau descendant de la montagne nous nous sommes jetés dans cette eau, ce qui fit perdre notre trace, trouvant au passage un abri de bûcherons, nous y avons passé la nuit afin de nous reposer et au petit matin nous sommes redescendus de la montagne et avons  retrouvé une route qui était la direction qui allait vers le camp que nous avions quitté. Celui-ci n'étant plus gardé par les SS, nous nous y sommes cachés pendant 3 jours. Un camarade faisait le guet sur le toit et nous avertirait lorsqu' arriveraient des chars. Cette fois, c'étaient les chars Leclerc, nous étions libérés.  Nous avons attendu quelques jours pour être rapatriés et nous nous sommes mis à la recherche de quelques vêtements plus chauds afin de remplacer notre tenue rayée. Notre retour en France s'est effectué en G.M.C, la traversée du Rhin la nuit et retour par le train direction Paris. Après les examens obligatoires gare de l'Est, Hôtel Lutétia et Amiens pour retrouver mes parents qui ne pensaient plus me revoir.  Quand à mon camarade Raymond Pécheur, il n'a pas eu ma chance, il est décédé à Dora. Ma déportation a duré 25 mois, j’avais 20 ans et ne pesait plus que 37 kilos ».  

Jacques Bocher a témoigné de nombreuses fois de son parcours, notamment dans différentes classes. 
 

MADAME DUBOIS-LEMAIRE 

EST DECEDEE 

 Madame Renée DUBOIS née Lemaire, descendante directe des 4 Lemaire décédés des suites de Résistance nous a quittés le 19 février 2019. Un hommage lui a été rendu à l’église Jeanne d’Arc à Amiens le samedi 23 février 2019. Les membres du Conseil d’Administration de l’Association Centre de Mémoire d’Histoire – Somme – Résistance et Déportation présentent à la famille leurs condoléances. Françoise FUSILLIER 

Jean Lheureux

 est né à Marcelcave le 17 août 1895. Il était forgeron avec son frère Paul. Il appartenait au Front National – Francs-Tireurs et Partisans du Colonel Dumuin depuis 1942. Il a participé à différents sabotages de voies ferrées (déraillement de Guillaucourt, sabotage de l’écluse de Glisy etc…) Il aurait été arrêté sur dénonciations pour des hébergements clandestins. Il a été retrouvé mort dans sa cellule de la prison d’Amiens. Le décès a été constaté le 3 juillet 1943. Les causes de sa mort restent mystérieuses ; tué d’un coup de révolver par ses bourreaux, décès des causes de ses blessures ou retrouvé pendu dans sa cellule avec sa ceinture de flanelle… Une plaque figure sur la forge, et une rue porte également son nom à Marcelcave. Il a été reconnu « MPLF » (Mort pour la France) le 13 mars 1952.                        Source Y. Tâté – 5 octobre 2014. Livre Marcelcave tome 2 
 

Monsieur Fernand Leblanc

 EST DECEDE
Monsieur Fernand Le Blanc est décédé dans la nuit du 3 au 4 août 2018. Il était né le 13 janvier 1928 dans le Pas de Calais. A 15 ans, il est incorporé dans les formations clandestines de l’organisation civile et militaire, puis comme agent de liaison dans la Résistance, sous les ordres du capitaine Dromas. Il a notamment participé au sauvetage de l’équipage d’un bombardier anglais à Commenchon (02), transporté des armes pour divers groupes de résistants. Il a beaucoup œuvré pour la reconnaissance du musée de la Résistance à Fargniers, créé en 1982. Il a succédé en 1990 à Etienne Dromas, président fondateur, jusqu’au dernier trimestre 2017 où il a passé la Présidence à Benoît Guérin, petit-fils d’Etienne Dromas et devenait Président d’Honneur. Jackie Fusillier 

Georges MATIFAS

Né à Amiens en 1913, Georges Matifas, Résistant, a été arrêté le 3 mai 1944, torturé et exécuté par les Allemands. Dès l’invasion allemande en 1940, il aide, avec son camion rouge, à l’évasion de soldats échappés des camps de concentration pour les conduire en lieux surs et transporte des armes, des munitions, distribue tracts et journaux antinazi et prend de gros risques.

Fin 1942, Georges s’engage dans la Résistance, devient chef de réseau FTPF sous le nom de « Sylvestre » matricule 3444-17. (Francs-tireurs et Partisans Français), mouvement créé par le parti communiste fin 1941. Le 3 mai 1944, il quitte sa femme pour prendre son travail en gare, il est commissionnaire. Il est arrêté pour faits de politique avec appartenance au Front National de l’Indépendance de la France, branche du CNR (Conseil National de la Résistance). Il est arrêté par Lucien Pieri et Mme Grellet-Bourges (maitresse de différents Allemands) alors qu’il transportait des armes. Torturé à la Citadelle, puis conduit à l’Hôpital Philippe Pinel où il subit les pires sévices, (visage tuméfié, mains allongées par l’étau, nez écrasé) avant d’être fusillé. Son corps sera retrouvé 4 mois plus tard avec 3 autres Résistants par Robert Perque et Mathieu Nys, employés tous deux de l’Hôpital Pinel. Une rue de Rivery a été baptisée à son nom en 1945.Une plaque commémorative a été posée en 2003 en hommage aux 4 Résistants fusillés sur place. De nombreuses médailles s ont été remises à titre posthume à Georges Matifas.

LA FAMILLE DUMUIN, UNE FAMILLE DE PATRIOTES

Chaque année, la mort de Jean Catelas est commémorée ; s’en suit un parcours dans le cimetière de Saint Acheul, dont la stèle des Résistants de Saint Acheul. Un trajet prévu à l’avance. Oubliée, à côté de la stèle, une
tombe de la famille DUMUIN pour laquelle un hommage serait rendu aux trois patriotes (parmi d’autres). Un devoir de mémoire nous l’impose. Plaise aux responsables de cette Commémoration de prendre acte de cette
requête.
DUMUIN Edouard : né vers 1910. Membre F.T.P. Il devient responsable régional du Cher. Chargé des
opérations militaires au grade de Colonel. Un Amiénois résistant de la première heure dit « Gilbert » sera blessé avec son épouse dans un accrochage avec les Allemands le 24 août 1944. Il représentera la Ligue des Droits de l’Homme après-guerre avec Mesdames PETIT, LEMAIRE, CATELAS. Il occupera le poste de secrétaire
départemental des F.T.P.F. et son drapeau (un don en notre possession) Il décédera en 1972.

DUMUIN Henriette et Noëlla

DUMUIN Henriette : née Morel le 2 décembre 1910 à Domart en Ponthieu (Somme), domiciliée à Amiens dans le quartier Saint Acheul. Dans la Résistance dès la fin de l’année 1940. Repérée dans la Somme, agent de liaison FTP, elle rejoint son mari lui aussi Résistant dans le Cher. Blessée mortellement le 24 août sur la route de Bourges à Gien (pic de Montaigu) au cours d’un
affrontement avec un convoi allemand. Elle décède le 25 aout 1944 à l’hôpital
clandestin de Prassy. Son nom sera donné à un bataillon F.T.P.F. du Cher. Plusieurs rues portent son nom à Amiens, Domart en Ponthieu et dans le Cher.

DUMUIN Noëlla née Legrand est née le 1er juillet 1909 à Méaulte, demeure 2 rue de la Dodane à Amiens. Au mouvement FTPF (80) du 1er janvier 1943 au 3 septembre 1944. A l’Etat-major du Vimeu – 3ème Cie, agent de liaison –
institutrice à Oust Marais de 1940 à 1944.
Sous les ordres du Lieutenant LE GARD d’avril 1943 à septembre 1944. Au Réseau Z.F. sous les ordres de « Clovis » de mars 1944 à septembre 1944, agent de renseignements, transport de documents, et d’armes, de rapports et
d’ordres de la région du Vimeu et d’une partie de la Somme Maritime.

UNE PLAQUE POUR LES FRERES DE GUILLEBON.


Le 2 septembre 2018, après la cérémonie de commémoration du 74ème anniversaire de la libération
d’Amiens, une plaque honorant Jacques et François de Guillebon a été dévoilée au square Saint Denis à
Amiens.

Les deux frères, descendants d’une famille aristocrate picarde, se sont distingués pendant la Seconde Guerre mondiale. 

Le premier, Jacques, 

est un ancien élève de l’Ecole polytechnique. Après avoir rallié le général de Gaulle, il participe au ralliement du territoire du Tchad à la France libre en août 1940. Il est nommé chef d’état-major de la colonne Leclerc en novembre 1942. Il

participe à la campagne de Tunisie où il est blessé par un obus. Rapatrié en Angleterre, il débarque en Normandie le 1er août 1944.
Le 21 août 1944, il est envoyé par Leclerc à Versailles pour tester la résistance des troupes allemandes, mission qui a permis la libération de Paris par la 2ème DB et les troupes alliées. De Guillebon est l’un des premiers à entrer dans Paris.
Il réussit à libérer neuf villages entre le 31 octobre et le 1er novembre 1944, capturant plus de 300 prisonniers. Il entre dans Strasbourg, avec un bataillon américain, par les ponts d’Ill et obtient la reddition de tous les blockhaus. Il a terminé la guerre à Berchtesgaden où il a fait flotter le drapeau français.
Il est décédé en 1985 à l’âge de 76 ans

François de Guillebon, 

frère du précédent est né à Amiens en 1901. Polytechnicien comme son frère, il était capitaine de réserve mais a travaillé dans le
civil. Au début de 1943, il devint l’adjoint du Commandant Christiaens pour la mise en place, dans le Nord, d’un Bureau de sécurité militaire clandestin. Une imprudence d’un membre de l’Organisation entraine l’arrestation du commandant Christiaens puis le 12 décembre 1943, celle de François de Guillebon
qui est emprisonné à Loos (Nord).
Après les camps de Compiègne, Auschwitz et Buchenwald, il est incarcéré au camp de achsenhausen-
Orianenburg.
Attaché au travail de nuit dans les usines de Klinker de sinistre réputation, c’est au repos dans les baraquements avec ses camarades qu’il est tué par les bombardements alliés le 10 avril 1945 alors qu’il essayait de dégager l’un de ses compagnons. Lors de la Cérémonie, leurs fils respectifs ont retracé la vie de leur père, riche et exemplaire, en matière de patriotisme. Madame le Maire Brigitte Fouré et Monsieur Daniel Bourriez, président de la Fondation de la France Libre ont
également souligné la bravoure de ces « enfants du pays ».

COMMEMORATIONS 

SAINT FUSCIEN - La mort du Lieutenant Champy               

Le 11 novembre 2017 à Saint Fuscien, se tenait une cérémonie officielle au Monument aux Morts au cours de laquelle a été commémorée la mémoire du Lieutenant Bernard Champy, mort à St Fuscien au cours de combats meurtriers autour du plateau de Dury les Amiens, dont une rue dans le village porte le nom. Notre Association a participé à cette commémoration présidée par M. Dominique de Thézy, maire du village, avec la présence de Pierre Champy, frère cadet de Bernard.

La bataille au sud d'Amiens durera du 20 mai au 8 juin 1940. L'offensive allemande du 5 juin va ébranler la ligne de front avec l'emploi de chars en grand nombre.

Pilonné par l'artillerie, Saint Fuscien disparait dans la fumée mais les défenseurs vont tenir l'ennemi en échec. Cependant, se produit un nouvel assaut. A 5h45, les hommes des lieutenants de SANVAL, PUISSANT et CHAMPY détruisent 3 chars, les munitions s'épuisent, les réserves sont presque vides.

Des incendies ravagent la partie Nord de Saint Fuscien, l'organisation défensive est réduite à néant. Les lieutenants de SANVAL et CHAMPY sont tués au cours de combats héroïques. Le lieutenant PUISSANT, grièvement blessé est fait prisonnier, c'est la confusion.

Vers 10h, les Allemands occupent la partie nord de St Fuscien. La ligne de démarcation passe par le château. Jusqu'au 8 juin 1940, de nombreux combattants sans distinction ont disparu dans les assauts d'un front d'une centaine de kilomètres. Des sacrifices comme ceux du lieutenant CHAMPY, tué l'arme à la main au champ d'honneur, ont été nombreux.

Source : Docteur Pierre Vasselle. "La bataille au Sud d'Amiens" du 20 mai au 8 juin, 1940.

Jacques Lejosne 

HOMMAGE AU MARECHAL LECLERC - HEROS  SAMARIEN

 Pour le 70ème anniversaire de la mort du plus célèbre samarien de la France Libre, le Maréchal Leclerc de Hauteclocque, une cérémonie a eu lieu devant son monument place René Goblet. Notre association était représentée.

Né le 22 novembre 1902, cet « enfant du pays » rejoint De Gaulle le 25 juillet 1940 après un long périple, sous le pseudonyme de « Leclerc ».

Dès leur première rencontre, il reçoit la mission de rallier l’Afrique Equatoriale Française à la France libre. C’est chose faite en novembre 1940 lorsque le dernier pays, le Gabon se joint à la France libre.                    

En 1941, il s’empare de Koufra en Libye et fait le fameux serment avec ses soldats « Jurez de ne déposer les armes que lorsque nos couleurs, nos belles couleurs, flotteront sur la cathédrale de Strasbourg. »

Après la conquête de la Libye et de la Tunisie, il reçoit le renfort des évadés de France par l’Espagne (les « Manana ») et d’unités des troupes vichystes ralliées de l’Armée d’Afrique ; sa division est rebaptisée 2ème Division blindée (2ème DB) le 24 août 1943.

En Avril 1944, la division regagne l’Angleterre d’où elle débarque en Normandie le 1er août 1944. L’insurrection de Paris commencée le 19 août 1944 reçoit l’appui plus que nécessaire de la 2ème DB qui marche sur Paris qu’elle libère le 25 août. Le lendemain, le Général De Gaulle et le Général Leclerc descendent côte à côte les Champs-Elysées. Il peut alors se diriger vers l’Est et honorer le serment de Koufra : le lendemain de son anniversaire, Strasbourg est libéré.

C’est au début du mois de mai 1945 que ses soldats découvrent les horreurs des camps et s’emparent du « nid d’aigle » d’Hitler à Berchtesgaden. En juin 1945, c’est l’Indochine où il signe, au nom de la France, les actes de capitulation du Japon le 02 septembre 1945. Le 12 juillet 1946, il est nommé inspecteur des Forces terrestres, maritimes et aériennes en Afrique du Nord.

Le 28 novembre 1947, son avion est pris dans une tempête de sable près de Colomb-Béchar en Algérie. Il avait 45 ans et 6 jours !

Il est élevé à la dignité de Maréchal de France à titre posthume le 23 août 1952.

Anatolie Mukamusoni

LE 6 JUILLET 1942 - LE CONVOI DES "45.000"

  Le 27 janvier 1945, les soldats soviétiques libèrent les quelques rescapés du camp d'extermination d'Auschwitz et du Kommando de Birkenau en Pologne.

Le 6 juillet 1942, part de Compiègne le convoi dit des "45.000" pour le camp d'Auschwitz où l'ensemble des détenus est immatriculé entre les numéros 45.000 et 46.326. Ils garderont gravée sur le bras cette appellation.

Ce train constitue le premier convoi de prisonniers politiques arrêtés dans le cadre des mesures de représailles prises par l'Occupant contre les débuts du combat armé engagé par certains résistants comme les F.T.P.F. où les actes de sabotage et attentats ciblés contre l’ennemi se multiplient.

     

   

                   

Parmi tous ces déportés, des patriotes, des syndicalistes, des sympathisants communistes et quelques autres personnalités hostiles à l’Occupant ainsi qu’une cinquantaine de Juifs. Plusieurs Picards originaires d’Amiens-Albert-Camon-Béthencourt sur mer-Cayeux-Mers les Bains… dont de nombreux cheminots, ne reviendront pas.

Il a fallu les témoignages des rares survivants pour que le monde sache toute l'horreur du calvaire qu'avait enduré ces hommes, ces femmes et même ces enfants dans cet enfer où les Allemands se plaisaient à dire à l’arrière de chaque convoi : « Ici on entre par la porte, on sort par la cheminée ». Ouvert le 20 mai 1940, libéré le 27 janvier 1945, on dénombrera à Auschwitz-Birkenau 46 morts originaires d’Amiens et la région.

Jacques Lejosne

DES RESISTANTS LOCAUX

Ils étaient d’Harbonnières

Raoul DEFRUIT, né le 10 septembre 1900 à Bayonvillers, était employé aux Assurances Sociales d'Amiens jusqu'en décembre 1943. Il entre au Front National de la Résistance en juin 1942. En juin 1944, il abandonne son emploi à Amiens pour prendre un poste de garde voie à Guillaucourt, tout proche de son domicile d'Harbonnières.  Dans la Résistance, il repère les convois allemands. Le 12 mai 1944, la Gestapo guidée par un "collaborateur", l'arrête à son domicile. Emmené à la Citadelle d'Amiens, torturé, il refuse de parler.  Expédié à Royallieu il est ensuite déporté vers les camps de : ORANIENBURG - SACHSENHAUSEN - MAUTHAUSEN en Autriche puis dirigé à EBENSEE, l'un des Kommandos du camp central de Mauthausen.  

 EBENSEE, édifié à l'automne 1943, près de TRAUSEE, un des réseaux de camps annexes où les déportés devaient creuser dans la montagne des usines souterraines. Sur la photo de droite, l'un des neuf ateliers installés dans les galeries d'Ebensee : chaque galerie    mesurait 428 mètres. GUSEN fut l'un des Kommandos les plus terribles de Mauthausen.   A Paris, au cimetière du Père Lachaise, un monument rappelle les 8.203 français morts à       Mauthausen. Parmi eux, des victimes originaires de la Somme. Harbonnières aura sa part de victimes à déplorer comme : Jacques DEFLANDRE, décédé en déportation, Robert MAINGNEUX, Robert  DEGROOTE …  Des noms enfouis dans un profond passé qu'il faut parfois ressortir pour un travail de mémoire.                                                                          

 Jacques Lejosne 

QUI  ETAIT  HENRI  GABET ?

Henri Gabet est né à Amiens le 5 juillet 1909 dans le quartier du    Faubourg de Hem, au 23 de la rue Robert Lecoq. Ouvrier chez Cosserat, militant au P.C.F., syndicaliste à la C.G.T., il créa avec un résistant de la première heure, Arthur Masson de Longpré les Amiens, des jardins ouvriers dans le quartier, une façade pour installer en réunion la Résistance. Il est arrêté à Amiens en octobre 1941, pour avoir distribué des tracts de propagande contre Pétain et Vichy. Il sera interné dans un camp de surveillance administrative à la Citadelle de Doullens, où un certain nombre de militants politiques de la Somme furent incarcérés dès le     6 octobre 1941 pour  propagande communiste. 

 On trouva sur lui une lettre destinée à Masson, sans son adresse. Il fut battu en présence des Allemands, puis transféré à la prison d'Amiens pendant quinze mois avant d'être condamné à trois mois de prison et transféré à la Centrale Pénitencière d'Eysses (Lot-et-Garonne), puis reconduit à Compiègne pour le grand  départ : en juin 1944, 1.200 internés sont déportés à Dachau. Henri portait le matricule 73479 avant de connaître le camp central de Mauthausen en Autriche où des milliers d'hommes vont mourir d'épuisement. Arrivé le 14 août 1944, il décède  le 11 avril 1945. Sa carte de déporté politique sera remise à sa mère Marie.  La maison des Gabet fut encore longtemps habitée par la famille au faubourg de Hem. Maintenant, seul le nom d'Henri Gabet figure sur le mur extérieur d'une salle du quartier.  Cela est bien peu pour une personne qui a légué son existence pour les libertés de tous et l’indépendance de la France. Jacques Lejosne 3  

 PIERRE DEROBERTMAZURE dit "TCHOT PIERRE"  

Pierre Derobertmazure était né en 1895 et demeurait au n° 126   Avenue Louis Blanc à Amiens. Membre de la S.F.I.O. (Socialiste) et de la ligue des Droits de l'Homme, il faisait fonction, sous l'Occupation, de       rédacteur à la Préfecture de la Somme au service de la Main d'œuvre et du Travail (dit bureau de placement en 1936). Ce service devint par la suite l'Inspection du Travail, situé 45 rue des Otages à Amiens ainsi que dans les baraquements de la place du cirque.  

 C'est par ces bureaux que transitaient, issus de la  "Kommandantur", les dossiers des travailleurs à destination de l'Allemagne, "les S.T.O."  (le Service du Travail Obligatoire). Ces dossiers subirent par "certains     employés" dont Pierre, des « modifications » : fausses cartes de travail, faux dossiers de santé, certificats de complaisance. 1016 travailleurs requis échapperont ainsi au S.T.O. 

 Pierre appartenait à "Libé-nord" ainsi qu'à un groupe de résistants  locaux. Il partait souvent à  l'extérieur afin de diffuser des tracts, des bulletins de liaison. Ce petit bonhomme, discret, bossu,     passait à travers les mailles du filet allemand, dans les bus et dans les trains. 

 Victimes d'une dénonciation, plusieurs patriotes comme lui, Paulette Verdy, M. Bonpas, furent  arrêtés et internés à la prison d'Amiens le 6 décembre 1943 par la Gestapo. II trouva la mort lors des bombardements de la prison le 18 février 1944. Il avait 49 ans.  

 Au faubourg de Hem, une plaque est apposée sur le mur de son ancien domicile et une rue porte son nom.  

 En juin 1946, une cérémonie eut lieu à Gentelles en sa mémoire. Au cimetière, ses amis lui      élevèrent un monument, rappelant qu'il est mort pour la liberté. Son nom est inscrit sur le monument aux morts de Gentelles. A ce jour, il n'y a plus aucune trace de sa tombe en ce lieu. (Extrait d'un témoignage de Jean Michel Topart, un ami de Pierre.)      


M. Jacques HUBERT           

Le Résistant 

Jacques Hubert, vivait à Bouzincourt près d’Albert. Il avait 18 ans lors de l'invasion allemande de mai 40. Comme de nombreux jeunes hommes,  il est arrêté et dirigé vers l'Allemagne. Mais déjà, il résiste et s'évade à  Cambrai, lors d'un regroupement de prisonniers. Dans une ferme, il prend un vélo et une binette, se fait passer pour un ouvrier agricole et rentre chez lui.  En février 42, à 20 ans, il entre dans la Résistance avec le capitaine Henri Dumoulin qui deviendra le chef militaire de la Région d'Albert. Celle-ci   s'étendait de Doullens à Péronne. Leurs actions se multiplient :  - sabotages de trains (matériel et troupes) sur la ligne Albert - Arras.  - sabotages de centraux téléphoniques, d'écluses et de matériel agricole.  - préparations de terrains pour faciliter les parachutages d'armes et de  résistants, principalement dans le secteur de Warloy-Baillon. Jacques Hubert le souligne dans ses témoignages : « mon rôle, saboteur et agent de renseignements ». Pour toutes ces actions déterminées et courageuses jusqu'à la Libération,  Jacques Hubert a été décoré de la « Croix du combattant volontaire de la Résistance 1939-1945 ». 

 Le Juste parmi les Nations 

 Avec ses parents, Clovis et Blanche Hubert, il a aussi été décoré de la médaille des Justes,  le 26 octobre 2003 à Paris, par Mr l'Ambassadeur d'Israël|, en présence de Jacques Chirac, Président de la République, et de Simone Veil. Il importe de ne jamais oublier les raisons d'un tel évé

nement. En juillet 1942,la rafle du Vél d'Hiv à Paris est commandée par la politique antisémite du régime nazi,  hitlérien, et organisée par le gouvernement Pétain - Laval en pleine collaboration. La sœur de Jacques Hubert, Paulette Bulot, habite Paris. Ses voisins juifs, Monsieur et Madame Zajderman, réussissent à cacher leurs trois enfants chez elle, puis sont déportés à Dachau. La sœur de Jacques demande à ses parents d'accueillir Albert et Suzanne, le 3ème enfant ira en Normandie.  A Bouzincourt, les parents de Jacques Hubert reçoivent donc ceux qu'ils présenteront comme leurs petits-enfants parisiens. Seuls le maire, le curé et l'instituteur sont dans la confidence.  La population de Bouzincourt ne parlera pas. A la Libération, seule la maman des trois enfants rentrera du camp de Ravensbrück.  Aujourd'hui Albert Zajderman est présent parmi nous. Nous saluons très chaleureusement sa présence. Ecoutez encore ce que disait Jacques Hubert lorsqu'on lui parlait de ces évènements :      "Je ne comprends pas ce raffut autour de moi, je n'ai fait que mon devoir". 

 Le devoir de transmission 

  A la retraite, Jacques Hubert a toujours tenu à témoigner, surtout auprès des jeunes  générations : dans les écoles (Marcelcave, Doullens, ..), dans les collèges et lycées (Albert, Péronne, Doullens, Acheux ...).  Pour toutes ses activités pendant la Résistance, pour être reconnu "Juste parmi les Nations" (ils étaient 14 dans la Somme) et pour son travail de témoignage jusqu'au soir de sa vie,    Jacques Hubert a été décoré de la Légion d'Honneur en 2007.  Le Courrier Picard a titré récemment : "le dernier Juste de la Somme s'est éteint". Mais il nous laisse un message de combattant pour les valeurs humaines.  Pour nous tous, le meilleur hommage que nous puissions lui rendre, c'est de poursuivre son   combat.