CEREMONIE AU POTEAU DES FUSILLES ET INAUGURATION D’UNE PLAQUE  

 
Une cérémonie était organisée le samedi 31 août 2019 au Poteau des Fusillés à la Citadelle d’Amiens pour commémorer le 75ème anniversaire de la Libération d’Amiens et rendre hommage aux 35 patriotes exécutés dans ce lieu. A la suite de cette manifestation, une plaque a été dévoilée, à l’initiative de la mairie de Mers les Bains, en l’honneur de trois mersois (Jules Mopin, André Dumont et Ernest Lesec), qui ont été exécutés à cet endroit. 
 Etaient présents, Madame Fouré, Maire d’Amiens, Monsieur Gest, Président d’Amiens métropole, Madame Pompili, député de la Somme, Monsieur Maquet, député de la Somme, Monsieur Jardé, Conseiller départemental, Monsieur le sous-préfet d’Abbeville, Monsieur Delépine, Maire de Mers les Bains de même que des membres des familles qui ont lu des extraits des dernières lettres de leur parent. Jackie FUSILLIER 

INTERVENTION DE MR LE MAIRE DE MERS-LES-BAINS LORS DE L’INAUGURATION D’UNE PLAQUE (*) A LA CITADELLE D’AMIENS, SITE DIT DU « POTEAU DES FUSILLÉS ».   - AMIENS LE 31 AOÛT 2019 -

 Notre visite ici-même, l'an dernier, (et je profite de l'occasion pour remercier de nouveau la personne qui nous avait fort agréablement accueillis et guidés), avait ravivé une demande émanant de l'une des familles de nos trois Résistants Martyrs fusillés mersois que nous honorons ce soir, souhait formulé plus précisément par Bertrand MOPIN, neveu de Jules MOPIN.  C'est avec infiniment d'émotion que nous voyons, en ce 75ème anniversaire de la Libération, la concrétisation de ce projet. Ainsi, sur les lieux mêmes de leur supplice, cette plaque rappellera à tous ce que fut leur engagement, leur parcours, leur idéal, leur héroïsme devant lesquels nous devons bien reconnaître notre insignifiance, vous en conviendrez ! Le courage exceptionnel dont ils ont fait preuve jusqu'au moment ultime, après avoir été très souvent lâchement et sauvagement torturés sans jamais avoir parlé, vient d'être rappelé. La ville de Mers-les-Bains berceau de la résistance picarde, s'inscrit de nouveau dans cet impérieux devoir : « que le sacrifice de ses enfants ne soit jamais occulté. »  Les familles, et nous-mêmes, tenons à remercier vivement toutes les personnes ou personnalités qui ont permis, que sur cet espace, lieu sacré, la mémoire de nos trois mersois demeure toujours présente, en y associant naturellement tous leurs compagnons et camarades sacrifiés dans cette enceinte.  Toute notre reconnaissance à vous, Madame la Maire d'Amiens, un très grand merci aux Services du protocole et aux Services Techniques de la ville d'Amiens, merci à Fabrice, précieux relais, merci à M. l'Architecte des Bâtiments de France pour son implication.  Merci à vous, Familles, qui avez pu nous rejoindre, votre présence confère à la cérémonie de ce soir toute la puissante et nécessaire signification dont elle a besoin.  André DUMONT, Ernest LESEC, Jules MOPIN… Voyez, 75 ans plus tard, nous sommes là ! La ville qui vous a vu grandir, ne vous a jamais oubliés. Que vos noms continuent de résonner pour toujours dans la mémoire collective et dans nos cœurs !   Michel DELÉPINE, Maire de Mers-les-Bains.  (*) plaque réalisée par le service communication de la ville de Mers-les-Bains. 
 

Trois Résistants Martyrs fusillés mersois 

 LESEC Ernest Pascal François

LESEC Ernest Pascal François : né le 29 novembre 1918 à Beaufort en Vallée (Maine et Loire), lieutenant de la Marine Marchande, capitaine FFI, domicilié 14 Rue Devisme à Mers les Bains, membre de la 3ème compagnie F.T.P. il entreprend des opérations périlleuses comme des déraillements. Il fut arrêté par la police française et remis à la Gestapo. Une rue porte son nom à Mers les Bains. 

 

MOPIN Jules Eugène Lucien

 MOPIN Jules Eugène Lucien : né le 25 janvier 1921 à Mers les Bains. Jeune volontaire de la Résistance. Ouvrier verrier à Mers, domicilié dans la même commune, 4 avenue Saint-Martin, soldat FFI, entre aux F.T.P. dès 1942. Il participe à de nombreux déraillements avant d'être capturé le 17 avril 1943 et livré à la Gestapo d'Abbeville puis amené à Amiens. Torturé. Une rue porte son nom à Mers les Bains. 

DUMONT André Henri

DUMONT André Henri : pseudo « Fred, matricule 1611 », né le 6 août 1920 à Mers les Bains, célibataire, électricien, demeurant rue d'Ault à Mers, héros du maquis de Barneville (Seine Inférieure), auteur de plus de 30 actions entre novembre 1942 et le 24 août 1943 date de son arrestation, il sera fusillé le 5 février 1944 à 8h30 après avoir laissé une lettre poignante à ses parents et clamé sa haine de l'oppresseur selon le prêtre qui l’assista. Il sera retrouvé dans le charnier de la Citadelle. 
 

Souvenons-nous de l’Abbé Jules Ducrocq 

est né à Beaufort en Santerre le 9 mars 1890, dans une fratrie de 8 enfants (6 garçons, 2 filles). Parti au service militaire en 1911, il est classé dans le service auxiliaire pour « vue insuffisante ». Rappelé en 1914, maintenu dans le service auxiliaire au 120ème régiment d’infanterie, il terminera la guerre comme caporal-fourrier. Ses quatre frères mobilisés sont morts pour la France : - Ducrocq Henri décédé le 15 septembre 1914 – Bois de la Grurie – Marne - Ducrocq Ernest décédé le 20 septembre 1914 – Hôpital de Brest – Blessure de guerre - Ducrocq Georges décédé le 30 septembre 1914 – Bois de la Grurie – Marne - Ducrocq Paul Armand décédé le 5 mars 1915 – Hôpital de Chaumont – Maladie contractée à l’Armée Ayant terminé ses études au séminaire, il est ordonné prêtre le 4 juillet 1920 – C’est lui qui bénira le monument aux Morts de Beaufort où figurent les noms de ses 4 frères. - Professeur au collège de la Providence à Amiens – 1920-1922 - Vicaire à Doullens – 1922-1928 - Curé de Pendé - 1928-1934 et Lanchères 1928-1930 -  Curé de Montières à Amiens - 1934-1939 - Nommé chapelain de Notre-Dame le 5 septembre1937 - Curé de Saint Pierre d’Amiens du 5 février 1939 jusqu’à sa mort survenue le 27 avril 1942 - C’est pendant son ministère à Saint Pierre que sa vie va basculer. Les Allemands ont envahi la France et font régner la terreur. Les Patriotes, les Résistants sont arrêtés, enfermés à la Citadelle d’Amiens où ils subissent des tortures et toutes sortes de sévices. L’ennemi exerce une cruauté raffinée pour faire avouer les détenus qui paient du sacrifice de leur vie, leur silence avant de les fusiller. L’Abbé Ducrocq, requit par l’ennemi, leur apporte son soutien, et leur administre, quand c’est possible, les derniers sacrements. Chaque fois qu’il est appelé, il assiste, impuissant, aux souffrances de ces pauvres martyrs dont le visage est défiguré par la douleur et par les coups. L’Abbé revient à son presbytère, bouleversé, faisant des cauchemars pendant son sommeil. Ce grand humaniste, qui avait connu les horreurs de 14-18, ne pouvait imaginer une telle barbarie. Sa santé s’est altérée ; à ses paroissiens qui s’inquiétaient, il avait répondu : « Je veux rester avec vous jusqu’au bout ». Et il a continué à assister les détenus jusqu’à ce jour fatidique du 27 avril 1942 où, montant en chaire pour prêcher, il s’effondre, victime d’une actualité trop lourde à porter. Il fut inhumé à Beaufort dans le caveau de famille en présence de l’évêque qui avait reçu ses confidences. Homme de foi, homme de cœur, il avait une grande autorité morale. Son exemple mérite respect et admiration. Texte écrit par une de nos adhérentes 


 
 

75ème  anniversaire de la mort de Georges QUARANTE 

Le 31 Août 1944, vers 9h30, Georges Quarante et ses camarades résistants décidèrent de sauver le pont de Montières afin de permettre le passage des blindés alliés.  Les Allemands retranchés dans la maison de l’éclusier ouvrirent le feu sur eux. A l’arrivée des premiers chars britanniques un Allemand se précipita sur le pont pour mettre le feu aux mines, Georges Quarante sauta sur lui pour le désarmer avant qu’il ne puisse faire usage de son lance-fusée et avec J. Guilbert alla couper les cordons reliant les mines au pont. 
Dans l’après-midi, ayant appris qu’il restait un nid de résistance allemand dans le hangar de la ferme Dollé à Longpré, Georges Quarante et ses camarades retournèrent au combat. Il fut atteint mortellement d’une balle en plein cœur. Georges Quarante avait 34 ans, était père de six enfants. Il avait été adjudant au 51ème R.I., prisonnier évadé, F.F.I., Membre du groupe de Dreuil de l’O.R.A. (Organisation de la Résistance Armée).

MOREUIL  - 1940 

 Mai 1940, à l'approche de l'ennemi la ville de Moreuil avait été évacuée par les civils ; le 5 juin, des incendies sont allumés un peu partout, des ruines s'accumulent sous les bombardements. La rue Thiers, la place de la Seine-Inférieure, la rue Pasteur, l'entrée de la rue Victor Gaillard, l’hôtel de Ville et l'église ont été atteints. Une dramatique situation mettant en fuite de nombreux moreuillois. "Le Progrès de la Somme" dont le siège provisoire se trouvait à Lorient indique en sous-titre : "Le journal des réfugiés originaires de Picardie" fait de la place pour évoquer le sort des exilés, là où ils se trouvaient. L'espoir de se revoir ranime les courages abattus. Dans le sauve qui peut général, ou presque, on retrouve par le biais de la presse en question : Marcel Ferbus, Maire de Moreuil à Quetreville (Manche), le doyen et le vicaire de la commune à Igé (Orne), la pouponnerie du docteur Ruin à Ambrures (Mayenne), la Société Nouvelle des Anciens Etablissements Bouly au 89 rue Réaumur à Paris, des réfugiés sont à Saint-Colasse-en Sarthe (Orne)... Un contexte particulier où certains Moreuillois n'étaient pas au courant qu'une bataille se déroulait au sud d'Amiens avant l'entrée des troupes allemandes dans Moreuil et ses environs. Amiens a perdu ses derniers combats. Le 17 juin 1940, le Maréchal Pétain demandait l'Armistice. Peu à peu la population rentrait chez elle. En sens inverse, elle reprenait le chemin du retour, porteur des fardeaux et hardes emportés précipitamment. Le 4 août 1940, 53,57% des habitants de la Somme étaient revenus pour atteindre 65,58% le 20 août selon les statistiques. Peu avant ces retours, le "Progrès de la Somme" écrivait : "La vie commande ; soyons aujourd'hui digne d'hier. Haussons nos énergies au niveau de l'adversité, car c'est dans le malheur qu'un peuple peut offrir au monde qui le regarde les prestigieux spectacles de son éternelle grandeur. " De belles paroles pour les familles qui hélas s'apprêtaient à vivre des moments douloureux sous l'occupation allemande. 
 


Le petit vélo de Robert. 

 
Les parents de Robert vivaient dans la côte de la route d'Airaines à Abbeville ; c'étaient de petits agriculteurs (2 vaches, 2 chevaux). A Noël 1939, Robert a eu un vélo et quel vélo ! Une famille, dont les enfants étaient grands, a pensé à Robert. Ce vélo était rudimentaire : sans frein, à pignons fixes donc qui fonctionnait sans arrêt ; pour freiner, il fallait pédaler moins vite ou mettre un pied sur la roue ! Pour Robert, qui avait 9 ans, c'était inespéré. Pendant cette « drôle de guerre », les Airainois voyaient, depuis quelques temps, les réfugiés du Nord et de la Belgique traverser leur petite ville. Les Anglais étant en stationnement sur le terrain de foot, les habitants étaient conscients du danger. Le lundi matin 20 mai 1940, ils entendirent les avions. Le père de Robert, qui avait fait la guerre 1914-1918, emmena sa famille dans un petit chemin creux qui donnait dans le haut de la route d'Abbeville. Après le bombardement, le père décida de partir à Andainville où le frère de Robert avait un copain. La famille entassa ce qu'elle pouvait, y compris le vélo de Robert qui était précieux pour le petit garçon, dans 2 tombereaux tirés par les chevaux. Première étape à Andainville où on fut obligé de laisser le vélo de Robert. Le père décida de traverser la Seine aux Andelys. Un 3éme tombereau se joignit à eux. Il fallut 3 jours pour y arriver. Ensuite direction Vitré puisque l'ordre d'évacuation était l'Ile et Vilaine pour les habitants de la Somme. Il y avait de l'entraide car des femmes, avec jeunes enfants et personnes âgées, conduisaient des tombereaux.  Les grands parents de Robert, eux, étaient restés pour garder la maison ! Le 31 mai, l'Administration française décidant l'évacuation totale, les grands parents partirent avec les Avelange, eux aussi agriculteurs. Pas de nouvelles ! Ils revinrent avant les parents de Robert. Le retour se fera vers le 10 juillet en passant à Saint André de l'Eure où le père connaissait un ami ; là ils aidèrent à biner les betteraves. Ils eurent l'idée de repasser à Andainville où Robert retrouva, avec bonheur son vélo. Père et fils revinrent en éclaireurs à vélo. Ils passèrent à Métigny puis empruntèrent la rue de l'Abbé Perdu. Là, ils vécurent un moment pénible ; Airaines était un champ de ruines : les maisons en torchis avaient brûlé, seules restaient les cheminées de briques noircies. Un passage d'environ 3 mètres était bordé de décombres. L'église, en partie bombardée, avait servi d'infirmerie pour quelque 250 blessés français, africains et allemands. Le vide et le silence étaient impressionnants. Leur petite ferme et leur maison en viager étaient détruites. Seule leur restait une petite maison endommagée par un obus près du terrain de foot ; le père l'avait achetée pour le terrain meilleur que celui dans la côte crayeuse de la route d'Abbeville, découragé, il fit demi-tour en voyant le désastre. Après discussion avec sa femme, ils décidèrent de s'installer chez la grande mère maternelle puis dans la petite maison touchée par l'obus. 
 

Jacques BOCHER né à Amiens le 11/12/1924  est décédé à l’âge de 94 ans.  

Il a été enterré au cimetière du Petit-Saint-Jean le vendredi 18 janvier 2019  Extrait d’un de ses témoignages 
 « Je venais d'avoir 18 ans en décembre 1942. Dans le courant du mois de février 1943, ma mère reçoit un courrier, qui m'était adressé provenant de la kommandantur allemande. J'apprenais par ce courrier que j'étais réquisitionné pour le travail obligatoire en Allemagne (STO).  
Pour éviter des problèmes à ma famille, je suis parti avec l'intention de m'évader au moindre arrêt du train en France. Le train ne s'étant pas arrêté, je me suis retrouvé en Allemagne (ville de Bochum) dans un camp de travailleurs. Refusant de travailler, j'ai été arrêté un matin au petit jour avec un autre camarade amiénois dont j'avais fait connaissance dans le train ; il s'appelait Raymond Pécheur, il avait 20 ans. Nous avons été enfermés dans la prison de la ville de Bochum et condamnés à la déportation. On nous fit monter à bord d'un fourgon blindé, direction Buchenwald. J'y suis resté 3 mois (bloc 44 petit camp, matricule 6231) et ensuite la carrière. Un matin, sorti des rangs sur la place d'appel avec beaucoup d'autres camarades, nous fumes embarqués dans des wagons à bestiaux, sans nourriture ni eau, pour se retrouver dans le Ghetto de Varsovie, et logé dans la prison. Il a fallu construire, le camp n'étant pas existant (baraquements, barbelés, miradors) avec l'aide de Polonais en travaux forcés. Je portais le matricule 124. Je suis resté 11 mois dans ce camp à démolir ce qui restait des maisons en ruines.    

Nous avons subi le grand froid de Pologne. Nous cherchions dans les ruines tout ce qui pouvait nous protéger du froid (papiers, cartons et chiffons) pour doubler le dessous de notre veste de costume rayé et couvrir les pieds dans nos sabots. Le typhus se déclara dans le camp ce qui fit beaucoup de victimes. n matin, sur la place d'appel, ordre de quitter le camp pour une "Marche de la Mort", l'armée russe n'étant pas loin, je venais de faire 11 mois dans ce camp (KLWarchau). Cette marche a duré 3 jours sans nourriture et sans eau. Les camarades qui tombaient étaient laissés sur place et nous continuions à marcher. Ils étaient condamnés à mort. Les 2 premières nuits nous les avons passées dans un champ. Nous marchions le troisième jour depuis le matin quand la colonne s'arrêta brusquement. Les SS venaient d'apercevoir des wagons à bestiaux sur une voie. On nous fit monter dans ces wagons ; après quelques heures de trajet le train s'arrêta, nous étions devant l'entrée du camp de Dachau quand les wagons se vidaient en laissant beaucoup de morts à l 'intérieur. Moi-même ne pouvant me tenir debout, pour moi c'était la fin du trajet. Je fus transporté au revier du camp, un médecin français s'y trouvait, il m'a pris en charge et m'a remis sur pieds, mon matricule était 90792. Je suis resté 4 mois dans ce revier et je suis reparti dans un transport wagon à bestiaux sans nourriture et sans eau ; direction le camp de Blaichard, Kommando extérieur de Dachau dans 1e Tyrol Autrichien. Je suis resté 7 mois, je travaillais dans une usine (BMW).   Un matin sur la place d'appel nous évacuons le camp pour une seconde marche de la mort, direction le Col du Brenner où une jeunesse hitlérienne nous y attendait. Nous traversons une forêt 

immense, touffue, je me suis évadé avec 3 camarades, pris en chasse par les SS et leurs chiens ; quand nous nous sommes retrouvés devant un cours d'eau descendant de la montagne nous nous sommes jetés dans cette eau, ce qui fit perdre notre trace, trouvant au passage un abri de bûcherons, nous y avons passé la nuit afin de nous reposer et au petit matin nous sommes redescendus de la montagne et avons  retrouvé une route qui était la direction qui allait vers le camp que nous avions quitté. Celui-ci n'étant plus gardé par les SS, nous nous y sommes cachés pendant 3 jours. Un camarade faisait le guet sur le toit et nous avertirait lorsqu' arriveraient des chars. Cette fois, c'étaient les chars Leclerc, nous étions libérés.  Nous avons attendu quelques jours pour être rapatriés et nous nous sommes mis à la recherche de quelques vêtements plus chauds afin de remplacer notre tenue rayée. Notre retour en France s'est effectué en G.M.C, la traversée du Rhin la nuit et retour par le train direction Paris. Après les examens obligatoires gare de l'Est, Hôtel Lutétia et Amiens pour retrouver mes parents qui ne pensaient plus me revoir.  Quand à mon camarade Raymond Pécheur, il n'a pas eu ma chance, il est décédé à Dora. Ma déportation a duré 25 mois, j’avais 20 ans et ne pesait plus que 37 kilos ».  

Jacques Bocher a témoigné de nombreuses fois de son parcours, notamment dans différentes classes. 
 

MADAME DUBOIS-LEMAIRE 

EST DECEDEE 

 Madame Renée DUBOIS née Lemaire, descendante directe des 4 Lemaire décédés des suites de Résistance nous a quittés le 19 février 2019. Un hommage lui a été rendu à l’église Jeanne d’Arc à Amiens le samedi 23 février 2019. Les membres du Conseil d’Administration de l’Association Centre de Mémoire d’Histoire – Somme – Résistance et Déportation présentent à la famille leurs condoléances. Françoise FUSILLIER 

Jean Lheureux

 est né à Marcelcave le 17 août 1895. Il était forgeron avec son frère Paul. Il appartenait au Front National – Francs-Tireurs et Partisans du Colonel Dumuin depuis 1942. Il a participé à différents sabotages de voies ferrées (déraillement de Guillaucourt, sabotage de l’écluse de Glisy etc…) Il aurait été arrêté sur dénonciations pour des hébergements clandestins. Il a été retrouvé mort dans sa cellule de la prison d’Amiens. Le décès a été constaté le 3 juillet 1943. Les causes de sa mort restent mystérieuses ; tué d’un coup de révolver par ses bourreaux, décès des causes de ses blessures ou retrouvé pendu dans sa cellule avec sa ceinture de flanelle… Une plaque figure sur la forge, et une rue porte également son nom à Marcelcave. Il a été reconnu « MPLF » (Mort pour la France) le 13 mars 1952.                        Source Y. Tâté – 5 octobre 2014. Livre Marcelcave tome 2 
 

Monsieur Fernand Leblanc

 EST DECEDE
Monsieur Fernand Le Blanc est décédé dans la nuit du 3 au 4 août 2018. Il était né le 13 janvier 1928 dans le Pas de Calais. A 15 ans, il est incorporé dans les formations clandestines de l’organisation civile et militaire, puis comme agent de liaison dans la Résistance, sous les ordres du capitaine Dromas. Il a notamment participé au sauvetage de l’équipage d’un bombardier anglais à Commenchon (02), transporté des armes pour divers groupes de résistants. Il a beaucoup œuvré pour la reconnaissance du musée de la Résistance à Fargniers, créé en 1982. Il a succédé en 1990 à Etienne Dromas, président fondateur, jusqu’au dernier trimestre 2017 où il a passé la Présidence à Benoît Guérin, petit-fils d’Etienne Dromas et devenait Président d’Honneur. Jackie Fusillier 

Georges MATIFAS

Né à Amiens en 1913, Georges Matifas, Résistant, a été arrêté le 3 mai 1944, torturé et exécuté par les Allemands. Dès l’invasion allemande en 1940, il aide, avec son camion rouge, à l’évasion de soldats échappés des camps de concentration pour les conduire en lieux surs et transporte des armes, des munitions, distribue tracts et journaux antinazi et prend de gros risques.

Fin 1942, Georges s’engage dans la Résistance, devient chef de réseau FTPF sous le nom de « Sylvestre » matricule 3444-17. (Francs-tireurs et Partisans Français), mouvement créé par le parti communiste fin 1941. Le 3 mai 1944, il quitte sa femme pour prendre son travail en gare, il est commissionnaire. Il est arrêté pour faits de politique avec appartenance au Front National de l’Indépendance de la France, branche du CNR (Conseil National de la Résistance). Il est arrêté par Lucien Pieri et Mme Grellet-Bourges (maitresse de différents Allemands) alors qu’il transportait des armes. Torturé à la Citadelle, puis conduit à l’Hôpital Philippe Pinel où il subit les pires sévices, (visage tuméfié, mains allongées par l’étau, nez écrasé) avant d’être fusillé. Son corps sera retrouvé 4 mois plus tard avec 3 autres Résistants par Robert Perque et Mathieu Nys, employés tous deux de l’Hôpital Pinel. Une rue de Rivery a été baptisée à son nom en 1945.Une plaque commémorative a été posée en 2003 en hommage aux 4 Résistants fusillés sur place. De nombreuses médailles s ont été remises à titre posthume à Georges Matifas.

LA FAMILLE DUMUIN, UNE FAMILLE DE PATRIOTES

Chaque année, la mort de Jean Catelas est commémorée ; s’en suit un parcours dans le cimetière de Saint Acheul, dont la stèle des Résistants de Saint Acheul. Un trajet prévu à l’avance. Oubliée, à côté de la stèle, une
tombe de la famille DUMUIN pour laquelle un hommage serait rendu aux trois patriotes (parmi d’autres). Un devoir de mémoire nous l’impose. Plaise aux responsables de cette Commémoration de prendre acte de cette
requête.
DUMUIN Edouard : né vers 1910. Membre F.T.P. Il devient responsable régional du Cher. Chargé des
opérations militaires au grade de Colonel. Un Amiénois résistant de la première heure dit « Gilbert » sera blessé avec son épouse dans un accrochage avec les Allemands le 24 août 1944. Il représentera la Ligue des Droits de l’Homme après-guerre avec Mesdames PETIT, LEMAIRE, CATELAS. Il occupera le poste de secrétaire
départemental des F.T.P.F. et son drapeau (un don en notre possession) Il décédera en 1972.

DUMUIN Henriette et Noëlla

DUMUIN Henriette : née Morel le 2 décembre 1910 à Domart en Ponthieu (Somme), domiciliée à Amiens dans le quartier Saint Acheul. Dans la Résistance dès la fin de l’année 1940. Repérée dans la Somme, agent de liaison FTP, elle rejoint son mari lui aussi Résistant dans le Cher. Blessée mortellement le 24 août sur la route de Bourges à Gien (pic de Montaigu) au cours d’un
affrontement avec un convoi allemand. Elle décède le 25 aout 1944 à l’hôpital
clandestin de Prassy. Son nom sera donné à un bataillon F.T.P.F. du Cher. Plusieurs rues portent son nom à Amiens, Domart en Ponthieu et dans le Cher.

DUMUIN Noëlla née Legrand est née le 1er juillet 1909 à Méaulte, demeure 2 rue de la Dodane à Amiens. Au mouvement FTPF (80) du 1er janvier 1943 au 3 septembre 1944. A l’Etat-major du Vimeu – 3ème Cie, agent de liaison –
institutrice à Oust Marais de 1940 à 1944.
Sous les ordres du Lieutenant LE GARD d’avril 1943 à septembre 1944. Au Réseau Z.F. sous les ordres de « Clovis » de mars 1944 à septembre 1944, agent de renseignements, transport de documents, et d’armes, de rapports et
d’ordres de la région du Vimeu et d’une partie de la Somme Maritime.

UNE PLAQUE POUR LES FRERES DE GUILLEBON.


Le 2 septembre 2018, après la cérémonie de commémoration du 74ème anniversaire de la libération
d’Amiens, une plaque honorant Jacques et François de Guillebon a été dévoilée au square Saint Denis à
Amiens.

Les deux frères, descendants d’une famille aristocrate picarde, se sont distingués pendant la Seconde Guerre mondiale. 

Le premier, Jacques, 

est un ancien élève de l’Ecole polytechnique. Après avoir rallié le général de Gaulle, il participe au ralliement du territoire du Tchad à la France libre en août 1940. Il est nommé chef d’état-major de la colonne Leclerc en novembre 1942. Il

participe à la campagne de Tunisie où il est blessé par un obus. Rapatrié en Angleterre, il débarque en Normandie le 1er août 1944.
Le 21 août 1944, il est envoyé par Leclerc à Versailles pour tester la résistance des troupes allemandes, mission qui a permis la libération de Paris par la 2ème DB et les troupes alliées. De Guillebon est l’un des premiers à entrer dans Paris.
Il réussit à libérer neuf villages entre le 31 octobre et le 1er novembre 1944, capturant plus de 300 prisonniers. Il entre dans Strasbourg, avec un bataillon américain, par les ponts d’Ill et obtient la reddition de tous les blockhaus. Il a terminé la guerre à Berchtesgaden où il a fait flotter le drapeau français.
Il est décédé en 1985 à l’âge de 76 ans

François de Guillebon, 

frère du précédent est né à Amiens en 1901. Polytechnicien comme son frère, il était capitaine de réserve mais a travaillé dans le
civil. Au début de 1943, il devint l’adjoint du Commandant Christiaens pour la mise en place, dans le Nord, d’un Bureau de sécurité militaire clandestin. Une imprudence d’un membre de l’Organisation entraine l’arrestation du commandant Christiaens puis le 12 décembre 1943, celle de François de Guillebon
qui est emprisonné à Loos (Nord).
Après les camps de Compiègne, Auschwitz et Buchenwald, il est incarcéré au camp de achsenhausen-
Orianenburg.
Attaché au travail de nuit dans les usines de Klinker de sinistre réputation, c’est au repos dans les baraquements avec ses camarades qu’il est tué par les bombardements alliés le 10 avril 1945 alors qu’il essayait de dégager l’un de ses compagnons. Lors de la Cérémonie, leurs fils respectifs ont retracé la vie de leur père, riche et exemplaire, en matière de patriotisme. Madame le Maire Brigitte Fouré et Monsieur Daniel Bourriez, président de la Fondation de la France Libre ont
également souligné la bravoure de ces « enfants du pays ».

COMMEMORATIONS 

SAINT FUSCIEN - La mort du Lieutenant Champy               

Le 11 novembre 2017 à Saint Fuscien, se tenait une cérémonie officielle au Monument aux Morts au cours de laquelle a été commémorée la mémoire du Lieutenant Bernard Champy, mort à St Fuscien au cours de combats meurtriers autour du plateau de Dury les Amiens, dont une rue dans le village porte le nom. Notre Association a participé à cette commémoration présidée par M. Dominique de Thézy, maire du village, avec la présence de Pierre Champy, frère cadet de Bernard.

La bataille au sud d'Amiens durera du 20 mai au 8 juin 1940. L'offensive allemande du 5 juin va ébranler la ligne de front avec l'emploi de chars en grand nombre.

Pilonné par l'artillerie, Saint Fuscien disparait dans la fumée mais les défenseurs vont tenir l'ennemi en échec. Cependant, se produit un nouvel assaut. A 5h45, les hommes des lieutenants de SANVAL, PUISSANT et CHAMPY détruisent 3 chars, les munitions s'épuisent, les réserves sont presque vides.

Des incendies ravagent la partie Nord de Saint Fuscien, l'organisation défensive est réduite à néant. Les lieutenants de SANVAL et CHAMPY sont tués au cours de combats héroïques. Le lieutenant PUISSANT, grièvement blessé est fait prisonnier, c'est la confusion.

Vers 10h, les Allemands occupent la partie nord de St Fuscien. La ligne de démarcation passe par le château. Jusqu'au 8 juin 1940, de nombreux combattants sans distinction ont disparu dans les assauts d'un front d'une centaine de kilomètres. Des sacrifices comme ceux du lieutenant CHAMPY, tué l'arme à la main au champ d'honneur, ont été nombreux.

Source : Docteur Pierre Vasselle. "La bataille au Sud d'Amiens" du 20 mai au 8 juin, 1940.

Jacques Lejosne 

HOMMAGE AU MARECHAL LECLERC - HEROS  SAMARIEN

 Pour le 70ème anniversaire de la mort du plus célèbre samarien de la France Libre, le Maréchal Leclerc de Hauteclocque, une cérémonie a eu lieu devant son monument place René Goblet. Notre association était représentée.

Né le 22 novembre 1902, cet « enfant du pays » rejoint De Gaulle le 25 juillet 1940 après un long périple, sous le pseudonyme de « Leclerc ».

Dès leur première rencontre, il reçoit la mission de rallier l’Afrique Equatoriale Française à la France libre. C’est chose faite en novembre 1940 lorsque le dernier pays, le Gabon se joint à la France libre.                    

En 1941, il s’empare de Koufra en Libye et fait le fameux serment avec ses soldats « Jurez de ne déposer les armes que lorsque nos couleurs, nos belles couleurs, flotteront sur la cathédrale de Strasbourg. »

Après la conquête de la Libye et de la Tunisie, il reçoit le renfort des évadés de France par l’Espagne (les « Manana ») et d’unités des troupes vichystes ralliées de l’Armée d’Afrique ; sa division est rebaptisée 2ème Division blindée (2ème DB) le 24 août 1943.

En Avril 1944, la division regagne l’Angleterre d’où elle débarque en Normandie le 1er août 1944. L’insurrection de Paris commencée le 19 août 1944 reçoit l’appui plus que nécessaire de la 2ème DB qui marche sur Paris qu’elle libère le 25 août. Le lendemain, le Général De Gaulle et le Général Leclerc descendent côte à côte les Champs-Elysées. Il peut alors se diriger vers l’Est et honorer le serment de Koufra : le lendemain de son anniversaire, Strasbourg est libéré.

C’est au début du mois de mai 1945 que ses soldats découvrent les horreurs des camps et s’emparent du « nid d’aigle » d’Hitler à Berchtesgaden. En juin 1945, c’est l’Indochine où il signe, au nom de la France, les actes de capitulation du Japon le 02 septembre 1945. Le 12 juillet 1946, il est nommé inspecteur des Forces terrestres, maritimes et aériennes en Afrique du Nord.

Le 28 novembre 1947, son avion est pris dans une tempête de sable près de Colomb-Béchar en Algérie. Il avait 45 ans et 6 jours !

Il est élevé à la dignité de Maréchal de France à titre posthume le 23 août 1952.

Anatolie Mukamusoni

LE 6 JUILLET 1942 - LE CONVOI DES "45.000"

  Le 27 janvier 1945, les soldats soviétiques libèrent les quelques rescapés du camp d'extermination d'Auschwitz et du Kommando de Birkenau en Pologne.

Le 6 juillet 1942, part de Compiègne le convoi dit des "45.000" pour le camp d'Auschwitz où l'ensemble des détenus est immatriculé entre les numéros 45.000 et 46.326. Ils garderont gravée sur le bras cette appellation.

Ce train constitue le premier convoi de prisonniers politiques arrêtés dans le cadre des mesures de représailles prises par l'Occupant contre les débuts du combat armé engagé par certains résistants comme les F.T.P.F. où les actes de sabotage et attentats ciblés contre l’ennemi se multiplient.

     

   

                   

Parmi tous ces déportés, des patriotes, des syndicalistes, des sympathisants communistes et quelques autres personnalités hostiles à l’Occupant ainsi qu’une cinquantaine de Juifs. Plusieurs Picards originaires d’Amiens-Albert-Camon-Béthencourt sur mer-Cayeux-Mers les Bains… dont de nombreux cheminots, ne reviendront pas.

Il a fallu les témoignages des rares survivants pour que le monde sache toute l'horreur du calvaire qu'avait enduré ces hommes, ces femmes et même ces enfants dans cet enfer où les Allemands se plaisaient à dire à l’arrière de chaque convoi : « Ici on entre par la porte, on sort par la cheminée ». Ouvert le 20 mai 1940, libéré le 27 janvier 1945, on dénombrera à Auschwitz-Birkenau 46 morts originaires d’Amiens et la région.

Jacques Lejosne

DES RESISTANTS LOCAUX

Ils étaient d’Harbonnières

Raoul DEFRUIT, né le 10 septembre 1900 à Bayonvillers, était employé aux Assurances Sociales d'Amiens jusqu'en décembre 1943. Il entre au Front National de la Résistance en juin 1942. En juin 1944, il abandonne son emploi à Amiens pour prendre un poste de garde voie à Guillaucourt, tout proche de son domicile d'Harbonnières.  Dans la Résistance, il repère les convois allemands. Le 12 mai 1944, la Gestapo guidée par un "collaborateur", l'arrête à son domicile. Emmené à la Citadelle d'Amiens, torturé, il refuse de parler.  Expédié à Royallieu il est ensuite déporté vers les camps de : ORANIENBURG - SACHSENHAUSEN - MAUTHAUSEN en Autriche puis dirigé à EBENSEE, l'un des Kommandos du camp central de Mauthausen.  

 EBENSEE, édifié à l'automne 1943, près de TRAUSEE, un des réseaux de camps annexes où les déportés devaient creuser dans la montagne des usines souterraines. Sur la photo de droite, l'un des neuf ateliers installés dans les galeries d'Ebensee : chaque galerie    mesurait 428 mètres. GUSEN fut l'un des Kommandos les plus terribles de Mauthausen.   A Paris, au cimetière du Père Lachaise, un monument rappelle les 8.203 français morts à       Mauthausen. Parmi eux, des victimes originaires de la Somme. Harbonnières aura sa part de victimes à déplorer comme : Jacques DEFLANDRE, décédé en déportation, Robert MAINGNEUX, Robert  DEGROOTE …  Des noms enfouis dans un profond passé qu'il faut parfois ressortir pour un travail de mémoire.                                                                          

 Jacques Lejosne 

QUI  ETAIT  HENRI  GABET ?

Henri Gabet est né à Amiens le 5 juillet 1909 dans le quartier du    Faubourg de Hem, au 23 de la rue Robert Lecoq. Ouvrier chez Cosserat, militant au P.C.F., syndicaliste à la C.G.T., il créa avec un résistant de la première heure, Arthur Masson de Longpré les Amiens, des jardins ouvriers dans le quartier, une façade pour installer en réunion la Résistance. Il est arrêté à Amiens en octobre 1941, pour avoir distribué des tracts de propagande contre Pétain et Vichy. Il sera interné dans un camp de surveillance administrative à la Citadelle de Doullens, où un certain nombre de militants politiques de la Somme furent incarcérés dès le     6 octobre 1941 pour  propagande communiste. 

 On trouva sur lui une lettre destinée à Masson, sans son adresse. Il fut battu en présence des Allemands, puis transféré à la prison d'Amiens pendant quinze mois avant d'être condamné à trois mois de prison et transféré à la Centrale Pénitencière d'Eysses (Lot-et-Garonne), puis reconduit à Compiègne pour le grand  départ : en juin 1944, 1.200 internés sont déportés à Dachau. Henri portait le matricule 73479 avant de connaître le camp central de Mauthausen en Autriche où des milliers d'hommes vont mourir d'épuisement. Arrivé le 14 août 1944, il décède  le 11 avril 1945. Sa carte de déporté politique sera remise à sa mère Marie.  La maison des Gabet fut encore longtemps habitée par la famille au faubourg de Hem. Maintenant, seul le nom d'Henri Gabet figure sur le mur extérieur d'une salle du quartier.  Cela est bien peu pour une personne qui a légué son existence pour les libertés de tous et l’indépendance de la France. Jacques Lejosne 3  

 PIERRE DEROBERTMAZURE dit "TCHOT PIERRE"  

Pierre Derobertmazure était né en 1895 et demeurait au n° 126   Avenue Louis Blanc à Amiens. Membre de la S.F.I.O. (Socialiste) et de la ligue des Droits de l'Homme, il faisait fonction, sous l'Occupation, de       rédacteur à la Préfecture de la Somme au service de la Main d'œuvre et du Travail (dit bureau de placement en 1936). Ce service devint par la suite l'Inspection du Travail, situé 45 rue des Otages à Amiens ainsi que dans les baraquements de la place du cirque.  

 C'est par ces bureaux que transitaient, issus de la  "Kommandantur", les dossiers des travailleurs à destination de l'Allemagne, "les S.T.O."  (le Service du Travail Obligatoire). Ces dossiers subirent par "certains     employés" dont Pierre, des « modifications » : fausses cartes de travail, faux dossiers de santé, certificats de complaisance. 1016 travailleurs requis échapperont ainsi au S.T.O. 

 Pierre appartenait à "Libé-nord" ainsi qu'à un groupe de résistants  locaux. Il partait souvent à  l'extérieur afin de diffuser des tracts, des bulletins de liaison. Ce petit bonhomme, discret, bossu,     passait à travers les mailles du filet allemand, dans les bus et dans les trains. 

 Victimes d'une dénonciation, plusieurs patriotes comme lui, Paulette Verdy, M. Bonpas, furent  arrêtés et internés à la prison d'Amiens le 6 décembre 1943 par la Gestapo. II trouva la mort lors des bombardements de la prison le 18 février 1944. Il avait 49 ans.  

 Au faubourg de Hem, une plaque est apposée sur le mur de son ancien domicile et une rue porte son nom.  

 En juin 1946, une cérémonie eut lieu à Gentelles en sa mémoire. Au cimetière, ses amis lui      élevèrent un monument, rappelant qu'il est mort pour la liberté. Son nom est inscrit sur le monument aux morts de Gentelles. A ce jour, il n'y a plus aucune trace de sa tombe en ce lieu. (Extrait d'un témoignage de Jean Michel Topart, un ami de Pierre.)      


M. Jacques HUBERT           

Le Résistant 

Jacques Hubert, vivait à Bouzincourt près d’Albert. Il avait 18 ans lors de l'invasion allemande de mai 40. Comme de nombreux jeunes hommes,  il est arrêté et dirigé vers l'Allemagne. Mais déjà, il résiste et s'évade à  Cambrai, lors d'un regroupement de prisonniers. Dans une ferme, il prend un vélo et une binette, se fait passer pour un ouvrier agricole et rentre chez lui.  En février 42, à 20 ans, il entre dans la Résistance avec le capitaine Henri Dumoulin qui deviendra le chef militaire de la Région d'Albert. Celle-ci   s'étendait de Doullens à Péronne. Leurs actions se multiplient :  - sabotages de trains (matériel et troupes) sur la ligne Albert - Arras.  - sabotages de centraux téléphoniques, d'écluses et de matériel agricole.  - préparations de terrains pour faciliter les parachutages d'armes et de  résistants, principalement dans le secteur de Warloy-Baillon. Jacques Hubert le souligne dans ses témoignages : « mon rôle, saboteur et agent de renseignements ». Pour toutes ces actions déterminées et courageuses jusqu'à la Libération,  Jacques Hubert a été décoré de la « Croix du combattant volontaire de la Résistance 1939-1945 ». 

 Le Juste parmi les Nations 

 Avec ses parents, Clovis et Blanche Hubert, il a aussi été décoré de la médaille des Justes,  le 26 octobre 2003 à Paris, par Mr l'Ambassadeur d'Israël|, en présence de Jacques Chirac, Président de la République, et de Simone Veil. Il importe de ne jamais oublier les raisons d'un tel évé

nement. En juillet 1942,la rafle du Vél d'Hiv à Paris est commandée par la politique antisémite du régime nazi,  hitlérien, et organisée par le gouvernement Pétain - Laval en pleine collaboration. La sœur de Jacques Hubert, Paulette Bulot, habite Paris. Ses voisins juifs, Monsieur et Madame Zajderman, réussissent à cacher leurs trois enfants chez elle, puis sont déportés à Dachau. La sœur de Jacques demande à ses parents d'accueillir Albert et Suzanne, le 3ème enfant ira en Normandie.  A Bouzincourt, les parents de Jacques Hubert reçoivent donc ceux qu'ils présenteront comme leurs petits-enfants parisiens. Seuls le maire, le curé et l'instituteur sont dans la confidence.  La population de Bouzincourt ne parlera pas. A la Libération, seule la maman des trois enfants rentrera du camp de Ravensbrück.  Aujourd'hui Albert Zajderman est présent parmi nous. Nous saluons très chaleureusement sa présence. Ecoutez encore ce que disait Jacques Hubert lorsqu'on lui parlait de ces évènements :      "Je ne comprends pas ce raffut autour de moi, je n'ai fait que mon devoir". 

 Le devoir de transmission 

  A la retraite, Jacques Hubert a toujours tenu à témoigner, surtout auprès des jeunes  générations : dans les écoles (Marcelcave, Doullens, ..), dans les collèges et lycées (Albert, Péronne, Doullens, Acheux ...).  Pour toutes ses activités pendant la Résistance, pour être reconnu "Juste parmi les Nations" (ils étaient 14 dans la Somme) et pour son travail de témoignage jusqu'au soir de sa vie,    Jacques Hubert a été décoré de la Légion d'Honneur en 2007.  Le Courrier Picard a titré récemment : "le dernier Juste de la Somme s'est éteint". Mais il nous laisse un message de combattant pour les valeurs humaines.  Pour nous tous, le meilleur hommage que nous puissions lui rendre, c'est de poursuivre son   combat.